Comme on pouvait s’y attendre, l’annonce faite par le ministre des Finances Gilles Roth (CSV) de vouloir réduire les dépenses salariales de l’État suscite des propositions de la part des milieux concernés. Dans son avis sur le budget pluriannuel, la Chambre des métiers constate qu’entre 2024 et 2027, « à politique inchangée », les dépenses salariales dans l’ensemble du secteur public augmenteraient en moyenne de 6 % par an, soit une hausse particulièrement forte. Alors que Gilles Roth avait laissé entendre, lors de sa présentation du budget il y a quatre semaines, que le recrutement dans la fonction publique devait évoluer, la Chambre des métiers estime « que le système de rémunération (très attractif) du secteur public devrait être lié à la performance des collaborateurs ».
Certes, elle ne semble pas savoir si elle fait référence au secteur public dans son ensemble ou à la fonction publique lorsqu’elle écrit : « Une meilleure évaluation de la performance aurait pour effet de dynamiser davantage la fonction publique. » Mais comme cette dernière fait partie du secteur public et que la convention salariale conclue fin 2022 avec la CGFP a supprimé le système d’évaluation des fonctionnaires mis en place en 2015 pour ne le maintenir que pour les candidats à la fonction publique, la provocation politique atteint son but malgré tout.
Dans le même ordre d’idées, mais de manière beaucoup plus prudente, Romain Bausch, président du Conseil national des finances publiques, s’était exprimé la semaine dernière lors d’une conférence de presse consacrée aux charges salariales de l’État : « Peut-être » pourrait-on « rendre les administrations plus efficaces et que chacun contribue un peu davantage au résultat du travail ».
Dans sa prise de position, la Chambre des employés et fonctionnaires de l’État (CHEP) exprime sa « réticence » face à une « réduction irrationnelle des dépenses nécessaires, mettant en cause le bon fonctionnement des services publics (au niveau national, mais aussi au regard des engagements internationaux du Luxembourg qui ne cessent d’augmenter) ». Cela fait référence aux remarques de Gilles Roth concernant le recrutement. À la fin de sa prise de position, la CHEP met toutefois en garde contre le « non-respect par le gouvernement des dispositions prévues par les accords salariaux qui l’engagent ».
Il est peu probable que le système d’évaluation soit réintroduit dans un souci d’économie. La ministre de la Fonction publique du CSV, Serge Wilmes, fait élaborer un projet de loi visant à l’abolir officiellement, à l’exception de l’évaluation des militaires de carrière, qui, aux yeux de la CGFP, enfreint le principe « pacta sunt servanda ». Ce conflit devrait suffire au gouvernement. La Chambre des métiers, tout comme la Fédération des artisans, s’oppose depuis longtemps déjà aux salaires « trop attractifs » du secteur public. Mais comme une « autre politique » devrait se refléter dans le projet de budget 2025 et dans le prochain projet pluriannuel, qui seront tous deux déposés en octobre, d’autres propositions visant à réduire les dépenses salariales devraient encore être formulées d’ici là.