Électrique L’échelle de Bortle, qui évalue la noirceur du ciel et donc la visibilité des étoiles, atteint le niveau sept en plein cœur de la ville, juste à côté de la statue de Guillaume II. Le niveau 10 correspond à la pollution lumineuse la plus élevée, tandis qu’un niveau 1 permet de distinguer facilement la Voie lactée à l’œil nu. Sur le Glacis, la Schueberfouer illumine tellement le ciel qu’il est actuellement facile d’y atteindre le score maximal.
Dès la fin du XIXe siècle, la lumière électrique a fait son apparition dans le ciel nocturne. Depuis, projecteurs, panneaux publicitaires et éclairages permanents se livrent à une surenchère. Dans la plupart des endroits du monde, il n’est plus possible de lever la tête pour contempler un ciel d’un noir profond. Une expérience menée par le Centre de recherche géologique de Potsdam montre que le ciel européen s’est éclairci en moyenne de 6,5 % au cours des dix dernières années. 85 % du territoire de l’UE est désormais éclairé artificiellement la nuit. La révolution des LED, censée permettre des économies d’énergie, semble donc s’être retournée contre nous ; on éclaire apparemment davantage parce que cela coûte moins cher. Or, les dangers pour les humains et les animaux sont bien connus : lorsque les lumières restent allumées la nuit, cela inhibe la production de mélatonine, qui favorise un sommeil sain. De plus en plus d’études montrent que l’exposition nocturne à la lumière est considérée comme un facteur de risque de dépression et d’hypertension artérielle. Les insectes et les oiseaux, entre autres, souffrent de l’éclairage artificiel nocturne, qui perturbe leur rythme et leur orientation. Les premiers se brûlent sur les lampadaires, les seconds se cognent contre les parois vitrées éclairées. La protection nocturne s’inscrit donc dans le cadre de la protection de la nature et de la lutte contre la perte de biodiversité.
Le guide national de 93 pages « Un bon éclairage des espaces extérieurs », élaboré en 2018 par divers acteurs, tels que le ministère de l’Intérieur, la police, le Syvicol, des organisations de protection de la nature et du service des monuments historiques, formule des recommandations, notamment en matière d’émission lumineuse (intensité), d’orientation de la lumière (direction du faisceau) et de spectre lumineux, c’est-à-dire la couleur de la lumière. Le ministère de l’Énergie et de l’Aménagement du territoire met ce document à la disposition des communes, qui agissent de manière autonome en matière d’éclairage au sein de leurs villages. Daniel Gliedner, conseiller en éclairage au Parc naturel de l’Our, constate toutefois dans la pratique que les techniciens communaux ne sont pas toujours à la pointe des connaissances, car ils ont de nombreuses autres tâches à accomplir. Les mesures d’économie en vigueur depuis octobre ont en tout cas conduit à ce que l’éclairage ne fonctionne plus qu’à faible intensité dans de nombreux endroits, à environ 50 %. Ces changements ont été coordonnés avec l’administration des ponts et chaussées, responsable des routes nationales.
Zappenduster Sur les 100 communes du pays, 30 ont décidé d’éteindre complètement les lumières entre 1 h et 5 h du matin. En juin 2023, il s’agit de Mamer, Clerf, Reckingen/Mess, Weiswampach, Steinfort, Putscheid, Ulflingen, Kayl, Bauschelt, Sandweiler, Grosbous, Koerich, Wahl, Walferdingen, Beckerich, Esch/Sauer, Goesdorf, Hobscheid, Niederanven, Park Hosingen, Helperknapp, Winseler, Wiltz, Dippach, Waldbillig, Bettembourg, Bourscheid, Ell, Bettendorf et Saeul. Il s’agit donc principalement de communes rurales. Depuis la mi-juin, suite à des « réactions de la population », le ministère de l’Intérieur, le ministère de l’Énergie et de l’Aménagement du territoire ainsi que le ministère de la Mobilité et des Travaux publics recommandent de rallumer l’éclairage dès 4 h 30. Tout cela entraîne bien sûr des incohérences. Quiconque se rend de Dudelange à Kayl pendant la nuit se retrouve soudainement plongé dans l’obscurité à son arrivée.
Dans les programmes électoraux des partis publiés à ce jour, la place accordée à la pollution lumineuse varie d’un parti à l’autre. Les Verts promettent une « stratégie nationale » visant à la réduire, la mise en place de limites maximales pour les émissions lumineuses dans les zones écologiquement sensibles, ainsi qu’un soutien aux communes pour la mise en œuvre de mesures telles que le blindage lumineux. Le DP ne se positionne pas concrètement sur le sujet, mais indique qu’il analysera « quelles mesures d’économie d’énergie mises en place l’hiver dernier peuvent être maintenues à long terme afin de réduire durablement la consommation d’électricité et de gaz dans les bâtiments publics ». En outre, elle « continuera à améliorer l’efficacité énergétique des infrastructures publiques, par exemple en recourant systématiquement aux LED ». Le LSAP est le plus concret et consacre un paragraphe à ce sujet, dans lequel il s’engage à limiter le rayonnement vertical de l’éclairage extérieur ainsi que celui des panneaux publicitaires électroniques, à promouvoir l’utilisation de lampes LED écologiques et à fixer des plafonds d’intensité lumineuse. Des réglementations s’appliqueront également à l’emplacement de ces panneaux publicitaires. Déi Lénk souhaite interdire totalement ces derniers et garantir un éclairage public « intelligent » dans les parcs et sur les pistes cyclables. Le parti propose de créer dans le pays une réserve de ciel étoilé, protégée de toute pollution lumineuse. Ni Volt, ni Fokus, ni le CSV n’abordent explicitement ce sujet. Fokus précise toutefois « que chaque campagnol, chaque milan royal et chaque blaireau ne priment pas individuellement sur le développement des infrastructures ».
