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Ne pas trop parler

cOvid-19

Article paru dans Édition février 2025
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Mais à l’époque, c’était la pandémie, l’état d’urgence ! C’est sur ce ton que le gouvernement prend position dans 37 des 130 pages que la Cour des comptes a publiées lundi au sujet du dépistage à grande échelle (LST) du Covid-19. La Cour des comptes a mené une enquête à la demande de la commission parlementaire de contrôle budgétaire (Comexbu) afin de déterminer si, au cours des trois phases de dépistage de masse menées entre mai 2020 et septembre 2021, les budgets avaient été respectés. Elle a également cherché à savoir si le gouvernement s’était conformé aux règles relatives aux appels d’offres publics. S’il existait des mécanismes de contrôle pour ces tests.

Voici en substance ce qu’il a découvert et dont il a discuté lundi lors d’une première réunion avec la Comexbu : les budgets ont été respectés. Les règles des appels d’offres ont fait l’objet d’une interprétation créative. Des contrôles ont été effectués, mais les critères n’étaient pas toujours clairs, et la Direction de la santé n’a, dans certains cas, fourni aucune donnée à la Cour des comptes concernant le respect des « indicateurs de performance ». On a également constaté – lors de la phase 3 – que les prestations exigées étaient moindres que lors de la phase précédente.

Est-ce que cela intéresse encore quelqu’un aujourd’hui ? Probablement pas. Tout au plus le PDG du laboratoire privé Bionext, dont le recours devant le tribunal administratif est toujours en instance et qui devrait déterminer si le LST était de mauvaise qualité. Et si le prestataire sélectionné par le gouvernement pour les trois phases, sans véritable appel d’offres public, un concurrent de Bionext, a fait réaliser les tests dans les règles de l’art. Mais cela relève des experts. Un jugement pourrait se faire attendre encore longtemps. D’ici là, la pandémie de coronavirus et les tests intéresseront de moins en moins de monde.

Il serait pourtant nécessaire de porter un regard critique sur l’ensemble de la politique menée face au coronavirus. Il faudrait notamment déterminer ce qu’ont apporté les tests à grande échelle. Les réponses du gouvernement au rapport de la Cour des comptes le laissent entendre. Les ministères de la Santé et de la Recherche affirment que l’objectif principal du dépistage à grande échelle était de « sauver des vies » (p. 105). Le fait que cela ait fonctionné se mesure, par exemple, au fait que la surmortalité statistique au Luxembourg a été quatre fois inférieure à celle de l’Allemagne. Mais comparer la situation dans notre pays à celle d’un État de 80 millions d’habitants, où les règles variaient en outre parfois d’un Land à l’autre, est non seulement risqué sur le plan scientifique, mais aussi sur le plan politique. Jusqu’à la fin des tests de masse en 2021, chaque bilan hebdomadaire sur la Covid indiquait que le LST permettait de détecter beaucoup moins de cas positifs que le dépistage des personnes présentant des symptômes et le traçage de leurs contacts. Il est fort possible que l’infectiologue Gérard Schockmel, qui siège désormais au Parlement pour le compte du DP, ait raison lorsqu’il estime que le LST a été un « gaspillage d’argent ».

Le 10 mars, la discussion avec la Cour des comptes se poursuivra au sein de la Comexbu. Elle portera alors également sur le respect des règles relatives aux appels d’offres. C’est un point délicat, mais la question principale est de savoir quelle a été la nature globale de la politique de lutte contre le coronavirus.

La commission en conclut sans doute simplement que la Chambre devrait mener un « débat d’orientation » sur les tests. Car la grande majorité de la classe politique préfère ne pas parler du Covid-19. Lundi, sur RTL, la députée du CSV Stéphanie Weydert a certes qualifié de « scandaleux » le fait que la Cour des comptes ait « dû courir après les données ». Mais si le CSV souhaite une approche offensive face au Covid-19, on ne comprend pas pourquoi la ministre de la Santé, Martine Deprez, refuse de discuter de l’avant-projet de loi sur les pandémies élaboré par son prédécesseur.

Il n’est pas certain non plus que le LSAP soit attaché à la transparence en matière de Covid : Paulette Lenert pourrait en effet être mise dans une position délicate. Le DP, quant à lui, est le parti qui fait partie du gouvernement, tant pendant la pandémie qu’aujourd’hui.

Pourtant, la prochaine pandémie ne manquera pas de survenir. Il serait important de savoir quelles mesures devront alors être prises dans une société libre, si l’on ne souhaite pas recourir à des confinements. Il serait important de savoir comment décider quand et à quelle échelle effectuer des tests, pourquoi et selon quelles normes de qualité. L’idéal serait que la Chambre constitue une commission spéciale. Mais cela a peu de chances de se produire. En effet, très peu de députés souhaitent aborder le sujet du Covid-19 et, de toute façon, tous ont déjà suffisamment à faire.