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Institutions et démocratie 9 min de lecture

Travail et structure

Carole Hartmann, secrétaire générale du DP et maire d'Echternach, correspond au stéréotype de la femme politique libérale. Quelle direction prend-elle ?

Article paru dans Édition mars 2024
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Travail et structure
Carole Hartmann © Photo : Sven Becker

Plus d’un électeur sur deux a coché la case correspondant au nom de Carole Hartmann lors des élections municipales de juillet 2023. La juriste et députée du DP a recueilli 1 860 voix. Sur la liste du DP, le deuxième élu a recueilli près de 1 000 voix de moins. La volonté des habitants d’Echternach était claire : Carole Hartmann doit devenir maire de cette ville de 5 900 habitants. Elle doit indirectement cette victoire locale éclatante à l’apôtre Willibrord (658–739), décédé à Echternach. En 2018, le maire du CSV, Yves Wengler, était encore le grand vainqueur des élections : il avait promis de transformer l’ancien hôtel-restaurant « Petite Marquise » en un complexe commercial et résidentiel. Mais lors des travaux, des vestiges datant du VIIe siècle, c’est-à-dire de l’époque où vivait Willibrord, ont été découverts. Wengler s’est montré nerveux, s’est exprimé de manière précipitée et a de plus en plus irrité les habitants d’Echternach. Dans une interview intitulée par RTL « E Willibrord dee kee wëll ? », il s’est montré agacé par cette découverte archéologique : Il souhaitait mettre le projet en œuvre rapidement et « tout démolir ». Au cours du deuxième mandat de Wengler, Hartmann a succédé à son père, André Hartmann, ancien professeur de sport et également homme politique du DP, au sein du conseil municipal. La famille est connue à Echternach grâce au club de tennis de table et de tennis et est généralement « très appréciée », explique son camarade d’école et membre des Verts, Max Pesch. Malgré ses ambitions nationales, cette femme de 36 ans serait une « véritable femme politique locale, qui ne manque jamais une fête ». Parallèlement, elle continue de progresser au niveau national : en 2022, la députée a été élue secrétaire générale du parti. Lors des réunions de commission, elle se distingue : elle se familiarise avec les dossiers et agit de manière réfléchie. Le président du DP, Lex Delles, la décrit aux journalistes comme « l’avenir du parti ».

Les débuts de sa carrière politique remontent à son enfance. « À table, le soir, on parlait de politique locale », raconte Mme Hartmann. On recevait parfois des invités tels que l’ancien ministre de la Santé du DP, Carlo Wagener (1953–2021), qui était un ami de son père. Plus tard, Claude Lamberty (DP), enseignant et joueur de tennis, l’a encouragée à rejoindre la JDL. À 17 ans, elle a créé, avec Joé Nilles (actuel maire de Berdorf), une section locale de jeunesse dans l’est du pays. En 2013, Xavier Bettel (DP) l’appelle pour lui demander si elle se sentait prête pour les élections nationales : « À l’époque, il voulait rajeunir et renouveler le parti ». En 2013, elle a manqué l’entrée au Parlement de 40 voix. Avant cet appel, cette joueuse de l’équipe nationale avait passé sa jeunesse à « jouer beaucoup au tennis de table ». Elle était souvent en déplacement « sur les tournois ». À Nancy, elle a suivi des études de droit avec une spécialisation en sciences criminelles. « Au départ, je visais une carrière dans la police judiciaire. » Mais après un stage au cabinet de Pol Urbany, elle y a été embauchée.

Elle maîtrise désormais le langage diplomatique d’une juriste diplômée et d’une secrétaire générale de parti : les conflits internes au parti ne doivent pas transparaître à l’extérieur. Lorsque le Quotidien lui a demandé, avant les élections municipales de 2023, si les ragots concernant Lydie Polfer et Corinne Cahen l’agacaient, elle a répondu par la négative. « Le fait que l’on discute de la possibilité de plusieurs vainqueurs montre que le DP se présente aux élections avec des candidats prometteurs. » Face au journal *Le Land*, elle réaffirme sa position indépendante de tout bloc. Corinne Cahen aurait engagé d’importantes réformes, telles que la transformation du RMG en Revis. Lydie Polfer, quant à elle, est une femme qui a accompli beaucoup de choses. Sur Radio 100,7, elle prend la défense de la maire et de l’interdiction de la mendicité – elle comprend qu’il faille lutter contre un sentiment d’insécurité à Luxembourg-Ville. Elle admire tout particulièrement Colette Flesch. Flesch a « beaucoup travaillé ». Et elle a montré qu’il n’était pas nécessaire de recourir à des quotas pour qu’une femme puisse progresser. « Je ne souhaite pas non plus être une femme de quota », déclare-t-elle au journal *Der Land*. Hartmann travaille elle aussi beaucoup : « Je ne fais pas de semaines de 40 heures. » Adolescente, elle faisait ses devoirs le soir après l’entraînement. « D’une certaine manière, j’ai encore cette habitude aujourd’hui : le soir, quand mon enfant de quatre ans dort, je m’assois à nouveau et je passe en revue des documents. »