À l’abri du danger Il est judicieux de faire la distinction entre les espaces urbains et ruraux. Un paysage urbain devient plus attrayant pour les touristes lorsqu’il est mis en valeur de manière intéressante sur le plan de l’éclairage. En revanche, il est peut-être plus simple pour la commune de Beckerich, dirigée par les Verts, d’éteindre complètement l’éclairage public la nuit depuis dix ans. Les chemins menant aux églises et les arrêts de bus n’y sont éclairés qu’en cas de besoin, c’est-à-dire grâce à des détecteurs de mouvement. Daniel Gliedner évoque des expériences menées avec cette technologie dans la région de Vianden, qui montrent que les lumières restaient éteintes entre 70 et 90 % du temps. Les économies réalisées sont considérables. « La pollution lumineuse est la seule forme de pollution que nous pouvons tout simplement éliminer. » Avec ferveur, Gliedner calcule qu’en éteignant les lumières entre 22 heures et 5 heures du matin, on pourrait économiser 60,83 % d’énergie. Il faut toutefois beaucoup de courage pour faire adopter ces mesures. Il va de soi que les citoyens doivent accepter le changement pour que celles-ci puissent porter leurs fruits. Or, dans de nombreuses localités, cela ne constitue pas une priorité politique. Des communes comme Mertzig et Esch ont fait marche arrière après que certains riverains se sont plaints.
Dans sa déclaration d’entrée en fonction, le Conseil des échevins de la ville de Luxembourg s’est quant à lui engagé à éviter toute forme de pollution, y compris la pollution lumineuse, dans les nouveaux quartiers résidentiels tels que les Portes de Hollerich. Dans la vie politique quotidienne, il privilégie généralement la sécurité au détriment de la protection de la nature. Simone Beissel (DP), assesseure chargée des infrastructures, fait honneur à l’obsession de son conseil des échevins pour la sécurité. Elle s’oppose radicalement à toute réduction de l’éclairage public. Elle attribue aux mesures d’économie d’énergie la responsabilité d’une atmosphère lugubre, affirmant qu’on ne reconnaîtrait plus personne. De plus, les jeunes s’habilleraient aujourd’hui tous en gris, blanc ou noir, contrairement à autrefois. Par ailleurs, les habitants de la ville seraient des créatures d’habitudes qui auraient du mal à s’adapter aux changements. Dans la capitale également, des essais avec des détecteurs de mouvement sont actuellement menés dans des rues plus petites et peu fréquentées, explique Paul van Dyck, chef du service de l’éclairage public de la ville de Luxembourg. Dans l’ensemble, il constate un suréclairage de la ville par rapport à l’Allemagne ou à la France. Des citoyens se sont adressés à la commune pour se plaindre que leurs jardins soient éclairés. D’autres se sont plaints d’un excès de lumière.
Observatoire : On peut peut-être comprendre l’argumentation politique avancée dans des quartiers comme Bonneweg et le quartier de la gare, où elle répond au besoin de sécurité des habitants. Dans les quartiers plus huppés et en milieu rural – qui constituent encore une grande partie du Luxembourg et où, dans de nombreux endroits, il n’y a pratiquement plus de piétons après le travail –, elle fait long feu. En effet, une étude de l’University College London datant de 2022 montre que les rues moins éclairées ont enregistré moins de vols de voitures. En revanche, les rues avoisinantes, qui restaient éclairées toute la nuit, ont connu davantage de vols.
Daniel Gliedner, du parc naturel de l’Our, estime que la solution d’éclairage à la demande, c’est-à-dire les détecteurs de mouvement, deviendra la norme d’ici cinq à dix ans. Il rappelle la dimension culturelle de l’obscurité. « L’Amérique n’a pas été découverte grâce au smartphone, mais en s’orientant grâce aux étoiles. » Le ciel étoilé est un patrimoine culturel qu’il convient de protéger. L’International Dark Sky Association (IDA) affirme que l’accès à un ciel sombre et à un éclairage de haute qualité n’est pas un privilège, mais un droit. La commune de Putscheid, considérée dans notre pays comme un pionnier en matière de prévention et de lutte contre la pollution lumineuse, devrait être certifiée « site Dark Sky » par l’IDA d’ici quelques années. Aux côtés de sites tels que le parc national de l’Eifel, le parc national des Cévennes et le parc national de Joshua Tree.