Lundi matin, à sept heures et demie, Sam Tanson était en pleine forme. Lors d’un débat sur Radio 100,7, elle a fait le lien entre la politique sociale et la politique du logement, d’une part, et les mesures d’intervention de l’État, d’autre part : « Grâce à notre politique, qui mise sur l’État et la construction de logements sociaux, nous permettons de mieux maîtriser les prix. » Selon elle, le problème central qui retarde la construction n’est pas lié aux lois sur la protection de la nature, comme le dénonce Luc Frieden, tête de liste du CSV, mais à l’autonomie communale. Chaque commune disposant de sa propre réglementation, l’État n’a d’autre choix que de tendre vers une homogénéisation. De plus, on ne construit pas de manière suffisamment dense : trop de maires craignent de se rendre impopulaires auprès de leurs habitants. « J’ai entendu parler de projets de construction qui ont pris jusqu’à 65 ans de retard – non pas à cause du Fliedermais, mais à cause du remembrement. » Le lendemain, elle est revenue sur le sujet dans l’émission de RTL « Wie gëtt nächste Premier », animée par Caroline Mart, et s’est adressée au candidat tête de liste du CSV : « M. Frieden estime que le leadership permet de résoudre tous les problèmes, mais j’apprends de communes dirigées par le CSV que l’on a fait savoir aux promoteurs immobiliers qu’aucune autre procédure ne serait engagée avant la fin des élections. »
Trois heures après la diffusion de l’interview sur Radio 100,7, des députés et ministres verts ont organisé une rencontre au Café Independent. Ils souhaitaient faire passer un autre message auprès des électeurs : « Ça compte, pour qui tu votes. » Au cours de la conférence de presse, la tête de liste Sam Tanson a lancé un appel aux quelque 283 000 électeurs et électrices : « L’enjeu de ces élections est immense. » Seuls les Verts prennent en compte les enjeux écologiques dans tous les domaines. Et grâce à eux, 83 % de toutes les sources d’eau sont désormais protégées. Ceux qui souhaitent une véritable protection de la nature doivent voter pour les Verts.
Avant même que les micros des stations de radio locales ne soient allumés, le visage de Meris Sehovic reflétait un mélange de concentration et de tension : Le vice-président du parti passait en revue ses notes, assis à une table de cocktail ; il levait parfois les yeux pour sourire aux photographes. Mais il semblait que cela ne lui faisait pas vraiment envie. Les Verts du Sud sont sortis nettement affaiblis des élections communales de juin. Comme Meris Sehovic a de nouveau formé une coalition avec le CSV et le DP à Esch-sur-Alzette malgré une chute de trois à deux sièges, laissant ainsi le LSAP dans l’opposition, il s’est attiré de vifs reproches de la part du Tageblatt. Cette semaine encore, le quotidien a reproché aux Verts d’Esch d’être le maillon faible qui suit aveuglément les décideurs bleus et noirs. La co-tête de liste dans le Sud, Joëlle Welfring, n’est quant à elle pas encore arrivée sur le devant de la scène politique : « Je n’ai pas fait de politique pendant 47 ans. C’est ma première campagne électorale, j’apprends encore », a-t-elle déclaré au journal *Land* il y a deux semaines. S’adresser aux gens et leur présenter quelques points du programme des Verts, ce n’est pas son fort.
