Lundi prochain, la reine Élisabeth II recevra les derniers honneurs. Le grand-duc Henri et la grande-duchesse Maria Teresa se rendront aux funérailles, tandis que le Premier ministre Xavier Bettel (DP) s’en abstiendra. Entre-temps, les liens entre les Windsor et les Nassau-Weilburg ont fait l’objet de nombreux articles, et comme d’habitude, les réactions d’indignation ont pris le dessus sur les réseaux sociaux. Puis le calme est revenu, et mardi, l’attention du public s’était à nouveau tournée vers la faune et la flore du Grand-Duché.
Vendredi dernier cependant, un peu plus de douze heures après le décès de la reine, l’ancien président du parti Alex Bodry (LSAP) a déclaré sur Twitter : « Une attention médiatique et populaire extraordinaire autour du décès de la reine d’Angleterre, une chef d’État sans pouvoir réel qui a davantage accompagné l’histoire qu’elle ne l’a façonnée. Cela s’explique ainsi. Le charme de la monarchie représentative opère toujours, même au XXIe siècle. » Ce qui semblait à première vue être une prise de position fondamentalement critique à l’égard de la monarchie en tant qu’institution a été relativisé le jour même lors d’un entretien téléphonique avec le journal « Land ». Il s’agissait avant tout pour lui de la couverture médiatique, a déclaré M. Bodry sur un ton conciliant. Celle-ci aurait été disproportionnée par rapport au pouvoir réel dont dispose aujourd’hui un monarque en Europe. Le politicien du LSAP contredit le Premier ministre Xavier Bettel (DP). Ce dernier avait évoqué le « leadership » de la reine dans son hommage. Or, les membres des familles royales ne sont pas des dirigeants.
Son collègue de parti, le ministre des Affaires étrangères Jean Asselborn, a quant à lui fait l’éloge de la reine d’Angleterre et a déclaré : « An hire Schiet koum keen ! » Le *Luxemburger Wort*, traditionnellement proche du Parti travailliste, a consacré sa une et ses cinq premières pages à la famille royale pendant trois jours consécutifs. Le Luxemburger Wort, historiquement plutôt favorable à la monarchie, avait quant à lui préféré consacrer sa une de lundi aux nouveaux arrêts de tramway mis en service à Bonneweg. L’ancien Premier ministre Jean-Claude Juncker (CSV) a assuré sur Radio 100,7 que la reine avait toujours « su » ce qui se passait dans son pays. Djuna Bernard (Les Verts) a rendu un hommage respectueux : « Une personne inspirante qui a marqué le siècle dernier nous a quittés. » Gary Diderich, de déi Lénk, a rendu hommage aux mineurs et aux ouvriers d’usine de Grande-Bretagne et des colonies, et a critiqué la réaction tardive de la reine en 1966, lorsque 144 personnes avaient perdu la vie lors d’un glissement de terrain à Aberfan, au Pays de Galles. L’ADR est restée silencieuse. De manière générale, ce parti instrumentalise la monarchie principalement comme un élément identitaire et a, par le passé, tenté d’attiser, lors des débats sur la réforme constitutionnelle, la crainte d’une perte de pouvoir et d’une mise à l’écart du Grand-Duc en recourant à de fausses déclarations.
Ce qui semble être un tableau hétérogène est trompeur. Sur la scène politique, il n’existe tout au plus que de légères divergences concernant la monarchie en tant qu’institution. Une personnalité comme Alex Bodry, républicain dans l’âme, s’est déjà exprimé à plusieurs reprises de manière critique à l’égard de la monarchie ; son parti s’est également prononcé à plusieurs reprises en faveur du modèle suédois de monarchie constitutionnelle, dans lequel le chef de l’État n’a plus qu’un rôle symbolique. Cependant, personne ayant une influence politique ne la remet véritablement en cause ici. On invoque souvent l’adhésion dont elle bénéficie au sein de larges couches de la population. On justifie cela par le dernier sondage représentatif sur ce sujet, qui a eu lieu en 1919. À l’époque, la grand-tante du grand-duc Henri, Marie Adelheid, avait quelque peu surestimé ses fonctions grand-ducales. Après avoir été accusée d’avoir agi en faveur de l’Allemagne pendant la Première Guerre mondiale, elle abdiqua et sa sœur Charlotte devint grande-duchesse. En septembre 1919, 77,8 % de la population totale s’était prononcée en faveur de son maintien au pouvoir. À Luxembourg-Ville et surtout à Esch-sur-Alzette, il existait à cette époque un sentiment républicain non négligeable ; dans le sud, un peu moins d’un tiers des électeurs souhaitait l’instauration de la République.
