Il entretient une « très bonne » relation avec le grand-duc héritier Guillaume – ce dernier étant « un homme profondément croyant, tout comme son père Henri », a souligné l’archevêque Jean-Claude Hollerich mi-septembre dans l’émission « RTL-Background ». À la demande du prince Guillaume, un Te Deum aura lieu dimanche dans le cadre de la passation de pouvoir ; trois chants de louange sont prévus pour cette occasion. Le « Domine salvum fac », en particulier, est destiné à souligner musicalement cette passation de pouvoir : il contient la prière adressée à Dieu de « protéger notre chef Guillaume ». Le vicaire général Patrick Müller y voit le christianisme s’inscrire dans une longue tradition : Dans l’une de ses lettres, l’apôtre Paul appelait à la prière et à l’action de grâce – « pour tous les hommes, pour les dirigeants et pour tous ceux qui exercent le pouvoir, afin que nous puissions vivre sans trouble et dans la tranquillité, en toute piété et droiture ». Les dirigeants doivent donc veiller à la paix et à la stabilité dans les régions où vivent des chrétiens.
« Tu as donné à ce pays la paix nécessaire pour qu’il puisse se réconcilier avec lui-même et vivre en harmonie avec lui-même », a déclaré en 2000 le ministre d’État du CSV, Jean-Claude Juncker, en rendant hommage au Grand-Duc Jean à l’occasion de son abdication. Juncker a ajouté avec admiration : « Tu as parcouru ce chemin sans faux pas. » L’historien Gilbert Trausch a également déclaré, lors de la retransmission de la cérémonie de démission sur RTL, que la famille grand-ducale avait incarné une « vie de famille parfaite » – « ils n’étaient jamais dans la presse à scandale ». C’est sans doute pour cette raison qu’elle était extrêmement populaire, selon Trausch. Juncker a également remercié le Grand-Duc Jean « au nom de tous les habitants du Luxembourg » pour sa main de fer dans un gant de velours. Compte tenu de son intelligence et de ses compétences, « tu aurais pu aller loin, mais tu as dû te contenter d’être notre Grand-Duc », a-t-il ajouté : « Parce que c’est ce que prévoit la Constitution. » Une Constitution qui, au moment de l’accession au trône du prince Jean en 1964, stipulait que la « personne du roi-grand-duc » était non seulement « inviolable », mais aussi « sacrée ». Un ajout que le roi-grand-duc Guillaume III avait fait inscrire dans la Constitution en 1856 et qui y est resté jusqu’en 1997. Ce n’est qu’alors que le député du CSV Georges Margue a réclamé une révision constitutionnelle : le Grand-Duc n’était ni un oint, ni sa « sainteté » liée à des prérogatives particulières. Par 58 voix, le Parlement a finalement décidé de la désacralisation du chef de l’État ; seuls les deux députés verts, François Bausch et Camille Gira, se sont abstenus. Jusqu’à peu avant le tournant du millénaire, un « saint » était à la tête de la société post-industrielle et moderne, axée sur les services, de ce petit Grand-Duché.
Quelle est la foi de Guillaume, décrit comme « profondément croyant » ? Selon des sources ecclésiastiques, il s’inscrirait « dans la tradition catholique de sa famille ». Il avait fait forte impression lorsqu’il avait été aperçu de manière inattendue en 2005 « tel un simple scout avec son sac à dos » lors des Journées mondiales de la jeunesse à Cologne (à l’époque sous le pontificat du pape Benoît XVI). Grâce à sa mère, il serait également familier avec le catholicisme charismatique – une branche de la foi qui met l’accent sur l’expérience personnelle du Saint-Esprit, notamment à travers ce qu’on appelle les charismes, tels que les prophéties et les dons de guérison. Début septembre, Maria Teresa a confié au magazine français *Paris Match* qu’un grand vide et une grande douleur l’avaient envahie lorsqu’elle a dû grandir loin de son pays natal, Cuba. C’est de manière tout à fait inattendue qu’elle est devenue grande-duchesse de Luxembourg, et ainsi un symbole national. Mais un tel symbole ne peut « servir que s’il est véritablement incarné. Par un engagement, par des causes, par quelque chose de plus profond », a-t-elle déclaré en juin dans un documentaire consacré à ses 25 ans de règne. Maria Teresa prend soin des blessés, des exclus, des personnes en souffrance.
