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Institutions et démocratie 4 min de lecture

Scénographie

CONVERSATION FORTUITE AVEC L'HOMME DANS LE TRAIN

Article paru dans Édition mars 2026
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Les congrès des partis débutent avec les premiers jours du printemps. Après les congrès régionaux et les réunions des organisations de femmes et de jeunesse, les délégués et les membres se réunissent le week-end à l’occasion des congrès nationaux.

Que ce soit les Verts à la scierie de Diekirch, l’ADR à la salle de concert de Keispel, le LSAP dans une discothèque de Hollerich, le CSV à la Deichhalle d’Ettelbruck, le DP bientôt au Centre Atert de Bartringen – la mise en scène des congrès de parti est toujours la même : une salle remplie de partisans, silencieux, souvent dans la pénombre. Tels des spectateurs au théâtre, des fidèles dans la nef d’une église. Face à la base du parti, sur une scène, la direction du parti trône sous les projecteurs. Elle inonde la salle de son flot de discours.

Le parlementarisme représentatif est la forme de gouvernement universelle de l’économie de marché, du travail salarié et de l’échange de marchandises. Les partis jouent un rôle charnière. Ils font à la fois partie de la société et de l’État. La frontière passe par les salles de congrès : une distance d’un mètre entre les partisans dans la salle et les dirigeants du parti sur scène ; un no man’s land entre la société et l’État.

Les partis classent les différents intérêts des classes dominantes et possédantes : le secteur financier, l’industrie d’exportation. Ils les légitiment démocratiquement, les transforment en intérêts nationaux. Les partis canalisent et représentent les intérêts des classes dominées et sans propriété : les ouvrières, les employées, les fonctionnaires. Ils organisent l’adhésion de la base au pouvoir d’en haut. Ils déplacent les conflits sociaux de la rue bruyante vers l’hémicycle feutré du Parlement. Lorsqu’un conflit d’intérêts est dans l’impasse, ils modifient la coalition gouvernementale.

Les partis agissent selon les lois du marché : avec l’aide d’agences de publicité, ils se lancent à la conquête du marché électoral. C’est là qu’ils proposent la politique comme un service, dans une lutte concurrentielle pour attirer les électeurs-clients. Ils transforment la lutte des classes en campagne électorale.

Autrefois, les congrès des partis étaient des événements majeurs. Ils duraient parfois tout un week-end. Aujourd’hui, ces congrès sont réduits à une matinée. Le DP a montré la voie, les autres partis ont emboîté le pas : les rapports d’activité sont abordés en surface, les résolutions quotidiennes supprimées, les débats mis de côté. La musique pop et les spots vidéo transforment la politique en divertissement. Les congrès ressemblent à des émissions de télévision et sont mis en scène pour les reportages télévisés. Le point d’orgue est le discours d’encouragement d’une figure de proue.

La désolidarisation du néolibéralisme sape les partis. Ceux-ci prennent leurs distances par rapport aux syndicats, aux Églises et aux associations. Les technocrates des grands partis ne veulent plus se mêler au peuple. Les nouvelles héroïnes sont ces femmes issues d’autres horizons, sans affiliation politique jusqu’à la veille. La nouvelle ligne directrice, c’est l’opportunisme des électeurs indécis.

Les subventions publiques accordées aux partis, aux groupes parlementaires et aux campagnes électorales professionnalisent, bureaucratisent et centralisent les partis. La loi définit ce qu’est un parti. L’article 27 de la Constitution fait des partis des organes de l’État dès qu’ils atteignent un million d’euros ou la moitié de cette somme. Leur dépendance existentielle vis-à-vis des politiciens professionnels les rend conformes à l’État.

Les partis évoluent. Et avec eux, les congrès changent. Les membres présents dans la salle ne constituent pas le parti. Ils sont le public. Pour les politiciens de carrière impatients, ils représentent un mal nécessaire. Les rares interventions venues de la salle perturbent l’harmonie de l’ordre du jour. Elles sont tolérées, mais expédiées en quelques minutes. En coulisses, ce sont les ministres et les députés qui donnent le ton, tandis que la direction du parti s’occupe de tout.

Les partis deviennent davantage un État qu’une société. Autrefois, les délégués au congrès devaient, dans la salle, regrouper leurs revendications sous forme de politique, les transmettre au comité directeur du parti sur scène, qui les relayait ensuite vers les instances supérieures de l’État. Or, la scénographie réinterprète désormais ce mouvement : c’est l’État qui transmet les orientations politiques à la direction du parti sur scène, qui les transmet ensuite vers le bas, aux partisans dans la salle. On se prépare, car lorsque les conditions deviennent plus autoritaires, la légitimité démocratique s’effrite.