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Institutions et démocratie 8 min de lecture

Une année électorale exceptionnelle

Les élections municipales constituent également un test pour les élections législatives qui auront lieu quatre mois plus tard. De plus, le nombre de communes appliquant le système proportionnel a augmenté d'un tiers.

Article paru dans Édition mai 2023
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Le parti DP luxembourgeois, avec le Premier ministre Xavier Bettel, lors d'un marché du samedi. À l'extrême gauche, Patrick Goldschmidt, à côté de Lydie Polfer, co-présidente du parti. © Olivier Halmes

Comme les élections municipales ont lieu tous les six ans et les élections législatives tous les cinq ans, il est rare qu’elles coïncident au cours d’une même « année électorale exceptionnelle ». La dernière fois que cela s’est produit, c’était en 1999. Et si le rythme habituel n’avait pas été interrompu en 2013, lorsque le gouvernement CSV-LSAP s’est effondré à la suite de l’affaire Srel et que les élections à la Chambre ont été avancées d’un an, la prochaine « année électorale exceptionnelle » n’aurait eu lieu qu’en 2029.

Cette année, le lien politique entre ces deux scrutins est particulièrement évident : seuls quatre mois les séparent. Les conseillers municipaux seront élus en juin, le Parlement en octobre ; en 1999, c’était encore l’inverse. Mais surtout, le CSV souhaite enfin revenir au pouvoir, après avoir échoué en 2018. Les élections municipales constituent donc un test pour les élections législatives, et les résultats municipaux seront interprétés comme revêtant une grande importance au niveau national.

Le CSV agit déjà en ce sens. Avant les élections communales de 2011, son président de l’époque, Michel Wolter, avait déclaré que, contrairement à ce qui se passe à l’étranger, les élections communales au Luxembourg ne constituaient pas des élections tests au niveau national. Mais à l’époque, le CSV était encore au pouvoir. Six mois avant les élections communales de 2017, le successeur de Wolter, Marc Spautz, avait estimé que si les élections communales et les élections à la Chambre étaient certes « deux choses bien différentes », le CSV souhaitait néanmoins sortir « renforcé » des élections communales pour aborder les élections à la Chambre l’année suivante. Cette année, le CSV consacre relativement peu de mots aux élections communales. Il n’a pas organisé de congrès électoral communal ; la convention nationale du 24 mars à Ettelbruck, lors de laquelle Luc Friedens a été désigné tête de liste nationale, devait suffire. Sur le site web du Chrëschtlech-sozial Gemengeréit, le programme-cadre de 30 pages consacré aux élections communales de 2017 est toujours disponible en téléchargement ; pour cette année, le secrétariat général du parti a rassemblé des « éléments de programme » sur 18 pages. Lorsque, la semaine dernière, le tandem de secrétaires généraux Stéphanie Weydert et Christophe Hansen a présenté les quatre « grands thèmes » du CSV pour les élections communales – cohésion sociale, logement, santé et sécurité –, ils ont déclaré que le parti s’en « inspirerait » également pour les élections à la Chambre. En d’autres termes : on analysera précisément l’attrait que suscitent ces thèmes. Le cas échéant, des « ajustements » seront effectués pour les élections législatives, a indiqué Christophe Hansen. Et bien sûr, le CSV attendra les résultats des élections communales avant d’établir ses listes pour la Chambre. La coprésidente Elisabeth Margue l’avait déjà résumé avec désinvolture au journal « Land » l’automne dernier : « Quand on se fait carrément laminer, on se demande si on va encore y repenser trois mois plus tard. Ce serait un peu pénible » (d’Land, 22/10/2022).

Il n’est pas surprenant que les autres partis agissent de la même manière. Il n’est pas non plus surprenant qu’ils mobilisent toutes les personnalités de premier plan disponibles pour les élections municipales. Certes, le risque est réel que des candidats qui seraient importants pour les élections législatives se fassent « brûler » lors du scrutin municipal. Mais au-delà de leur fonction de « test », les élections du 11 juin revêtent une autre importance particulière : depuis 2017, le nombre de communes où l’élection se fait selon le système des listes de parti a augmenté d’un tiers, passant de 42 à 56. Cela fait des élections municipales une compétition pour la redistribution du pouvoir au niveau communal. À plus long terme, ceux qui gouvernent dans ces 56 communes, ou qui siègent au moins au conseil municipal, gagnent également en légitimité sur la scène politique nationale.

