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Institutions et démocratie 9 min de lecture

Une équipe de choc

Travail, performance, ordre : telles sont les valeurs qui guident la ministre Stéphanie Obertin (DP). Cette nouvelle venue en politique a-t-elle ainsi trouvé sa place en politique ?

Article paru dans Édition août 2025
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Une équipe de choc
Stéphanie Obertin © Photo : Sven Becker

Le parcours politique de Stéphanie Obertin est indissociable de Xavier Bettel (DP). En 2018, l’actuel vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères a pris contact avec cette médecin généraliste originaire de Bonnevoie et lui a proposé de se présenter aux élections nationales sous la bannière de son parti libéral. Il souhaitait élargir l’éventail des personnalités engagées en faveur d’une politique de santé libérale, explique Mme Obertin ce mardi, installée dans son fauteuil en cuir noir au ministère de la Numérisation. Quelle relation entretient-elle avec le « responsable de la communication du DP » (comme l’a récemment qualifié Caroline Mart) ? « On se connaît depuis longtemps, disons-le comme ça », répond Obertin. Peut-être depuis l’époque où ils sortaient ensemble dans leur jeunesse ? Un « oui » laconique lui échappe.

Cette nouvelle venue, alors totalement inconnue, s’est retrouvée en 2018 à la 17e place (sur 21) de la liste du DP dans la circonscription du Centre ; cinq ans plus tard, elle occupait la 11e place. Le DP l’a désignée – comme en 2018 – pour participer au groupe de travail sur la politique de santé dans le cadre des négociations de coalition. Une fois les discussions terminées, Obertin s’est rendue au Maroc, dans le massif de l’Atlas. Le 13 novembre, le téléphone a sonné. C’était Xavier Bettel, alors chef de délégation du DP. Il a proposé à Obertin le poste de ministre de la Numérisation et de l’Enseignement supérieur. « Les personnes qui m’entouraient à ce moment-là m’ont dit plus tard que j’étais devenue toute pâle », a-t-elle raconté au *Wort* il y a deux ans. Pourquoi a-t-elle accepté cette offre ? Le DP lui a accordé sa confiance : « On m’a fait comprendre que j’en étais capable et que je devais le faire », lui a fait savoir le parti. Une telle offre ne se présente qu’une fois dans une vie, dit-elle.

Stéphanie Obertin est décrite comme une médecin engagée. Avec trois autres médecins généralistes, elle a fondé un cabinet médical collectif à Bonnevoie au début des années 2000. Parallèlement, elle assurait des gardes dans des maisons médicales ainsi que dans des maisons de retraite et des établissements médico-sociaux. « Cela n’a pas été facile de quitter mes patients.» Pour elle, être médecin était bien plus qu’un simple métier. Mais elle est restée dans le milieu médical : elle continue de lire des revues spécialisées et de suivre l’actualité de son ancien domaine d’activité. Lorsqu’on l’interroge sur des questions de politique médicale, on perçoit une conviction personnelle derrière ses propos. Au Luxembourg, il y a deux fois plus de médecins spécialistes que de médecins généralistes – un déséquilibre qui, selon elle, illustre l’absurdité du système actuel. De nombreux patients consultent directement un spécialiste au lieu de s’adresser d’abord à leur médecin de famille. Or, dans de nombreux cas, l’intervention d’un spécialiste n’est pas nécessaire. Si le rôle du médecin généraliste était renforcé, cela allégerait sensiblement la charge du système de santé. En tant que personne de confiance, il garantit en outre une vue d’ensemble à long terme de l’état de santé de ses patients. Dans l’ensemble, affirme Mme Obertin, « le système est en train de s’effondrer ».

Au fil de la conversation, il apparaît clairement que ce n’est pas seulement son ami d’enfance, Xavier Bettel, qui l’a amenée à la politique, mais aussi son parcours de médecin. Les aspects politiques de son travail au sein du Cercle des Médecins Généralistes l’ont intéressée très tôt : identifier les dysfonctionnements du système de santé et proposer des solutions lui tenaient à cœur. Peu après l’ouverture de son cabinet à Bonnevoie, elle a rejoint l’Association des médecins généralistes, dont elle a été la présidente de 2019 à 2022.

Sa voix perd nettement de sa mélodie lorsqu’elle évoque ses dossiers au ministère de la Numérisation. Des responsables de l’opposition rapportent même que, lors des commissions parlementaires, elle s’efforce certes « sérieusement » d’expliquer les points que son ministère souhaite faire avancer, mais qu’elle lit le plus souvent ses déclarations sur une feuille. Dès que la discussion aborde des aspects techniques, elle renvoie la parole à ses fonctionnaires. Parallèlement, des rumeurs laissent entendre que ce sont les hauts fonctionnaires qui dirigent le ministère d’une main de fer. Si Stéphanie Obertin ne parvient pas à se positionner de manière médiatique sur ses dossiers, c’est aussi parce que, bien que son ministère porte le nom de « Numérisation », il se limite dans la pratique largement à la politique MyGuichet. Le ministre d’État Luc Frieden (CSV), en revanche, définit la stratégie globale du pays en matière d’économie des données. Et il a fait des projets d’IA une priorité absolue : c’est lui qui, en juin, lors du symposium Nexus, a serré devant les caméras la main du PDG de Mistral, Arthur Mersch. Le ministre de l’Économie, Lex Delles, prend les rênes des questions numériques relevant du secteur privé ; il y a cinq semaines, il a endossé le rôle de gestionnaire de crise lorsque le réseau postal a connu des perturbations pendant plusieurs heures. Ce n’est que par le biais de son deuxième ministère, celui de la Recherche, que Mme Obertin a récemment fait l’objet d’articles consacrés aux technologies dans la presse quotidienne – notamment en juillet, lorsqu’elle a mené des discussions à l’université de Tokyo en vue d’une coopération dans le domaine des projets d’intégration de données scientifiques.

