Auguste Blanqui était surnommé « l’Enfermé ». Cet anarchiste a passé 33 ans de sa vie en prison. C’est dans sa cellule exiguë qu’il écrivit *L’Éternité par les astres*. « L’univers est infini dans le temps et dans l’espace, éternel, sans bornes et indivisible » (Paris, 1872, p. 5).
Même dans le petit Grand-Duché, la bourgeoisie propriétaire admire l’espace infini. Elle se demande comment tirer profit de sa commercialisation et de sa privatisation.
Cette admiration, vieille de plusieurs décennies, s’adapte aux circonstances. Le néolibéralisme a donné libre cours à l’industrie publicitaire. En 1988, la SES a lancé son premier « satellite Coca-Cola ». Afin de diffuser de la télévision publicitaire via de petites antennes paraboliques. Afin de transformer les droits souverains nationaux en retraites privées. Dont les petits épargnants, détenteurs d’« actions populaires » sans droit de vote, n’ont rien retiré. Puis SES a tenté de se lancer dans les secteurs émergents de l’Internet et de la téléphonie mobile.
L’industrie voulait faire de la transition climatique une opportunité commerciale. Cela a exacerbé la concurrence pour les matières premières. Le gouvernement voulait faire oublier son référendum. C’est en fanfare qu’il a annoncé en 2016 l’octroi de licences pour l’exploitation minière des astéroïdes. Il a promis une accumulation primitive hors de la Terre. Et l’appropriation privée sous le drapeau rouge-blanc-bleu. Seul le rapport coût-bénéfice ne tenait pas la route.
Nous vivons désormais à l’ère des préparatifs de guerre. Le Grand-Duché apporte sa contribution à la militarisation de l’espace : la semaine dernière, le Luxembourg Earth Observation System (Luxeosys) a été lancé. À une altitude de 450 kilomètres, son satellite est censé effectuer 15 tours de la Terre par jour. Pour photographier, avec une précision de l’ordre du décimètre, l’Ennemi en Afrique du Nord et les naufragés en Méditerranée.
C’est dans un élan de consensus national que le CSV, le LSAP, le DP, les Verts et l’ADR ont adopté le projet Luxeosys en 2018. Aujourd’hui, ils estiment que l’orgueil n’a pas sa place : Luxeosys devait coûter 170 millions d’euros. En 2020, le Parlement a dû débloquer 178 millions supplémentaires. L’armée était dépassée. Des différends ont éclaté au sujet de la société d’exploitation et de la station au sol. Puis la fusée Ariane a fait des siennes. Finalement, c’est Elon « salut hitlérien » Musk qui a été payé pour le transport du satellite.
Il y a un mois, le gouvernement a présenté un projet de loi visant l’acquisition d’un troisième satellite militaire : Govsat-2. Par rapport à Govsat-1, lancé en 2018, il devrait disposer de canaux supplémentaires dans la bande des ultra-hautes fréquences. Afin de communiquer avec les troupes sur le champ de bataille. Il est censé « assurer la continuité des services en cas d’explosion nucléaire en haute altitude » (projet de loi n° 8604, p. 4). Même s’il n’y a alors peut-être plus de station au sol. Ni de troupes.
Govsat-2 devrait coûter plus de trois fois plus cher que Govsat-1 : un demi-milliard d’euros. Cette fois-ci, on souhaite éviter la situation embarrassante d’un crédit supplémentaire. Un dépassement budgétaire de 66,5 % est prévu : le projet de loi prévoit à cet effet une « réserve budgétaire stratégique de 200 000 000 d’euros ».
La loi n’a pas encore été adoptée. Mais le gouvernement et la SES pensent déjà à Govsat-3. Sa commande devrait être passée à la fin de la décennie, afin de remplacer Govsat-1. Ce dernier deviendra des débris spatiaux vers 2040.
Le satellite d’observation Luxeosys doit être exploité par l’armée. Les satellites de communication Govsat appartiennent à une coentreprise entre l’État et SES. À chaque achat d’un satellite Govsat, l’État augmente sa participation dans cette coentreprise. Et il achète à sa propre société des capacités de transmission pour 100 ou 200 millions d’euros. Capacités qu’il vend ou cède gratuitement à l’OTAN et à l’Union européenne. Pour SES, l’affaire reste rentable.
L’État doit consacrer jusqu’à 5 % du revenu national brut à l’armement. L’achat de trois ou quatre satellites doit permettre d’en dépenser le plus possible, le plus rapidement possible. L’industrie nationale de l’armement doit également en tirer profit. Son fer de lance est la société SES, basée à Betzdorf. Actuellement, la croissance économique et la demande privée sur Terre sont faibles. L’État promet à l’industrie des perspectives de revenus illimitées dans l’espace.