En tant que symbole incarné, elle peut parfois faire opérer le charisme du pouvoir de guérison. Avant un forum « Stand-Up-Speak-Up » en 2019, les femmes invitées lui auraient raconté leur destin. À cette occasion, elle aurait ressenti « à quel point » ces femmes étaient brisées intérieurement. Mais après avoir partagé leurs histoires avec la Grande-Duchesse, « nous nous sommes soudain mises à chanter, danser et rire ensemble », a raconté Maria Teresa à Télécran. C’est « incroyablement inspirant de pouvoir assister à un tel changement ». La journaliste de Télécran a voulu savoir comment cela s’était produit, et la Grande-Duchesse avait la réponse : « Interrogées sur la force qu’elles dégageaient soudainement, les femmes ont répondu qu’aucune personne de rang comparable ne leur avait jamais accordé un tel regard jusqu’alors. » Le Grand-Duc Henri estime lui aussi que la présence grand-ducale dégage une force réconfortante. Lorsqu’il va à la rencontre de personnes « en difficulté, pauvres ou handicapées », « elles se sentent valorisées », a-t-il expliqué dans La Libre.
Si l’engagement social du couple n’est pas pour déplaire, d’autres aspects religieux suscitent toutefois des froncements de sourcils. À l’été 2014, Maria Teresa s’est prononcée contre le mariage pour tous lors de l’Académie d’été « Acteurs d’Avenir » à Fontainebleau, comme l’a rapporté le magazine *Reporter*. Il y a deux ans, la princesse Alexandra a épousé Nicolas Bagory, qui travaillait pour la maison d’édition catholique Première Partie et y relançait depuis 2021 le magazine sur la noblesse *Dynastie*, fondé en 1985 par Stéphane Bern. La messe de mariage a été concélébrée à Bormes-les-Mimosas par l’évêque du diocèse, Dominique Rey. Un évêque dont on sait depuis deux décennies qu’il a sciemment accueilli au moins un prêtre pédophile dans son diocèse et qu’il a toléré des communautés qui ne s’attaquent pas aux failles permettant les agressions sexuelles. Depuis 2015, des informations ont par ailleurs fait état de ses rencontres avec des extrémistes de droite. Des personnes proches du dossier ont confié à des journalistes que Mgr Rey aurait été le premier choix de la famille grand-ducale, ce que la cour conteste toutefois. On aurait souhaité que le cardinal Hollerich célèbre le mariage, mais celui-ci présidait à ce moment-là l’ouverture de l’octave. Dominique Rey a finalement été invité à démissionner par le pape François fin 2024, à la suite d’une enquête menée par le Vatican.
Le Grand-Duc Jean n’était pas seulement « saint » ; en 1964, il comptait également sur l’aide de Dieu. Lors de sa prestation de serment, il ajouta : « que Dieu me vienne en aide ». Henri y a renoncé en 1998, tout comme son fils, le prince Guillaume, l’année dernière. À la demande du gouvernement, la formule « par la grâce de Dieu » a également été supprimée de son titre officiel. La désacralisation de la monarchie devait se poursuivre ; sous le règne d’Henri, la religion devait être de plus en plus reléguée à la sphère privée. Mais la séparation de l’Église et de la politique a atteint ses limites en 2008, lorsque Henri a refusé, pour des raisons de conscience, de signer la loi sur l’euthanasie active adoptée par le Parlement. Le Grand-Duc s’est rendu spécialement à Rome pour demander conseil au pape Benoît XVI lors d’une audience privée ; une démarche que le Premier ministre du CSV de l’époque, Jean-Claude Juncker, a qualifiée d’« inacceptable ». Afin d’éviter une crise politique, Paul-Henri Meyers, député du CSV et expert constitutionnel, a notamment proposé un amendement constitutionnel : depuis lors, le Grand-Duc n’est plus autorisé à « ratifier » les lois. Il y a deux semaines, l’archevêque Jean-Claude Hollerich était convaincu que Guillaume ne mélangerait pas religion et politique ; il savait faire la distinction entre ces deux sphères. Dans le même temps, il avait analysé quelques minutes plus tôt que la religion n’était pas une affaire privée, car il s’agissait là de la forme publique et institutionnalisée de la foi. L’évêque Hollerich réaffirme ainsi que la noblesse et l’Église ne suivent pas des voies totalement distinctes ; ce duo institutionnel pourrait donc réserver d’autres surprises.
