Paulette Lenert, visiblement fatiguée par sa journée de travail mais plutôt satisfaite, monte mercredi soir les marches menant au salon privé situé au premier étage du restaurant Urban, à Mertert. C’est la dernière soirée « Walowend » organisée par le LSAP dans la circonscription d’origine de la tête de liste nationale, qui est également en tête de la liste de circonscription aux côtés de Ben Streff.
Une bonne soixantaine de personnes sont venues. Cela suffit à remplir la salle du restaurant, mais lundi, le DP avait attiré à Junglinster un public deux fois plus nombreux. Il est toutefois probable que 60 personnes, c’est déjà beaucoup pour une réunion du LSAP dans l’Est. Lenert résume ainsi sa position politique : tout le monde doit s’en sortir. Il faut investir dans les gens et veiller à la justice sociale. Si le pays va mal, ceux qui ont plus devraient en partager une partie. Ils auraient alors des raisons d’être « fiers » d’eux-mêmes. De telles thèses ont traditionnellement du mal à s’imposer entre la Moselle et le Müllerthal. Au cours des 25 dernières années, le LSAP n’a jamais remporté plus d’un siège à la Chambre dans l’Est. Certes, les socialistes sont forts à Mertert, avec son port ; depuis les élections du 11 juin, c’est le seul endroit, avec Dudelange et Steinfort, où ils détiennent encore la majorité absolue au conseil communal. Mais il s’agit là d’une exception particulière à la règle pour l’Est.
Il n’est donc pas sans risque pour le LSAP de faire se présenter dans l’Est la ministre de la Santé, qui est devenue la personnalité politique la plus populaire pendant la pandémie, et de lui permettre, précisément depuis cette région, de briguer le poste de Premier ministre, le grand rêve des socialistes. Le parti mise sur un effet « terrain » pour la candidate originaire de Remich et espère que cela lui permettra, dans l’idéal, de remporter un deuxième siège dans l’Est. Pour Tess Burton, par exemple, qui avait terminé deuxième derrière Nicolas Schmit en 2013 et 2018. Mais en réalité, le LSAP n’a cessé de s’affaiblir à l’Est. De 17,99 % des voix aux élections de 1999, il est tombé à 12,88 % en 2018. Il ne tire aucun profit de la gentrification, ni des électeurs issus des classes moyennes qui travaillent à la capitale et s’installent de plus en plus à l’Est, une frange de la population que le LSAP souhaite également séduire. Contrairement aux Verts et au DP.
« Il n’y avait pas que nos partisans » à l’Urban de Merter, insiste Paulette Lenert. Si tel est le cas, l’ambiance n’en reste pas moins favorable au LSAP et à ses sept candidat·e·s. Et si l’on peut déduire des discussions que le parti mène avec les personnes présentes dans la salle une préférence pour le prochain gouvernement, celle-ci se porterait, pour la troisième fois consécutive, sur la coalition tripartite actuelle. Du côté du CSV, on peut avoir l’impression que le candidat de tête suscite un certain scepticisme. Moins à cause de ce qu’il défend dans son programme que de son passé de ministre.
Depuis que le Sonndesfro a laissé entrevoir, il y a un peu moins de cinq semaines, la possibilité pour le LSAP de regagner les trois sièges qu’il avait perdus à la Chambre en 2018, ce calcul (basé sur 1 887 électeurs), non seulement la poursuite de la coalition « Gambia » est possible, avec 31 sièges et le LSAP comme partenaire majoritaire de la coalition, Mais aussi une coalition entre le CSV et le LSAP totalisant 32 sièges, dont 13 reviendraient au LSAP. Malgré toute la méfiance légitime à l’égard des sondages, les résultats du Sonndesfro ont marqué la campagne électorale de leur empreinte. Notamment au sein du LSAP, avec ses ambitions de voir Paulette Lenert occuper le poste de Premier ministre.
Contrairement à 2018, le LSAP ne s’est cette fois-ci pas fixé de « lignes rouges » pour les négociations de coalition. Et il note avec intérêt que le CSV n’en a pas non plus – à l’exception de celle consistant à faire « tout » pour revenir au gouvernement. Le fait que Luc Frieden puisse apparemment renoncer au poste de Premier ministre lors des négociations de coalition n’a pas non plus échappé aux socialistes. Hier, jeudi, Frieden a déclaré à ce sujet dans une interview accordée à Wort : « Il faudra discuter de tous les postes gouvernementaux ». Il s’était déjà exprimé dans ce sens sur la radio 100,7.