La Seconde Guerre mondiale, l’exil de la grande-duchesse Charlotte à Londres et la manière dont la monarchie est devenue le symbole de l’indépendance luxembourgeoise allaient changer la donne. Le républicanisme est devenu un phénomène marginal, le régime politique ne jouait plus aucun rôle dans les campagnes électorales – il n’était pas possible, et il n’est toujours pas possible, de tirer un quelconque capital politique de cette question. Le nouveau projet de Constitution complet présenté par déi Lénk en 2019, qui visait à abolir la monarchie et proposait un nouveau régime politique, n’a suscité aucun intérêt sérieux. L’A.s.b.l. 1919, qui s’est donné pour mission de mener une analyse historique objective et neutre des événements de ce moment clé de l’histoire, compte exactement trois membres. Deux pages A4 remplies de membres potentiels seraient prêtes à intervenir si l’initiative venait à se politiser un jour, explique le cofondateur Jan Guth. Dans un premier temps, l’ouvrage *Vive d’Republik ! Républicanisme et critique de la monarchie au Luxembourg* paraîtra l’année prochaine. Une quête de traces. Les observateurs qualifient cela de « folklore de Minett », tandis que Jean-Claude Juncker le qualifierait sans doute de « néo-romantisme républicain ».
Dans ce pays, contrairement à d’autres grandes monarchies constitutionnelles, il ne semble généralement pas y avoir de ressentiment à l’égard du Grand-Duc. Cela tient peut-être au fait que « le Luxembourgeois est un peuple conservateur », comme le dit le juriste et ancien député du CSV Paul-Henri Meyers, ainsi qu’à la prospérité du pays. Il est à peu près aussi difficile de trouver des monarchistes purs et durs que des partisans du « Vive d’Republik ! » : on rencontre plutôt une indifférence bon enfant. « Éviter les conflits et s’en tenir aux traditions est l’une des principales préoccupations des Luxembourgeois », estime Fernand Fehlen, chercheur en sciences sociales à la retraite de l’Université du Luxembourg. « Même si c’est un anachronisme, beaucoup se sentent honorés lorsque le chef de l’État se rend à l’étranger pour y représenter le pays. » On peut appeler cela du charme, ou du nationalisme.
Les réformes constitutionnelles n’ont pas manqué au cours des dernières décennies. Au cours des 31 dernières années, la Constitution a été modifiée à 23 reprises ; un tournant décisif s’est produit fin 2008, lorsque le Grand-Duc, en raison d’un conflit de conscience, a refusé de signer la loi sur l’euthanasie, ce qui a abouti à une modification de l’article 34 de la Constitution, adoptée en onze jours, qui limitait ses pouvoirs. Désormais, il n’était plus tenu d’approuver les lois pour qu’elles entrent en vigueur. Les crises au sein de la maison royale n’ont pas manqué non plus : on pense notamment aux accusations retentissantes portées contre la grande-duchesse Maria Teresa en 2020 (d’Land, 17 janvier 2020), au rapport Waringo, au mélange entre vie privée et vie publique dans la gestion des fonds publics et aux problèmes de personnel à la cour.
La monarchie doit être « modeste » et « discrète » et « en phase avec son temps », affirme l’ancien maréchal de la cour Jean-Jacques Kasel. Lors de son passage à la cour (2002-2007), il s’était engagé en faveur d’un rapprochement entre le Grand-Duc et la population. « Quand on reste dans sa tour, on ne perçoit pas la sensibilité des gens. » Il s’agit toutefois d’un exercice délicat que de s’intéresser aux préoccupations des gens sans pour autant verser dans la familiarité. Le faste ne peut pas disparaître complètement. Dans le contexte monarchique, on rencontre sans cesse les mots « mythe » et « symbole », ainsi que les notions de continuité nationale et de stabilité. Elles sont encore aujourd’hui citées comme principaux attraits. Dans l’ensemble, le sentiment d’appartenance que la maison royale de Nassau-Weilburg symbolise pour certains, en particulier pour la génération de la guerre, s’inscrit dans une dimension émotionnelle. Une réalité qui peut sembler dénuée de sens d’un point de vue rationnel et démocratique ; mais ces sentiments ne peuvent être éliminés. « La monarchie revêt quelque chose d’irrationnel, en partie difficilement explicable », déclare Alex Bodry, homme politique du LSAP.
Dans l’ouvrage *The Role of Monarchy in Modern Democracy* de l’historien britannique Robert Hazell et de l’expert en monarchie Bob Morris, les deux auteurs identifient notamment les points suivants comme déterminants pour une monarchie moderne : la séparation des pouvoirs et la stricte neutralité politique qui en découle ; la prévention des scandales ; le soutien de la population ; l’acceptation du rôle royal, avec ses devoirs et ses contraintes. C’est grâce à ces « mises sous tutelle » politiques progressives que les monarchies ont survécu jusqu’à aujourd’hui, en tant que « vestiges de l’ancien régime » (Kasel). Une certaine modernisation est toutefois observable : au sein de la famille de Nassau-Weilburg, il n’y a plus de discrimination fondée sur le sexe en matière de succession au trône depuis 2012. Tout autre changement fondamental de la monarchie, tel qu’une modification constitutionnelle sur le modèle suédois par exemple, devrait faire l’objet d’un référendum, affirme Paul-Henri Meyers, avant d’ajouter : « En général, le mieux est de s’en tenir à ce qui nous revient. »