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Social 4 min de lecture

Un plat qui se mange froid

L’alliance OGBL-CGFP aura duré vingt ans. Elle est aujourd’hui bel et bien rompue. Pour la cohésion sociale d’un pays dont le marché de l’emploi est divisé entre le secteur public et le secteur privé (et entre les…

Article paru dans Édition janvier 2026
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L’alliance OGBL-CGFP aura duré vingt ans. Elle est aujourd’hui bel et bien rompue. Pour la cohésion sociale d’un pays dont le marché de l’emploi est divisé entre le secteur public et le secteur privé (et entre les Luxembourgeois et les non-Luxembourgeois), ce n’est pas une bonne nouvelle. Ces derniers mois, la puissante confédération s’est enfermée dans sa logique corporatiste. Une dynamique que Nora Back et Patrick Dury risquent d’exacerber par un nouvel ultimatum : Si l’Union des syndicats n’est pas admise aux négociations sur l’accord salarial dans la fonction publique, la CGFP devrait, elle aussi, être exclue du Comité permanent du travail et de l’emploi (CPTE). Une question « d’égalité de traitement », mais également de « transparence », les accords salariaux ayant « un énorme impact budgétaire », estimait M. Dury sur RTL.

Soulevée lors de la première réunion avec le nouveau ministre du Travail, Marc Spautz (CSV), cette revendication n’est, en soi, pas nouvelle. Cela fait des années que l’OGBL, organisation dominante dans le secteur para-étatique où les conventions collectives sont largement liées aux accords salariaux, réclame une place à la table des négociations. Or, c’est la première fois que l’OGBL associe cette revendication à une menace visant explicitement la CGFP. Difficile de ne pas y voir une revanche suite à la désolidarisation de la CGFP avant la grande manifestation du 28 juin. Cet épisode a créé de nouveaux clivages, que les remarques, répétées et assumées, de Patrick Dury sur « l’apartheid » entre le privé et le public ont exacerbés. Pour justifier son absence à la manifestation, Romain Wolff s’était, quant à lui, référé au « Käroptrag » de la CGFP : Le travail du dimanche, les conventions collectives et les horaires d’ouverture ne relèveraient pas de la compétence de la confédération qu’il préside. Ce qui soulève la question de savoir pourquoi celle-ci continuerait à siéger au sein du CPTE, qui est justement censé se concerter sur le droit du travail privé. (Le prochain sujet portera sur le travail des plateformes.)

Les nerfs sont toujours à vif, les susceptibilités restent vives. Le fait que Marc Spautz ait reçu la CGFP dès lundi, soit deux jours avant l’OGBL et le LCGB, n’aura pas arrangé les choses. Après avoir humilié Luc Frieden et contribué à la démission de Georges Mischo, l’Union des syndicats tente donc un nouveau coup de force. Or, son argumentaire reste boiteux, tout comme sa légitimité dans la fonction publique est réduite. C’est ce qu’ont confirmé les dernières élections à la Chambre des fonctionnaires. La CGFP a réussi à consolider sa suprématie et y occupe désormais 23 des 24 sièges, tandis que l’OGBL a sombré. Dans certains groupes, le syndicat n’avait pas réussi à présenter de listes ; dans d’autres, les alliances avec des transfuges (comme l’ancien président du syndicat de police SNPGL, Pascal Ricquier) ont fait pschitt. Pire encore, le SEW a perdu son mandat auprès des enseignants du primaire. Quant au LCGB, il n’avait pas présenté de listes. On imagine donc mal la ministre Serge Wilmes inviter l’Union des syndicats à des négociations à huis-clos.

Nora Back rompt avec la doctrine de Jean-Claude Reding, qui avait misé, dès 2005, sur une alliance avec la CGFP dans des dossiers cruciaux tels que l’indexation ou les retraites. Il s’agissait pour le « syndicat n° 1 » de compenser l’érosion de son poids électoral. Plus ouvert (et moins étroitement nationaliste) que son prédécesseur, Romain Wolff jouait le jeu. Mais le président de la CGFP semble avoir perdu la main. Sur la question de savoir s’il fallait rejoindre les salariés du privé dans la rue ou non, il aurait été « hin an hir gerass », avouait-il le mois dernier au Land. Il aurait fini par suivre sa base : « Quand on dit qu’on va dans cette direction-là, on suit le mouvement ». Romain Wolff, qui aura 65 ans en mars, vient d’entamer son dernier mandat, qui devrait s’étendre jusqu’à la fin de l’année 2028. Contacté par le Land, il n’a pas souhaité commenter le dernier épisode de la guérilla syndicale. C’est la FGFC (liée à la CGFP par un accord de coopération) qui s’en est chargée. Dans un communiqué au vitriol, le syndicat des fonctionnaires communaux épuise le champ lexical pour fustiger l’OGBL et le LCGB : « soif de pouvoir », « populisme grossier », « domination ». Le tout accompagné d’une caricature générée par l’IA où l’on voit Back et Dury représentés sous forme de pièces d’échecs, la première en reine, le second en pion.