Cette femme politique libérale n’est pas du genre à se mettre en avant. Sur son compte Instagram, on trouve de nombreuses photos où elle n’occupe pas le devant de la scène : lors d’une visite à l’institut de recherche Liser, par exemple, elle se tient aux côtés du grand-duc Henri, avec lequel elle serre la main. « Je ne suis pas vraiment du genre à aimer être prise en photo. Mais se faire photographier fait aussi partie de ce métier », a-t-elle commenté mardi. Lorsque le photographe du journal Land, Sven Becker, a réglé son appareil dans la cour arrière de son ministère mardi, sa porte-parole, l’ancienne journaliste de RTL Télé, Violetta Caldarelli, a conseillé à la ministre d’écarter ses cheveux devant ses oreilles. À la Joffergässel, on réfléchit à la manière d’éviter que la ministre ne paraisse trop sévère. En effet, elle semble parfois un peu froide sur certaines photos. Mais quiconque s’entretient avec elle constate que cette impression est trompeuse.

« Sévères », c’est ainsi qu’elle décrit ses parents entre les lignes. Aujourd’hui femme politique, elle a grandi au milieu des assiettes, des bouteilles de vin, de la vaisselle sale et propre : ses parents tenaient un restaurant à Luxembourg-Ville et à Moutfort. Enfant, elle aidait souvent « derrière le comptoir ». Mais elle « préparait aussi les desserts, vérifiait les stocks à la cave, faisait la vaisselle ». Dès son plus jeune âge, elle n’a jamais été du genre à fuir le travail. En même temps, elle a toutefois été choyée et a pu passer beaucoup de temps dehors, au Bambësch. Avec sa sœur jumelle, elle a passé ses premières années de collège à l’internat de Fieldgen. Comment a-t-elle vécu cette période ? « L’internat offrait un cadre propice pour bien réussir ses études », explique Obertin avec sobriété. Elle a ensuite suivi la filière B au lycée Michel Rodange, se spécialisant ainsi en mathématiques. Parallèlement, elle s’entraînait quotidiennement sur le court de tennis et participait à des tournois le week-end. Ce n’est qu’une fois son baccalauréat en poche qu’elle a décidé d’étudier la médecine ; d’abord au Luxembourg, puis à Strasbourg et à Nancy. Au cours de l’entretien, elle ne raconte aucune anecdote personnelle. Son discours s’articule autour des thèmes du travail, de la performance et de l’ordre.

Depuis son entrée au gouvernement en 2013, le DP a misé, outre Stéphanie Obertin, sur deux autres personnalités issues d’autres horizons. Pierre Gramegna a dirigé le ministère des Finances de 2013 à 2022, puis Yuriko Backes, aujourd’hui ministre de la Défense et des Transports, a pris la relève. Alors que Gramegna et Backes figuraient régulièrement dans le « Politmonitor » parmi les dix personnalités politiques les plus populaires, Obertin arrive en queue de peloton parmi les membres du gouvernement du DP, tant en termes de compétence que de cote de popularité. Peut-être ces scores sont-ils si bas parce qu’elle manque de visibilité, qu’elle n’est donc pas connue des électeurs – et que, par conséquent, elle ne bénéficie pas de leur soutien. Une visibilité qui fait peut-être défaut parce qu’elle ne s’exprime que rarement sur des sujets politiques. La stratégie du DP consistant à propulser des nouveaux venus sur le devant de la scène politique grâce à un poste ministériel, et ainsi à renforcer les effectifs du parti, ne semble en tout cas pas porter ses fruits cette fois-ci.

Il serait toutefois prématuré de conclure qu’elle n’a rien à montrer. L’été dernier, elle a présenté les grandes lignes d’un projet de loi sur l’utilisation des données dans la fonction publique. Selon ce projet, les procédures « Once-Only » deviendraient obligatoires pour les administrations, ce qui simplifierait les échanges entre l’État, les communes et les citoyens. En juin, la Commission européenne a indiqué que le Luxembourg faisait figure de pionnier grâce à sa stratégie de transformation numérique des services publics. Ce petit pays occupe désormais la deuxième place dans le classement « eGovernment Benchmark ». La Chambre des fonctionnaires d’État semble toutefois moins enthousiaste. Dans son avis sur le projet de loi, elle exprime ses craintes concernant une charge de travail supplémentaire et des difficultés techniques. Outre la mise en œuvre de son projet de loi, Obertin estime qu’« en tant que médecin, il est bien sûr très important de développer les études de médecine – nous ne pouvons pas toujours compter sur le vivier de nos jeunes talents ».