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Institutions et démocratie 5 min de lecture

Une affaire purement privée

Malgré une grave fraude fiscale, Pim Knaff, conseiller culturel du DP à Esch, conserve son poste

Article paru dans Édition juin 2024
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Au Luxembourg, on fait la distinction entre la vie privée et les fonctions politiques dès que cela arrange. À Esch-sur-Alzette, on a atteint un nouveau niveau de bassesse. Le premier assesseur du DP et ancien député Pim Knaff ne souhaite pas démissionner de ses fonctions ; il semble même qu’il n’y songe pas un seul instant. Comme l’a rapporté Reporter la semaine dernière, cet assesseur et avocat a été condamné à une amende de 9 500 euros pour fraude fiscale grave. Dans le cadre d’une procédure de faillite, il n’a pas déclaré des honoraires d’un montant de 109 249,48 euros, ce qui correspond à une fraude fiscale de 50 000 euros. L’affaire s’est déroulée dans la plus grande discrétion, Knaff ayant plaidé coupable et accepté un accord à l’amiable avec le parquet. Le jugement a été rendu le 18 avril, la peine ayant été atténuée par le fait que Knaff n’avait pas d’antécédents judiciaires. Sans cela, il aurait risqué jusqu’à 300 000 euros d’amende et une peine d’emprisonnement. Knaff s’est d’abord montré repentant dans une interview accordée au « Luxemburger Wort » : il a déclaré assumer son erreur et en payer désormais le prix. Dans les jours qui ont suivi, la section du DP d’Esch a parlé d’une « erreur isolée » et lui a assuré « son soutien unanime et inébranlable ». La section du LSAP d’Esch a quant à elle jugé cette attitude inquiétante et a souhaité que M. Knaff prenne clairement position ; Déi Lénk avait déjà exigé la démission de l’élu jeudi dernier. La coalition noir-bleu-vert souhaite pour l’instant continuer à gouverner la deuxième plus grande ville du pays, a déclaré le maire du CSV, Christian Weis.

Mardi soir, Pim Knaff a invité les porte-parole des partis à une sorte de séance de questions-réponses ouverte à tous à la mairie. À l’exception des Pirates, tous les partis étaient présents. Sur la place devant l’Hôtel de ville, le soleil couchant brillait ; la presse s’était rassemblée pour assister à la vive polémique qu’une telle affaire suscite habituellement. C’était plutôt une légère brise qui soufflait. Au lieu de profiter de l’occasion pour faire preuve de transparence vis-à-vis des médias et, par là même, du grand public, la réunion s’est déroulée à huis clos. Le collectif d’artistes Richtung22 était venu avec des banderoles et des affiches réclamant la démission de Knaff. On y servait des « Pim Tonics » – une allusion à une déclaration faite par Pim Knaff au conseil municipal au sujet des prix d’entrée aux Francofolies : selon lui, ils coûtaient autant qu’un gin tonic. En fond sonore, une playlist soigneusement sélectionnée diffusait des morceaux tels que « Money » de Pink Floyd. Richtung22 en veut depuis longtemps à Pim Knaff, car l’association Fresch Asbl., présidée par ce dernier, n’a pas renouvelé leur contrat au Bâtiment 4 – et parce qu’ils ont des divergences de fond avec sa politique culturelle.

Un homme passe brièvement par là, filme la scène et hurle que Pim Knaff doit venir en aide aux pauvres d’Esch : « Que Pim reste ici ! Pim à Esch ! » Lorsque Steve Faltz, porte-parole du groupe LSAP, et la conseillère communale Liz Braz sortent après une heure de discussion, Faltz déclare : « Nous avons pris connaissance du jugement et, selon nous, il contient des contradictions. » Pim Knaff et la section locale du DP continuent d’affirmer qu’il s’agit d’une affaire mineure. L’assesseur restera en fonction. Le LSAP craint que cette affaire n’entraîne un désenchantement politique encore plus grand. Dans le même temps, M. Faltz a rétorqué que M. Knaff n’était « pas légalement contraint de démissionner en raison de cette affaire ».

À propos de soutien : La tête de liste européenne Amela Skenderović (voir p. 7-8), qui appartient à la section d’Esch et pourrait y siéger au conseil municipal en tant que troisième élue, n’est « pas vraiment au courant » de l’affaire si Knaff venait à démissionner de son mandat. C’est ce qu’elle a déclaré au journal *Der Land* en début de semaine.

La coalition fragile entre le CSV, le DP et les Verts a d’abord dû se ressaisir. La rupture de confiance est-elle suffisamment grave pour mettre fin à la coalition ? Mercredi, le maire du CSV, Christian Weis, a déclaré, d’un ton presque définitif : « Non ! Bien sûr que non. » Pim Knaff a certes été condamné, mais la décision de savoir s’il souhaite ou peut continuer à exercer ses fonctions d’assesseur revient exclusivement à lui-même et à son parti. M. Weis est convaincu que chaque « partenaire de la coalition est conscient de la grande responsabilité qui lui incombe de défendre les intérêts des citoyennes et citoyens d’Esch ». Les Verts font savoir qu’ils sont « déçus » et qu’ils auraient souhaité d’autres conséquences. Ils ont voté à l’unanimité en faveur du maintien de la coalition. Après tout, de nombreux projets formidables ont été lancés, notamment « de nouvelles aires de jeux pour les enfants et des trajets scolaires sécurisés ». Mieux vaut ne prendre aucun risque, et se contenter d’attendre que ça passe, tant qu’on a le droit d’être là. (Les membres de son propre parti démissionnent relativement vite, voir Traversini et Dieschbourg.) L’ADR se frotte les mains : « Et ensuite, ils s’étonnent que nous obtenions de plus en plus de voix », a déclaré mardi soir le conseiller communal Bernard Schmit. Une tragédie sans pareille. La presse n’a d’ailleurs pas pu apercevoir Pim Knaff mardi. Il est sorti par la porte de derrière.