Ainsi, sur les 21 députés du CSV, 16 se présentent aux élections communales ; sur les douze députés du DP, dix ; sur les dix députés du LSAP, six ; et sur les neuf députés verts, six. Les deux députés de La Gauche se présentent également le 11 juin ; parmi les deux députés du Parti Pirate, seul Marc Goergen se présente, tandis que parmi les quatre députés de l’ADR, Fernand Kartheiser et Jeff Engelen se présentent. Si les 16 candidats du CSV ont tous un mandat communal à défendre, ce n’est pas le cas de tous les autres députés-candidats. Pour le LSAP, Francine Closener, la coprésidente du parti, se présente pour la première fois à Mamer ; la coprésidente des Verts, Djuna Bernard, fait également son entrée à Mamer. Le député vert Charles Margue se présente pour la première fois à Lintgen sur une liste mixte. Cela fait déjà sept ans et demi que le député du DP Guy Arendt a quitté ses fonctions de maire de Walferdange.

Dès 2017, les élections municipales constituaient en quelque sorte un test en vue des élections législatives qui devaient avoir lieu un an plus tard. Leur issue donnait l’impression que le CSV était en passe de revenir au pouvoir. Depuis les élections européennes de 2014, en passant par le référendum de 2015, jusqu’aux élections communales de 2017, le CSV n’a cessé de se renforcer face aux trois partis au pouvoir. Il est sorti clairement vainqueur des élections communales et a détrôné le LSAP en tant que premier parti au niveau communal. Dans la moyenne des 42 communes à scrutin proportionnel existant à l’époque, il a amélioré son score par rapport à 2011 de 3,3 points de pourcentage, pour atteindre 33,6 %. Le LSAP, quant à lui, a perdu 2,6 points pour s’établir à 29,1 %. Le DP (20,5 %) a perdu 0,8 point, les Verts (17,6 %) 0,4 point (d’Land, 13 octobre 2017). Dans 22 de ces 42 communes à scrutin proportionnel, c’est aujourd’hui le CSV qui occupe le poste de maire, le LSAP dans dix, le DP dans cinq et les Verts dans une. Dans huit autres communes, le CSV fait partie d’une coalition, le DP dans sept, le LSAP dans six et les Verts dans dix.

L’augmentation du nombre de communes à scrutin proportionnel a toutefois dépassé toutes les formations politiques. Aucune n’a réussi à présenter, pour chacune des 56 communes désormais soumises au scrutin proportionnel, des listes comptant autant de candidat·e·s qu’il y a de sièges à pourvoir au conseil municipal. Et, fait remarquable, ce n’est pas le CSV qui présente le plus grand nombre de ces listes complètes (45), mais le DP, avec 47. Et tandis que le CSV présente certes le plus grand nombre de candidat·e·s pour les communes à scrutin proportionnel (696), les 623 candidat·e·s du DP suffisent pour constituer davantage de listes. Le fait que le DP ait manifestement réussi à constituer davantage de listes pour les nouvelles communes à scrutin proportionnel plus importantes pourrait porter ses fruits le 11 juin. Le LSAP présente 39 listes complètes, les Verts 36. Par ailleurs, des candidat·e·s du LSAP figurent encore sur 13 listes citoyennes mixtes ; pour les Verts, outre Charles Margue à Lintgen, on compte également l’ancien président du parti Christian Kmiotek à Kopstal.

Dans ce contexte nouveau, les rapports de force actuels au niveau communal pourraient bien évoluer. Officiellement, la campagne électorale communale débute le 15 mai. Outre le CSV, le DP pourrait lui aussi avoir intérêt à y intégrer les grands enjeux nationaux et à espérer un « effet Bettel », tout comme le CSV mise sur un « effet paix ». Il n’est en effet pas dit que de nombreux électeurs et électrices voudront, le 11 juin, donner une leçon au gouvernement. Et si c’est le cas, ce sera peut-être à l’encontre des Verts, avec leur ministre du Logement et de la Police, ou du LSAP, avec sa ministre de la Santé, mais pas du DP, qui propose une toute petite réforme fiscale. Sur le plan stratégique, le DP prend les élections communales tout aussi au sérieux que le CSV.

Il est évident que cette année, même les petits partis cherchent à renforcer leur légitimité. La Gauche a présenté sept listes, soit une de plus qu’en 2017 (à Schifflingen), tandis que l’ADR en a présenté onze, soit une de plus également (à Kayl). Le KPL se présente à Differdange et à Esch-sur-Alzette, ainsi qu’à Rumelange, où il est partenaire de coalition du LSAP depuis 2017. Frank Engels Fokus se présente avec des listes à Differdange, à Sassenheim et dans la capitale. Parmi les petits partis, ce sont peut-être les Pirates qui ont déployé le plus d’efforts : en 2017, ils s’étaient présentés avec une liste dans six communes à scrutin proportionnel ; ils en ont désormais 13. Le parti libertaire, auquel le Sonndesfro prédit depuis novembre 2021 le statut de groupe parlementaire « si les élections avaient lieu demain », est peut-être celui qui considère le plus le 11 juin comme un galop d’essai pour le 8 octobre : Compte tenu du fait qu’il ne compte actuellement que deux députés, l’opinion pourrait prévaloir au sein du parti selon laquelle il a plus à gagner qu’à perdre, tant au niveau communal que national.