En ce début de semaine, elle est assise dans son bureau de maire, sur la place du marché d’Echternach. Comme toujours, une mèche au milieu du front est attachée en arrière, le reste de ses cheveux est lissé et laissé lâché. Elle a noué son écharpe – à l’instar de Xavier Bettel – en forme de boucle. Dans leur manière d’être, ils semblent pourtant aux antipodes l’un de l’autre : Hartmann se montre calme, impassible et réfléchie. Les discours de Xavier Bettel, quant à eux, sont empreints de pathos, de mimiques et de gesticulations. Pour une libérale luxembourgeoise, ces positions n’ont rien de surprenant : selon Smartwielen, elle s’oppose à une réduction du temps de travail hebdomadaire sans perte de salaire ; à une augmentation du salaire minimum de 10 % ; à un impôt sur les successions en ligne directe et à une imposition plus forte des revenus élevés. Dans la tradition du DP, elle s’oppose systématiquement à une conception conservatrice de la famille : le droit à l’adoption ne devrait pas se limiter aux couples mariés et les tuteurs légaux qui abandonnent leur emploi pour élever leurs enfants à la maison ne devraient pas percevoir d’allocation. Pour rester fidèle au point vert du logo du DP, elle se prononce en faveur de la transition énergétique et de l’agriculture biologique. Face au Land, elle réaffirme une nouvelle fois sa position libérale en matière de politique de santé : « Nous avons besoin d’un système décentralisé dans lequel les professionnels libéraux puissent exercer leur spécialité dans le cadre d’une loi prédéfinie et où les cas graves soient réservés à l’hôpital », déclare Mme Hartmann. Elle défendait déjà cette position lorsque le DP formait encore un gouvernement avec le LSAP et les Verts, ce qui lui avait valu des critiques de la part de ses partenaires de coalition. Le LSAP, en particulier, craignait qu’une libéralisation n’entraîne une surcharge financière pour la CNS et une fuite du personnel hospitalier. Inspirée par un entretien personnel, elle a également commencé, au cours de la dernière législature, à se pencher sur le manque d’accès à l’information concernant l’euthanasie. « Il est important pour moi que les malades en phase terminale puissent mourir dans la dignité », déclare Mme Hartmann au journal *Der Land*. Outre le dossier de la santé, d’autres axes prioritaires se sont ajoutés au cours de cette législature : elle préside désormais la commission parlementaire de l’économie, des PME, du tourisme et de l’énergie, et occupe le poste de vice-présidente du groupe parlementaire aux côtés du président Gilles Baum. La députée Barbara Agostino la décrit dans ce rôle comme « engagée, loyale, juste et franche ». Agostino la perçoit comme ambitieuse et la voit en passe de mener une « belle carrière politique ».

À Echternach, Wengler n’a pas seulement trébuché sur Willibrord. Avant les élections de 2023, l’opposition s’est de plus en plus interrogée sur les contrats généreux conclus avec un cabinet de conseil chargé d’accompagner la faisabilité et la mise en œuvre d’un centre commercial « City-Outlet » – plusieurs centaines de milliers d’euros y ont été versés depuis 2017. Le City-Outlet n’a toujours pas vu le jour. Un magasin sur cinq de la ville abbatiale est inoccupé, ce qui représente 7 000 mètres carrés de surface de vente inutilisée. Comme Echternach souhaite se positionner comme la capitale du Müllerthal, ce sont surtout des marques de plein air, de randonnée et de sport qui devraient occuper le City-Outlet de la ville abbatiale. Depuis un mois, Mme Hartmann préside l’Office du tourisme de la région du Müllerthal (ORT). « Le Müllerthal est l’une des régions les plus dynamiques », et c’est dans la Wolfsschlucht qu’elle préfère faire de la randonnée, mentionne Mme Hartmann dans un clip promotionnel de la DP. Le Müllerthal-Trail, long d’environ 120 kilomètres, a établi un nouveau record l’année dernière avec 214 000 randonneurs. Depuis peu, Echternach porte même le label « European Destination of Excellence », car la ville propose une offre de grande qualité dans le domaine du tourisme durable.

Mais les distinctions ne rapportent de l’argent aux caisses de la commune que de manière indirecte, voire pas du tout. La municipalité traîne un déficit budgétaire de 80 millions d’euros. Ainsi, 10 millions ont déjà été gaspillés de manière inattendue lors de la rénovation de la Marquise. Et les inondations de juillet 2021 ont dévasté la moitié de la ville : « L’eau est montée jusqu’à la place du marché. L’école maternelle a été entièrement inondée ; rien que pour les conteneurs provisoires, nous avons dû dépenser 3,5 millions d’euros. Nos infrastructures sportives, y compris la piscine, sont perdues – nous devons planifier leur reconstruction.» Le parc d’Echternach, qui abrite l’ancien jardin du monastère et un pavillon rococo datant de 1761, a également été gravement endommagé. « Je suis heureuse que le ministre de la Culture vienne nous rendre visite dans deux semaines ; nous chercherons alors, entre autres, des solutions pour le réaménagement du parc », déclare Mme Hartmann. Le ministre, Eric Thill, est un collègue de son parti. À ce jour, l’État n’a versé que 800 000 euros d’aides. Les électeurs d’Echternach espèrent sans doute que la nouvelle maire, Carole Hartmann, entretiendra des liens étroits avec les hautes sphères du pouvoir. Et elle n’a pas (encore) déçu son entourage à Echternach. Lorsqu’on lui demande pourquoi elle n’a pas accepté de poste au gouvernement, Mme Hartmann répond : « Début 2023, mon objectif était très clair : devenir maire. » Elle ne voulait pas mettre en jeu la confiance des habitants d’Echternach.