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Politique 4 min de lecture

L’incruste russe

Est-ce une anecdote ou une marque de la résurgence du narratif russe dans le débat public ? À l’abbaye de Neumünster, mercredi 3 juin, un homme de grande taille, a priori inconnu, s’est saisi du micro lors des questions…

Article paru dans Édition juin 2026
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Est-ce une anecdote ou une marque de la résurgence du narratif russe dans le débat public ? À l’abbaye de Neumünster, mercredi 3 juin, un homme de grande taille, a priori inconnu, s’est saisi du micro lors des questions du public dans les dernières minutes d’une conférence organisée par l’Institut Pierre Werner (IPW) en la présence de l’ancien ambassadeur de France à Moscou, auteur de l’ouvrage Au Cœur de la Russie en guerre (paru en octobre 2025 aux éditions Tallandier). « Sergey Parinov, premier conseiller de l’ambassade de Russie », s’est-il présenté, jetant un froid dans l’audience. Il a d’abord tenté de décrédibiliser le propos de l’orateur du soir, Pierre Lévy : « Vous préférez partir de ce que Poutine avait (prétendument, ndlr) en tête pour reconstituer la chaîne des événements plutôt que de commencer par les faits. » Il détourne ensuite des propos tenus en février 2022 dans un entretien téléphonique au cours duquel Emmanuel Macron tentait de convaincre Vladimir Poutine de ne pas attaquer l’Ukraine (diffusés dans le documentaire Un président, l’Europe et la guerre, Éléphant productions). « Le président français a quasiment confirmé la version russe des faits », a-t-il interprété. « Je crois que vous avez une compréhension complètement erronée de ce que j’ai dit », a répondu sèchement Pierre Lévy au sujet de son exposé sur son expérience moscovite de 2020 à 2024. L’ancien ambassadeur a ensuite simplement rétorqué que le président français a « essayé d’arrêter les choses », à savoir le basculement dans la guerre ouverte.

« Il est essentiel de ne pas accepter le narratif de Poutine », avait prédit l’autre orateur, Hubert Wurth, ambassadeur du Luxembourg à Moscou aux dernières heures de l’URSS (1989-1991), avant de se livrer à un plaidoyer pour la paix. « Nous vivons ici dans un petit pays qui a connu une histoire compliquée et nous aimerions bien préparer l’avenir plutôt que de ressasser le passé et c’est exactement cela que nous aimerions entendre de la Russie aujourd’hui », a clamé l’ancien diplomate, recueillant des applaudissements spontanés d’une salle réveillée par l’intervention du représentant de la Russie. Ce dernier s’est d’ailleurs ensuite fait couper le sifflet par une directrice de l’IPW lui demandant de passer le micro pour d’autres questions. Après l’événement officiel, le diplomate russe a tenté de réagir aux propos tenus quelques minutes plus tôt par l’ambassadeur belge au sujet de la problématique linguistique en Ukraine. L’intéressé, Charles Delogne, a (sèchement) coupé court à l’échange : « Je n’ai dit que cela et ne dirai rien de plus. Bonsoir Monsieur le conseiller ».

Sergey Parinov a quelques sorties médiatiques à son compteur. Il occupait auparavant les fonctions de porte-parole de l’ambassade russe à Paris. Il apparaît dans les archives de RT (Russia Today) France. En avril 2021, il explique par exemple comment les Ukrainiens « esquivent l’application » des accords de Minsk depuis 2015. Le signal de RT a été coupé en Europe depuis le 2 mars 2022. Faut-il y voir un lien ? Depuis quelques mois, l’ancienne directrice de RT France, Xenia Fedorova, gagne du temps d’antenne chez CNews, chaîne de Vincent Bolloré qui a fait de la « propagandiste du Kremlin, sa protégée », comme le racontait Le Monde fin mai. Le milliardaire et magnat des médias œuvre pour une victoire de la droite conservatrice alliée au Rassemblement national, instrument de la déstabilisation poutinienne, aux prochaines élections présidentielles en France, en 2027. Le 3 juin, dans une tribune publiée dans JD News (média Bolloré), Xenia Fedorova dénonçait un « racisme qui ne dit pas son nom », celui de placer l’ensemble des voix russes sous un régime de « suspicion collective », qu’il s’agisse de politique, de sport ou de culture.