En revanche, il y a trois semaines, le Premier ministre Xavier Bettel a tracé les lignes rouges du DP : pas de réduction légale du temps de travail ; ce message s’adressait au LSAP. Non à l’augmentation des allocations familiales pour offrir un « choix » en matière de garde d’enfants. Ce message s’adressait au CSV. La troisième ligne rouge de Bettel a surpris : plus de policiers, une police communale ainsi que l’introduction de la comparution immédiate. Ce revirement par rapport au libéralisme de gauche semblait être un geste envers les électeurs et électrices conservateurs, et surtout un clin d’œil aux Verts, leur indiquant quel serait le prix politique à payer pour poursuivre la collaboration avec le « Premier ministre du climat ». Pour le LSAP, la comparution immédiate serait toutefois, selon certaines sources, tout aussi difficile à avaler.
Cela conduira-t-il finalement le DP et le LSAP à courtiser chacun de leur côté le CSV, si les résultats électoraux le justifient ? Lundi à Mertert, Paulette Lenert fait preuve de souplesse politique lorsqu’elle est interpellée depuis le public au sujet de la réduction du temps de travail et de la sécurité. Un hôtelier du Müllerthal déclare : « Nous sommes ouverts tous les jours. Un hôtel doit le faire, mais sinon, nous n’aurions pas assez de chiffre d’affaires pour payer l’électricité et le gaz, qui ne cessent de renchérir. Et voilà que vous arrivez avec la semaine de 38 heures ! » Lenert se montre rassurante : pour l’instant, seuls des « projets pilotes » sont prévus, afin de voir ce qui est faisable.
La deuxième question est posée par un monsieur d’un certain âge, né à Esch : lorsqu’il s’y rend, il ne se sent « plus en sécurité » dans l’Alzettestraße. Que compte faire le LSAP pour y remédier ? Lenert entame un long discours sur le renforcement du recrutement au sein de la police et sur l’importance du travail de proximité. « Bien sûr », répond l’intervenant, « mais tant qu’il manque encore des policiers, ne pourrait-on pas envoyer des agents de sécurité privés en patrouille ? » Lenert se montre laconique : le gouvernement souhaite laisser cette compétence à la police. Elle ne peut rien dire sur les problèmes à Esch, et aucun candidat de la circonscription Sud n’est présent dans la salle. – Mener un débat sur la sécurité dans le district Est est un sujet délicat.
Cela nous amène au deuxième scénario envisageable après les élections : si le LSAP et Lenert obtiennent un score suffisamment élevé dimanche, le CSV pourrait proposer une coalition et le poste de Premier ministre à Lenert.
Au cours des dernières semaines, d’interview à la radio en débat télévisé, elle a démontré de plus en plus clairement qu’elle n’était plus du tout cette nouvelle venue qui n’était pas à l’aise en politique. Lors du « Face-à-Face » sur RTL avec Xavier Bettel, par exemple, elle l’a mis sur la défensive. Elle lui a dit qu’il devait « bien lire le barème fiscal », afin de comprendre les propositions du LSAP concernant l’impôt sur le revenu. Et elle lui a reproché que le DP n’ait aucune proposition concrète : « C’est pourquoi il est très difficile de débattre avec vous. »
Ceux qui l’observent remarquent que Paulette Lenert semble prendre plaisir à ces joutes. Contrairement à l’époque du Covid, où les attaques au Parlement contre sa politique pouvaient la déstabiliser. La question intéressante dans le cadre d’une coalition noir-rouge avec Paulette Lenert au poste de Premier ministre serait de savoir quelle serait l’ampleur de la marge de manœuvre politique dont elle et le LSAP disposeraient, si le CSV restait, comme on peut s’y attendre, le parti le plus fort à la Chambre. Et si le vice-Premier ministre au sein du gouvernement s’appelait Luc Frieden et n’était pas un joueur d’équipe, contrairement à Xavier Bettel.