La réserve de retraite du régime général pourrait atteindre 30 milliards d’euros d’ici la fin de l’année. Cette information communiquée par l’État a été confirmée par le Fonds de compensation (FDC) de la Caisse nationale d’assurance pension (CNAP) – en principe : « Nous ne pouvons bien sûr pas prévoir comment les marchés financiers évolueront d’ici là. Toutefois, au vu de la situation actuelle des investissements, nous partons du principe que la Sicav du FDC enregistrera un résultat aussi bon qu’en 2023. » Dans ce cas, « la réserve totale s’élèvera très probablement à +/- 30 milliards d’euros ». En 2023, le produit de la Sicav s’élevait à 2,29 milliards. Le FDC a en outre généré 300 millions d’euros grâce à des investissements au Luxembourg. Ce qui a porté la réserve de retraite à 27,39 milliards.
Ces 30 milliards serviront d’argument contre une réforme dans les débats sur les retraites. Mais la réserve de retraite n’est qu’un tampon, même s’il est important. Et la Sicav n’atteint pas toujours un taux de rendement de 10,4 % comme en 2023 et peut-être aussi en 2024. Dans la tourmente de l’année 2022, elle avait perdu 3,1 milliards d’euros sur ses investissements. La réserve de retraite a ainsi été ramenée à 24,5 milliards d’euros.
Ce qui revêtira une plus grande importance sur le plan politique, c’est ce que laisse entrevoir le budget pluriannuel 2024-2028 : dès 2026, il pourrait s’avérer nécessaire de puiser dans la réserve pour couvrir les dépenses de la CNAP. Et non pas en 2027, comme l’avait estimé l’Inspection générale des assurances sociales (IGSS) en 2022, ni en 2028, comme elle le considérait comme probable en juin. En fin de compte, cela dépendra de l’évolution de l’emploi et, par conséquent, du nombre de cotisants. L’estimation de l’IGSS datant de l’été reposait sur les chiffres du Statec d’avril. Entre-temps, le Statec a revu à la baisse ses prévisions de croissance de l’emploi. L’IGSS en a tenu compte dans son budget pluriannuel.
Ce qui suscite des inquiétudes, c’est que la situation financière exacte de la caisse de retraite n’est toujours connue qu’avec du retard. Un projet d’arrêté est actuellement en cours d’élaboration, qui fixera la « prime de répartition pure » – c’est-à-dire le rapport entre les dépenses de la CNAP et ses recettes de cotisations – pour 2023. Le décret entrera en vigueur le 1er janvier ; c’est ainsi chaque année. À 22,33 %, la prime pour 2023 est encore loin des 24%, seuil à partir duquel, selon la loi de 2012 sur la réforme des retraites, l’indexation des retraites existantes (et des pensions du secteur public) sur l’évolution des salaires réels serait réduite d’au moins la moitié. Si les 24 % étaient atteints dès 2026, cela deviendrait clair à l’été 2027 et officiel début 2028. Ce n’est qu’alors que le gouvernement pourrait rédiger un projet de loi visant à réduire l’ajustement des retraites. Le fait qu’une loi spéciale soit nécessaire à cet effet faisait partie du compromis de 2012. De sorte qu’une mini-réforme des retraites, avec tous les conflits qu’elle implique, interviendrait en pleine campagne électorale de 2028. Ou bien le prochain gouvernement devrait s’en occuper dès son entrée en fonction – si la croissance de l’emploi s’accélère. Pour parer à de telles perspectives, le gouvernement CSV-DP devrait déclarer qu’une grande réforme des retraites est d’autant plus nécessaire avant la fin de la présente législature. Les partis d’opposition pourraient s’y rallier. Cela n’aurait rien à voir avec le montant de la réserve.