Lundi soir, la circonscription « Centre », avec ses deux têtes de liste Sam Tanson et François Bausch, s’est réunie au Cercle-Cité. La soirée a débuté par un tour de table. François Benoy et Djuna Bernard ont établi un parallèle entre la politique verte et l’esprit scout. « En tant que bonne scoute, on essaie de laisser le monde un peu meilleur qu’on ne l’a trouvé », a déclaré la conseillère communale de Mamer à l’intention du public. Jean-Marc Cloos et Gilles Losch ont lié leur motivation politique à leur rôle de père : leurs enfants les sensibiliseraient aux problèmes environnementaux. Gaby Damjanaovic et Nora Forgiarini ont rappelé que les candidats des grands partis sont généralement solidement ancrés dans la société civile : cette dernière est présidente de Schëtter hëlleft, la première d’Interactions. Paul Zens, membre du comité exécutif, a fait rire l’assistance : avant de se présenter, il s’est d’abord excusé pour une tache sur sa chemise (qui n’était toutefois pas visible depuis les rangs du public). Pendant le cocktail, les Verts ont planifié de nouvelles actions pour rester visibles dans la rue. Un stand mercredi au marché municipal ? Paul Zens rédige un e-mail entre les carottes crues, les choux-fleurs et les sauces à tremper. À peine plus de 50 personnes étaient présentes lundi au Cercle-Cité – ne consacre-t-on pas trop de temps aux soirées électorales locales ? Jessie Thill, âgée de 27 ans et plus jeune candidate de la liste du centre, s’est montrée optimiste : les personnes présentes pourraient peut-être jouer un rôle de relais.
Mardi à 17 heures, six membres des Verts se sont retrouvés à l’arrêt Léon XIII à Bonneweg pour distribuer des tracts et des stylos. Dans une rue latérale, ils ont installé leur vélo cargo portant l’inscription « Bei Gréng rullt et ». « Chaque voix compte – surtout en raison de la répartition des sièges restants », se réjouit François Benoy. Selon certaines études, 30 % des électeurs sont encore indécis à une semaine du scrutin, ajoute de son côté François Bausch, ministre des Transports et de la Défense. « C’est pourquoi il est important d’être présent dans les quartiers dès maintenant. » Cette tactique de campagne a été inspirée de l’Allemagne. Certains passants prennent des tracts et des stylos avant de poursuivre leur chemin. D’autres font signe de la main : « Ech hu scho gewielt » (un peu plus de 70 000 électeurs ont opté cette année pour le vote par correspondance). Certains passent sans s’arrêter devant le stylo tendu. Plusieurs personnes s’arrêtent et posent des questions : sur la construction de logements, sur les mesures d’adaptation au changement climatique, sur les problèmes dans leur quartier. Une femme s’approche du ministre François Bausch avec son déambulateur – elle est de sa famille et souhaite simplement lui dire bonjour. Une personne répond en luxembourgeois qu’elle est étrangère et qu’elle n’a pas le droit de voter. Mais le plus souvent, c’est l’inverse : « Depuis 2018, on rencontre de plus en plus souvent des personnes qui ne parlent pas luxembourgeois et qui vont voter », analyse Fabrizio Costa, assistant parlementaire.
Un couple de personnes âgées qui passe par là souhaite à François Benoy « bonne chance pour dimanche ». Le candidat de Bonneweg est de bonne humeur, même si ses journées sont actuellement très chargées. À sept heures et demie du matin, les membres de la liste du centre se réunissent pour distribuer du matériel de campagne devant les collèges ou les gares ; plus tard dans la journée, on les voit devant les supermarchés et sur les places publiques. Sam Tanson est elle aussi originaire de Bonneweg, mais elle n’a guère le temps de faire campagne dans la rue ; de plus, elle a attrapé un léger rhume pendant la semaine précédant le scrutin. Elle aborde de préférence son lieu de résidence lors de débats sur les questions de drogue et de sécurité : « J’habite près de l’Abrigado, où errent beaucoup de personnes malades. La mise en place d’autres petites installations sanitaires pourrait contribuer à lutter contre la dégradation des environs de la gare », a-t-elle déclaré lundi soir en exposant le programme des Verts.