Le vicaire épiscopal et historien de l’Église Georges Hellinghausen a de nouveau souligné cette semaine, dans un reportage diffusé sur RTL, la piété des monarques luxembourgeois : « Marie-Adelheid était très croyante, tout comme Charlotte, Jean, Henri et le nouveau grand-duc Guillaume. Ils sont tous croyants – c’est caractéristique de toute leur famille. » Peut-être leur religiosité les aide-t-elle à trouver une légitimité intérieure. Dans une démocratie, les membres de la noblesse, choisis par héritage, peuvent parfois se sentir comme des corps étrangers. Il est alors sans doute utile de redéfinir son destin en passant par la transcendance.
Le catholicisme et la monarchie n’ont pas toujours été étroitement liés au Grand-Duché. Au tournant du XXe siècle, la famille grand-ducale s’est convertie au catholicisme, et douze ans plus tard, le pays a eu pour la première fois un chef d’État catholique en la personne de Marie-Adélaïde. Auparavant, le protestantisme des monarques avait creusé un fossé confessionnel entre le peuple et la dynastie, comme le souligne l’historien Pit Péporté dans son ouvrage *L’année 1919, un tournant*. Grâce à cette conversion religieuse, la famille grand-ducale put dès lors participer aux liturgies organisées dans le cadre du pèlerinage de l’Octave et se faire inhumée dans la cathédrale. Le règne de Marie-Adelheid jeta en outre les bases d’une union entre la noblesse, l’autel et le Parti de droite (le prédécesseur du CSV). Elle s’impliqua avec un élan inhabituel dans la politique parlementaire et décida en 1915 de dissoudre le gouvernement libéral-social-démocrate pour le remplacer par un gouvernement conservateur ne disposant pas de majorité parlementaire. Comme la monarque s’était en outre montrée favorable à l’Allemagne pendant la Première Guerre mondiale, elle ne bénéficiait plus d’aucun soutien et dut abdiquer en 1919. Sa sœur Charlotte prit alors la relève.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’image de la Vierge de la cathédrale et la grande-duchesse Charlotte ne firent plus qu’un ; elles devinrent un véritable symbole au rayonnement national. Dans l’imaginaire de nombreux catholiques, un lien intime s’est tissé entre la monarque et la consolatrice des affligés ; deux femmes censées offrir leur protection : des images de dévotion représentant les deux femmes côte à côte ont été envoyées sur le front russe. Selon le peintre Roland Schauls, le futur grand-duc Guillaume souhaitait qu’une référence à Charlotte figure dans son portrait. Afin d’y glisser une allusion discrète, l’artiste décida de représenter les fleurs rouges connues sous le nom de « roses de Charlotte » à côté du prince. En tant que descendant d’une caste guerrière vieille de sept cents ans, Guillaume cultive le culte des ancêtres. Il y a quatre ans, le journaliste Victor Weitzel a appris qu’Henri s’était incliné, aux côtés du grand-duc héritier, devant la tombe de son ancêtre Adolf von Nassau – roi d’Allemagne de 1292 à 1298 – dans la cathédrale de Spire.
