Fuite en avant ? Hubris ? Résilience ? Ou tout à la fois ? L’assèchement des cours d’eaux accéléré par la combustion d’énergies fossiles force à repenser l’acheminement des carburants au Grand-Duché (voir aussi page 18). Le ministère de l’Économie a prévenu ce mercredi de tensions sur l’approvisionnement en produits pétroliers. « La baisse des niveaux d’eau dans le Rhin et la Moselle (…) réduit actuellement la capacité de transport fluvial des carburants, obligeant les professionnels à ajuster leurs circuits pour garantir l’approvisionnement », prévient le Boulevard Royal. S’est ajoutée la fermeture partielle du canal Albert en Belgique pour « pour faciliter les opérations de lutte » contre les incendies dans les Hautes Fagnes. Cette fermeture a causé des retards sur l’approvisionnement « de nombreux importateurs luxembourgeois » dépendants de ces livraisons par barge au port pétrolier de Wandre (Liège).
Les stations-services sont les plus exposées. (L’aéroport est alimenté par le pipeline CEPS de l’OTAN.) D’autant plus que les volumes nécessaires au mois d’août sont supérieurs à la moyenne (notamment sur les stations autoroutières). Certaines ruptures de stock ont pu « être observées ponctuellement », informent les services de Lex Delles (DP) face au Land. Elles n’auraient duré que « quelques heures » à cause de retards dans la livraison du ou des produit(s) en question, complète Jean-Marc Zahlen, secrétaire général du Groupement Énergies Mobilité Luxembourg (GEML), l’ancien Groupement Pétrolier. S’ajoutent la semaine prochaine des travaux sur la voie ferrée Luxembourg-Wasserbillig-Trèves qui dessert le port de Mertert, fermant une autre option de transit du carburant. L’approvisionnement se fera quasiment exclusivement par voie routière. Il s’agira donc de multiplier les allers et venues des camions. En Allemagne, des dérogations ont été accordées par certains Länder pour qu’ils circulent le dimanche. « La sécurité énergétique reste assurée », explique le ministère. « Les stocks d’urgence de diesel et d’essence, tant sur le territoire national que régional, restent intacts et sont pleinement disponibles en cas de rupture plus aiguë », rassure-t-il encore.
Le ministère de l’Économie dit néanmoins « surveiller de près l’évolution des flux et se tient prêt à agir pour atténuer les éventuels impacts ». Cité chez Paperjam, le président du GEML, Éric Bleyer, estime que « cette résilience n’est pas illimitée » : « Si plusieurs contraintes liées au transport devaient persister ou s’aggraver simultanément, les délais de livraison pourraient s’allonger et d’autres ruptures de stock localisées et temporaires pourraient survenir. » Selon Tageblatt, ces tensions sur les chaînes d’approvisionnement n’auraient pas d’influence sur les prix.