À plusieurs reprises, cette juriste de formation et figure de proue du parti a lancé des piques acerbes à l’encontre du CSV. Ne serait-il pas plus cohérent de se prononcer pour ou contre une coalition spécifique ? « On ne peut exclure aucun parti à orientation démocratique comme partenaire de coalition », estime Fabrizio Costa. « Mais le fait que Luc Frieden prône un populisme budgétaire est effrayant. » François Bausch estime, non sans un sourire, que le CSV risque de perdre son dernier siège dans l’Est au profit du LSAP. En même temps, il sait que la migration électorale au sein de la coalition de centre-gauche est importante. « Une étude indiquait que les gens ont tendance à reconduire leur gouvernement en place lorsque le soleil brille le jour du scrutin. Dans ces conditions, les gens seraient plus satisfaits de leur vie telle qu’elle est », explique François Benoy, qui s’amuse à évoquer une psychologie électorale un peu farfelue. Pour mettre fin aux spéculations électorales : « Dimanche soir, nous en saurons plus. »
Avec Sam Tanson, pas de chantonnement émotionnel ni de pathos : elle ressemble davantage à Merkel qu’à Macron. Cela donne une impression de distance. Caroline Mart a demandé ce mardi : « N’est-ce pas un peu un problème en termes de proximité ? » « Mais bien sûr. C’est justement ça qui compte : c’est l’échange qui importe. » Dans une récente interview accordée à *L’Essentiel*, elle a déclaré qu’elle était « de nature plutôt calme ». Elle ne peut pas faire semblant d’être différente. « Même si je peux paraître un peu réservée, j’adore discuter avec les gens ». Sauf sur Facebook – où « une ambiance extrêmement négative à l’égard de la politique des Verts s’est installée », explique-t-elle en septembre au magazine Reporter. C’est pourquoi elle a supprimé son compte. « Mais ces attaques n’ont pratiquement rien à voir avec notre politique. Souvent, ce sont simplement les critiques adressées aux Verts allemands – notamment au sujet de la loi sur le chauffage – qui nous sont reportées. » Désormais, elle diffuse principalement sur Instagram des messages factuels et axés sur son parti.
Au cours de l’émission de RTL réunissant les quatre principaux candidats, Sam Tanson s’est montrée solide sur le fond ; elle maîtrise parfaitement son sujet et cite sans peine des études. Selon elle, la crise climatique vise à nous protéger en tant qu’humanité, et on ne peut pas reléguer les défis climatiques au second plan. « Si on fait abstraction de la crise de la biodiversité, on est déjà en train de créer la prochaine crise. » Il est important de verdir les villes et les communes afin de faire baisser les températures en été, explique-t-elle. Mais c’est alors que le Premier ministre Xavier Bettel prend la parole et ramène le changement climatique dans le présent : « Le 8 octobre, il fera 25 degrés ! » Il confond ensuite météo et climat, mais cela passe presque inaperçu, car Xavier Bettel a déjà trouvé de nouvelles images pour bousculer émotionnellement les spectateurs. Récemment encore, il s’est entretenu avec des chefs d’État d’États insulaires « qui se demandent combien de temps leur île va encore exister ». Et une fois de plus, il ramène le sujet dans le quotidien des électeurs : « Nous avons eu une tornade dans le sud ; nous avons eu plusieurs inondations – nous sommes en pleine crise climatique. » Sam Tanson n’a pas su faire ce que Xavier Bettel maîtrise si bien : elle ne crée guère de sentiment d’immédiateté, elle ne s’exprime pas de manière imagée, elle ne surprend pas par des termes percutants. À cela s’ajoute le fait que le candidat du DP revendique depuis juillet le titre de « Premier ministre du climat ». Il peut s’approprier ce titre sans aucune gêne, sans risquer de se faire la cible du « green-bashing », car c’est Sam Tanson et ses alliés qui en font déjà les frais. Ce phénomène peut prendre des tournures macabres. Fin septembre, le parti a signalé qu’une affiche représentant Sam Tanson avec un impact de balle sur le front avait été aperçue dans la région de Grosbous.
Mais les Verts n’ont pas que des adversaires. Avec son attitude sérieuse et sa gentillesse réservée, Sam Tanson pourrait bien inspirer confiance aux électeurs. Cela dit, c’est précisément ce qui caractérise aussi le « style » de Paulette Lenert.