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Institutions et démocratie 4 min de lecture

Des piqûres invisibles

falsification par injection

Article paru dans Édition juillet 2025
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Selon les médias, 145 personnes auraient été piquées avec une seringue en France le 21 juin, lors de la Fête de la Musique. Deux jours plus tard, le jour de la fête nationale, un cas similaire a également été signalé à la police luxembourgeoise. La semaine dernière, RTL s’est entretenu avec la victime présumée. Cette jeune stagiaire en restauration originaire de France souhaite, à travers son témoignage, attirer l’attention sur ce phénomène. Visiblement encore sous le choc, elle raconte comment un homme, sur la place du Théâtre à Luxembourg-Ville, « est passé derrière moi et m’a piquée dans la fesse ». Elle ne se souvient pas du visage de la personne, seulement qu’elle s’est enfuie dans la foule. Cette nuit-là, elle n’a ressenti aucun symptôme. Ce n’est que le lendemain qu’elle a ressenti des douleurs le long d’une jambe ; depuis début juillet, elle souffre également de sciatique. Mais ce qu’elle redoute le plus, c’est d’avoir été infectée par le VIH – un résultat fiable du test ne sera disponible que dans six semaines. Le pire, selon la jeune femme, c’est de ne pas savoir « où se trouvait la seringue et s’il y avait quelque chose dedans ».

Depuis 2021, plus de 1 500 plaintes similaires concernant ce que l’on appelle le « needle spiking » ont été signalées en Europe. À ce jour, aucun résultat toxicologique positif n’a été constaté ; de plus, comme l’ont rapporté plusieurs grands médias, il manque des éléments de preuve tels que des aiguilles ou des auteurs clairement identifiables. L’hôpital universitaire de Zurich fait par ailleurs remarquer que l’administration intramusculaire ou intraveineuse de substances sédatives nécessite une certaine dextérité et prend du temps. Et même dans le cas de seringues contaminées, le risque de contamination serait faible. Deux rédacteurs du magazine *Die Zeit* ont publié début juillet un article sur les récents événements survenus en France : au cours de leurs recherches, ils n’ont trouvé aucune trace d’appels ciblés visant à infecter des jeunes femmes avec des drogues ou le VIH – contrairement à ce qu’affirmaient certains articles. Les publications qu’ils ont découvertes mettaient plutôt en garde contre d’éventuelles agressions. Les utilisatrices et utilisateurs étaient invités à vérifier s’ils présentaient des piqûres et à se méfier en cas de vertiges soudains. Une vidéo TikTok montrant une femme qui soupçonne « un inconnu de lui avoir enfoncé une seringue dans le bras en passant, alors qu’elle rentrait chez elle » est également devenue virale. Il est compréhensible que de nombreux abonnés aient partagé cette vidéo et que des médias reconnus aient mis en garde contre le « needle spiking », car la violence envers les femmes existe bel et bien.

Mais la panique collective est elle aussi bien réelle. Dès 1913, des rumeurs circulaient selon lesquelles des immigrés allemands drogueraient des femmes américaines pour les emmener de force dans des maisons closes, comme l’a expliqué la semaine dernière dans *Der Spiegel* le sociologue de la médecine Robert Bartholomew. En 1969, en France, on craignait des prétendues agressions à la seringue commises par des hommes juifs à l’encontre de femmes. Dans les années 1980, des rumeurs ont enfin circulé au sujet de malades du sida qui auraient laissé des aiguilles contaminées dans les fauteuils de cinéma. Selon *Le Monde*, on retrouve des récits similaires en Chine : au cours des 15 dernières années, plus de 500 personnes – majoritairement des Ouïghours – y ont été accusées d’avoir perpétré des agressions à l’aiguille. Dans la province du Xinjiang également, aucune injection de substance n’a pu être prouvée.

On ne saura sans doute jamais si l’invitée de RTL a bel et bien été piquée avec une seringue la veille de la fête nationale. Interrogé par le journal Land, le service de presse de la police a indiqué que la personne s’était adressée à eux le 23 juin, mais n’avait pas porté plainte contre X. RTL entend pour l’instant poursuivre ses reportages et a lancé un appel afin d’entrer en contact avec d’autres personnes potentiellement concernées. Au vu des éléments dont on dispose à ce jour, on peut toutefois se demander si cela ne risque pas de continuer à attiser des craintes potentiellement infondées. La question est légitime, d’autant plus qu’il est prouvé que la peur provoque du stress et peut laisser des traces somatiques.