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Institutions et démocratie 4 min de lecture

Sentiment diffus

CONVERSATION FORTUITE AVEC L'HOMME DANS LE TRAIN

Article paru dans Édition mars 2026
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Ce week-end, le Luxembourg a remporté une victoire dans la « guerre contre l’Iran » : sous le commandement du ministre des Affaires étrangères Xavier Bettel et du directeur de Luxair Gilles Feith, des centaines de clients fortunés de Luxair ont été exfiltrés. Depuis le paradis fiscal fastueux de Dubaï, situé à 120 kilomètres au large des côtes iraniennes.

Les États-Unis, par l’intermédiaire d’Israël, dominent le Proche-Orient. Après l’Irak, la Libye et la Syrie, l’Iran était le dernier à ne pas s’être soumis. Depuis des années, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou menace d’éliminer ce rival.

C’est lors de la fête de Pourim que les États-Unis ont lancé, aux côtés d’Israël, une guerre d’agression contre la dictature cléricale iranienne. Pourim commémore le salut des Juifs, obtenu grâce à l’intervention d’Esther auprès du grand roi Xerxès Ier de Perse.

Les ouvriers, les employés et les fonctionnaires n’ont rien à gagner d’une guerre. Ils craignent que le prix du pétrole et du gaz naturel augmente et que l’indice soit manipulé. La guerre est également un mauvais coup pour les classes possédantes, les banques, les fonds d’investissement et l’industrie d’exportation. Le Statec doit acheter de nouvelles prévisions économiques auprès d’Oxford Economics.

Les responsables politiques désemparés promettent sans cesse le salut grâce à cette « Europe » mythique. Pourtant, au début de la guerre, la commissaire aux Affaires étrangères Kaja Kallas n’a pas dit un mot sur les agresseurs, se contentant de qualifier l’Iran de « menace sérieuse pour la sécurité mondiale » (X, 28 février 2026). Le chancelier allemand Friedrich Merz a applaudi le président américain Donald Trump. Le président français Emmanuel Macron a menacé le président iranien Massud Peseschkian.

Le Premier ministre Luc Frieden a alors donné raison à la Zahal : « Le doute du dirigeant iranien est peut-être une condition nécessaire au changement » (Chambre des députés, 3 mars 26). Le CSV a assuré qu’il était en pensée avec le peuple iranien. Tout comme il l’est d’ordinaire avec les proches des défunts.

L’ADR et le CSV ne se sont guère souciés du non-respect du droit international. D’autres partis préfèrent les guerres menées avec la bénédiction des Nations unies. Les ministres et les députés osaient à peine prononcer les noms des agresseurs. La crainte de la colère du grand roi Xerxès était trop grande.

Les ministres et les députés se sont accordés pour attribuer la responsabilité de l’attaque aux victimes elles-mêmes. Ils ont décrit la soif de sang du clergé iranien. Ils ont spéculé, comme en 2003, sur l’existence d’armes de destruction massive. Ils ont mis en garde contre l’Iran, le qualifiant d’État voyou dangereux. Ils ont oublié que depuis Gaza et le Venezuela au plus tard, les États-Unis et Israël sont eux aussi des États voyous.

Les optimistes promettent, grâce à un bombardement incessant des Iraniens, un « changement de régime » : liberté d’expression, élections libres, pouvoir aux femmes. Mais Donald Trump, Benjamin Netanyahou, leurs ministres de la Guerre Pete Hegseth et Israel Katz voulaient plutôt « les renvoyer à l’âge de pierre à coups de bombes ». Ils voulaient recruter des troupes kurdes pour déclencher une guerre civile. Détruire l’État et ses institutions. Comme en Irak, en Libye, en Palestine.

Des investisseurs audacieux réclament une « simplification administrative ». Leurs activités ne nécessitent plus l’intervention de l’appareil d’État. Le Congo et le Sahel le montrent : dans les « États défaillants », il revient moins cher de faire appel à des seigneurs de guerre qu’aux concessions publiques et aux impôts.

La situation devient de plus en plus mafieuse. Des présidents font chanter leurs alliés pour leur soutirer de l’argent en échange de leur protection. La théorie du racket de Horkheimer n’était pas tout à fait fausse. « C’est justement parce que le monde devient plus hostile que nous devons accroître nos investissements dans notre propre sécurité, tant au niveau national qu’à l’étranger », a expliqué Luc Frieden au Parlement. Mais qui est l’ennemi : l’Iran, la Russie, le Venezuela, le Groenland, les États-Unis ?

Les députés ont exposé leurs connaissances tirées de *Spiegel Online*. Celles-ci ne suffisaient pas à comprendre les événements. Mais elle a ravivé un sentiment diffus : celui que la soumission totale du Proche-Orient serait finalement bénéfique. Que la bataille menée au-delà de Dubaï serait également remportée au nom du modèle luxembourgeois, de ses valeurs et de ses titres financiers.

C’est ainsi que le CSV, le DP, le LSAP, les Verts et la Gauche ont donné leur feu vert à la guerre par le biais d’une motion. Celle-ci ne contient pas la formulation « condamner fermement l’attaque non provoquée et injustifiée », comme c’était le cas en 2022 dans la motion relative à l’attaque russe contre l’Ukraine.