Casqué de ski et lunettes de soleil, le Premier ministre Luc Frieden souriait à la caméra. La semaine dernière, il a publié cette photo sur Facebook et Instagram : « Un petit séjour au ski pour se détendre, réfléchir aux défis mondiaux et profiter de notre magnifique nature européenne » (8 avril 2025).
Il n’a pas fait part de ses réflexions sur l’état du monde. Le gouvernement reste désemparé. « Nos amis américains » se sentent menacés dans leur hégémonie mondiale et s’inquiètent de son coût : le dollar, les bases militaires, la Banque mondiale, l’OTAN… Une partie de leurs classes dirigeantes est devenue le pouvoir en place. Elles démantèlent les institutions démocratiques. Elles lancent une guerre commerciale contre la Chine et font chanter le reste du monde avec des droits de douane.
Dans un petit État dépourvu de marché intérieur, les classes possédantes vénèrent le libre-échange. Au besoin, au sein de l’Union douanière, de l’UEBL ou de l’Union européenne. Le dumping fiscal est qualifié de libre-échange. Les classes laborieuses privilégient la protection offerte par les droits de douane. Les congrès du LSAP débattent du CETA et du TTIP. Le commissaire du CSV, Christophe Hansen, doit convaincre les agriculteurs des avantages du Mercosur.
Les droits de douane renchérissent les importations et alimentent l’inflation. Dans notre pays, il est plus difficile de répercuter les hausses de prix sur les salaires réels. En cas de guerre commerciale, les entrepreneurs doivent d’abord s’attaquer à l’indexation automatique.
La guerre commerciale entrave la circulation mondiale des marchandises. Elle freine les perspectives de bénéfices. Cela se traduit par une réticence à investir, une politique de recrutement prudente, mais aussi par le chômage et la pression concurrentielle sur le marché du travail. Cela se traduit également par une baisse des cours boursiers.
La « financiarisation » signifie que la baisse des cours boursiers affecte directement même les revenus modestes. Lorsque les banques vendent aux ménages une Sicav en tant que « plan d’épargne », l’épargne peut être perdue – comme il y a trois ans. Avec la chute des cours boursiers, les cotisations de retraite disparaissent dans le Fonds de compensation.
La guerre commerciale menée par Washington ébranle la confiance dans les obligations d’État américaines. Ces dernières, d’une valeur de 28 billions de dollars, constituent une réserve d’investissement sans risque pour les marchés financiers internationaux. Le gouvernement américain souhaite déprécier le dollar, sa monnaie mondiale, afin de stimuler les exportations. La guerre commerciale pourrait déboucher sur une crise financière et économique et accélérer l’émergence d’un nouveau modèle d’accumulation : protectionniste, autoritaire et belliqueux.
Le ministre du Commerce extérieur, Xavier Bettel, n’est pas allé skier. Il a participé à une réunion ministérielle au Kirchberg. Il a rassuré les téléspectateurs : « Nous ne sommes pas une nation exportatrice de produits destinés aux États-Unis » (RTL, 7 avril 2025). Autrefois, les poutres en béton de Differdange destinées aux gratte-ciel américains faisaient la fierté nationale. Aujourd’hui, les exportations industrielles vers les États-Unis sont considérées comme modestes.
Après le marché chinois, l’industrie automobile européenne perd le marché américain. L’industrie locale des équipementiers en pâtit. Ce n’est pas une raison pour organiser une réunion tripartite. Xavier Bettel a d’autres soucis : « Nous devons rester solidaires, car demain, d’autres problèmes pourraient surgir, comme les salaires. Il pourrait aussi s’agir de prestataires de services ou d’autres questions qui concernent davantage le Luxembourg. »
La place financière prime sur l’industrie. Les gouvernements des pays industrialisés proposent de riposter aux droits de douane sur les marchandises par des droits de douane sur les services. L’Irlande et le Luxembourg veulent empêcher cela. L’accord de coalition entre le CSV et le DP rejette l’introduction d’une taxe numérique. Le secteur de l’évasion fiscale et le gouvernement craignent les représailles des États-Unis : des droits de douane sur les services financiers.
C’est ce que veut dire Xavier Bettel lorsqu’il souligne qu’il est « important de rester solidaires, vraiment tous les 27, et de faire confiance à la Commission ». Faire confiance à la Commission, c’est céder aux États-Unis. C’est rester solidaires face à l’évasion fiscale des plus fortunés.