À l’occasion de la succession au trône, l’origine dynastique est une nouvelle fois mise en avant de manière symbolique et élégante : le prince Guillaume, diplômé de l’Académie militaire de Sandhurst, portera son uniforme de parade vert olive, qui symbolise son statut de commandant en chef de l’armée luxembourgeoise (un grade qui n’a toutefois plus qu’une valeur purement cérémonielle). Dans sa garde-robe se trouve également son uniforme bleu foncé, orné de nombreux insignes de la dynastie des Nassau. Guillaume l’avait porté lors de son mariage avec la princesse Stéphanie, il y a 13 ans. Perpetuum royale : l’institution grand-ducale est censée être immortelle ; elle ne fait que se manifester sous différentes formes temporaires. Henri ne cache pas que sa famille obéit à une autre logique temporelle. Dans une interview accordée à Stéphane Bern, il a déclaré que les hommes politiques, soumis aux élections, étaient « à la merci des aléas de l’opinion publique ». Sa classe noble, en revanche, a le temps.
Dans *The Golden Bough*, publié au XIXe siècle, sont documentés, à travers l’histoire, les rituels de pouvoir des sociétés simples ainsi que des civilisations disparues. Un ouvrage pour le moins singulier de l’anthropologue James Frazer, car s’il se moque, d’une part, de la spiritualité d’autres cultures dans une perspective évolutionniste typique de son époque, il la valorise en même temps sur le plan narratif et stylistique. Il s’intéresse aux peuples qui conservaient « l’esprit du blé » dans des animaux, des êtres humains ou des effigies. Il en est ainsi parvenu à la conclusion que les rois-prêtres étaient tenus pour responsables de la fertilité de leur terre, ce qui a donné lieu à une multitude de pratiques rituelles. Au cœur de ces rituels et mythes se trouvait généralement un dieu ou un mortel déifié, qui mourait ou était sacrifié. Frazer écrit : « Les hommes en vinrent alors à considérer la croissance et le dépérissement de la végétation, la naissance et la mort des créatures vivantes comme les effets de la puissance croissante ou décroissante d’êtres divins, de dieux et de déesses qui naissaient et mouraient, se mariaient et engendraient des enfants – à l’image de la vie humaine.» Sous des noms tels qu’Osiris, Tammuz, Adonis ou Attis, on négocie la renaissance des peuples. Ce sont des mythes qui dramatisent la disparition et la renaissance de la végétation – la force des êtres divins, qui augmentait ou diminuait de manière cyclique, était ainsi associée à la vitalité agricole.
« Dans les monarchies, il arrive un moment où le peuple se dit : “Ce serait bien qu’un changement s’opère” », a déclaré mardi Luc Heuschling, spécialiste du droit constitutionnel, sur RTL Radio. Ce point semblait avoir été atteint à un moment donné au cours des enquêtes menées par l’expert financier et envoyé spécial Jeannot Waringo ; la vitalité et la stabilité de la cour semblaient s’effriter. Un grand-duc contemporain ne s’occupe plus de l’agriculture ni de la croissance des plantes, mais de l’économie en général. Il se rend à Dubaï, Séoul et Osaka pour servir d’atout en matière de relations publiques, de logo pour l’image de marque du pays et de porte d’entrée. La force de l’institution monarchique doit être renouvelée afin de promouvoir le Luxembourg en tant que pôle d’investissement. La fonction grand-ducale renaîtra ce week-end. Signatures, formules de serment, spectacles de drones, faste et Te Deum encadrent cérémonieusement le renouvellement du trône afin d’assurer la continuité. En ce sens, le 3 octobre n’est pas une date historique, a estimé l’historien Michel Pauly il y a une semaine sur Radio 100,7. Ayant déjà vécu deux changements de trône, il ne constate pas « que cela ait changé quoi que ce soit d’essentiel à l’histoire de notre pays ». « Et c’est très bien ainsi. »