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Institutions et démocratie 5 min de lecture

Pim Knaff et la « soif de pouvoir »

« En ce qui concerne le « théâtre d’hiver » d’Esch de ces derniers mois, Pim Knaff a reproché aux « responsables politiques » d’autres partis d’avoir fait passer leur propre « soif de pouvoir » avant les intérêts de la…

Article paru dans Édition juin 2024
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« En ce qui concerne le « théâtre d’hiver » d’Esch de ces derniers mois, Pim Knaff a reproché aux « responsables politiques » d’autres partis d’avoir fait passer leur propre « soif de pouvoir » avant les intérêts de la ville d’Esch. Il faut désormais que cela cesse. Esch ne mérite pas cela, les citoyens d’Esch ne le méritent pas, a déclaré Pim Knaff », rapportait le Lëtzebuerger Journal le 21 mars 2000. Cinq semaines avant la tenue de nouvelles élections à Esch-sur-Alzette, organisées parce que le LSAP et le CSV n’étaient pas parvenus à s’entendre, lors des négociations de coalition, sur le parti qui devait désigner le maire. Et quelques semaines plus tard, Pim Knaff déclarait au Jeudi : « Il [l’électeur] a pu se rendre compte que les partis n’œuvrent pas tous dans l’intérêt général. Cela montre que la démocratie est fragile lorsque la politique est menée par des hommes animés par des ambitions personnelles. » En tant que conseiller municipal de l’opposition, Knaff avait de hautes exigences morales ; il ne mâchait pas ses mots et se montrait parfois très critique envers ses adversaires politiques.

Depuis quelques semaines, Pim Knaff, assesseur depuis 2017 au sein d’une coalition entre le DP, le CSV et les Verts, fait lui-même l’objet de critiques. Il y a deux mois, cet avocat de 58 ans a été condamné pour fraude fiscale aggravée. Les partis d’opposition LSAP, déi Lénk, ADR et les Pirates lui ont alors demandé de démissionner. M. Knaff a refusé, arguant qu’il s’agissait d’une infraction privée sans rapport avec l’exercice de ses fonctions d’assesseur. Tant le DP que ses partenaires de coalition l’ont soutenu. Les Verts ont toutefois souligné dans le même temps qu’ils étaient déçus par cette affaire et qu’ils en auraient eux-mêmes tiré « d’autres conclusions » ; le CSV d’Esch
Christian Weis, a souligné dans son communiqué « que chacun·e doit agir de manière intègre et honorable dans l’exercice de ses fonctions ».

Pour le DP et ses deux partenaires de coalition, l’affaire n’est pas encore close. Marc Baum, conseiller municipal d’opposition de gauche, a fait inscrire un point à l’ordre du jour de la séance du conseil communal de ce vendredi afin de débattre des « règles déontologiques du bourgmestre et du collège échevinal de la ville d’Esch ». Souvent, ce genre de demandes de l’opposition est relégué par le maire à la fin de l’ordre du jour, mais Christian Weis semble accorder une plus grande importance à ce sujet, puisqu’il souhaite l’aborder dès le premier tiers de la séance. Pim Knaff devra donc s’exprimer publiquement pour la première fois aujourd’hui au sujet de cette affaire, ce qu’il a toujours refusé de faire jusqu’à présent.

Les socialistes d’Esch ont de nouveau souligné cette semaine qu’il ne s’agissait pas seulement d’une affaire privée, mais que la crédibilité et l’intégrité de l’ensemble de la coalition CSV-DP-Verts d’Esch souffriraient de cette affaire. Ce qui rendra à l’avenir le travail de l’opposition « extrêmement facile » pour le LSAP, comme l’a déclaré mercredi la conseillère Liz Braz sur la radio 100,7. En effet, Pim Knaff fait l’objet de critiques depuis un certain temps déjà, notamment en raison de la gestion financière opaque de l’association culturelle Fresch asbl, qu’il préside et qui bénéficie de subventions communales de plusieurs millions. Entre 2021 et 2023, Fresch aurait inscrit dans ses bilans 3,5 millions d’euros au titre de « frais divers généraux », sans que l’on sache à quoi cet argent a servi, a déclaré hier au Tageblatt Steve Faltz, porte-parole du groupe parlementaire du LSAP. Des membres du conseil d’administration de Fresch réclament eux aussi depuis des mois un relevé détaillé de ces dépenses, qui n’a toutefois pas encore été présenté par le président ni par le trésorier, qui lui est directement subordonné en tant que haut fonctionnaire.

Il y a une semaine, une initiative citoyenne non partisane a par ailleurs été lancée dans le but d’exiger la démission de Knaff par le biais d’une pétition et d’autres actions. Il s’est toutefois avéré difficile de trouver des citoyens sans affiliation politique prêts à s’engager pour cette cause et à s’exprimer dans les médias. À ce jour, l’initiative n’a pas encore pris position publiquement.

La pression politique exercée sur Pim Knaff, son parti et ses partenaires de coalition à Esch devrait rester forte au cours des prochaines semaines. Reste à voir combien de temps l’assesseur du DP pourra encore lui tenir tête et si la direction du parti continuera à le soutenir. D’autant plus que l’opposition (à l’exception des Pirates) ne réclame pas la dissolution de la coalition ni de nouvelles élections, mais uniquement la démission de Knaff. Amela Skenderovic, figure d’espoir libérale, prendrait alors sa place : lors de sa première candidature aux élections à la Chambre en octobre, elle a obtenu plus de voix que Pim Knaff et que la conseillère municipale du DP d’Esch, Daliah Scholl, et qui a manqué de peu, le 9 juin, son entrée au Parlement européen. Ne pas lui accorder davantage de visibilité avant les prochaines élections, par le biais d’au moins un mandat politique, relèverait presque de la négligence de la part du DP.