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Institutions et démocratie 6 min de lecture

Perpetuum royale

La monarchie doit avoir un représentant pour exister. Quand Guillaume prendra-t-il la relève ?

Article paru dans Édition avril 2024
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Le Grand-Duc et la Grande-Duchesse mardi au château de Laeken, au nord de Bruxelles. © Sophie Margue

Mardi, le grand-duc Henri tenait dans ses mains un gâteau aux framboises aux côtés de son cousin, le roi Philippe de Belgique. Tous deux ont soufflé les deux bougies qui y brûlaient : le 16 avril, Henri a fêté ses 69 ans, tandis que le roi de Belgique avait fêté ses 64 ans la veille. Dans la Constitution en vigueur depuis fin 2022, le Grand-Duc est désigné comme « symbole de l’unité et de l’indépendance de la nation ». Depuis 2008 déjà, il n’est plus tenu d’approuver les lois. Une mesure qu’il aurait proposée au gouvernement après avoir annoncé qu’il ne ratifierait pas la loi sur l’euthanasie pour des raisons de conscience, comme l’a indiqué Henri dans La Libre. Ce que pense le Grand-Duc n’a désormais plus d’importance : sa mission consiste à être présent en endossant le rôle grand-ducal. Il tient à être une figure de proue et une surface de projection performative. C’est peut-être pour cela qu’un gâteau d’anniversaire entre ses mains a pu déconcerter : derrière ce corps royal se cache un être humain, un second corps, celui d’Henri. Contrairement à ce que son institution prétend être, il n’est pas immortel – il vieillit.

« Pourquoi organise-t-on encore des visites d’État ? », a demandé mardi le vice-Premier ministre Xavier Bettel (DP) à l’assemblée lors d’une conférence de presse, selon le Tageblatt. Pour y répondre lui-même dans le journal télévisé de RTL : « Une visite d’État, c’est en partie pour ouvrir la porte aux animaux. » C’est important, car l’objectif est d’explorer des intérêts économiques communs. 248 représentants luxembourgeois et 190 représentants belges participent à cet échange et sont chargés de mettre en relation différents secteurs : technologies de la santé, défense, aérospatiale, finance, tourisme et énergies renouvelables. L’un des temps forts du voyage a été, mercredi, la signature d’un accord pour le développement d’une infrastructure transfrontalière dédiée à l’hydrogène au « Ghent North Sea Port ». « Notre porte ouverte sur le monde, sans vouloir offenser le port de Mertert », comme l’a souligné le ministre des Affaires étrangères Bettel. Les ports flamands, prolongement d’une nation enclavée.

Avant que le Grand-Duc ne parte pour la Belgique, un journaliste de *La Libre* lui a rendu visite à Colmar-Berg. « Êtes-vous un homme heureux ? », lui a demandé le Belge. Les émotions ont submergé le souverain. Le journaliste ne parvient pas à déchiffrer ce que ses yeux exprimaient : une mélancolie dissimulée ou un bonheur discret ? Le Grand-Duc a évoqué une enfance solitaire. Ce n’est qu’à l’âge de dix ans environ qu’il a commencé à côtoyer des enfants de son âge. « J’ai été admis dans un groupe de scouts spécialement constitué pour moi. » Mais on lui a fait enfiler un uniforme qui sortait de l’ordinaire : « Un pantalon bleu laïc et une chemise catholique de couleur kaki. J’étais différent de tous les autres, tout le monde savait qui j’étais. » Aujourd’hui, il enfile un casque lorsqu’il souhaite approcher les gens sans être dérangé. Puis il enfourche sa moto et sillonne le Luxembourg, comme il l’a confié à Wort il y a un an. « Je me rends dans les villages et les villes du pays, j’observe l’état des maisons, les travaux en cours et ceux qui restent à faire. Je ne peux parler à personne, sinon on me reconnaîtrait immédiatement. »

À la suite de l’introspection d’Henri, *La Libre* a voulu savoir quand il abdiquerait. La grande-duchesse Charlotte a régné
45 ans, le grand-duc Jean 35 ans ; serait-il donc logique qu’il passe le relais en 2025, après 25 ans de règne ? A-t-il fixé une date ?

« Oui… »

« Ah ! »

« Mais je ne vous le dirai pas ! » Il est important « d’ouvrir des perspectives » aux jeunes, explique-t-il (comme si le prince Guillaume était un simple demandeur d’emploi). David Marques, du Quotidien, a alors calculé à quelle date exacte la succession au trône pourrait avoir lieu. Et il en arrive à la conclusion qu’elle ne serait peut-être pas fixée à l’année prochaine. En effet, Henri a déclaré que ses petits-enfants étaient encore jeunes et qu’il souhaitait attendre que le couple grand-ducal soit moins accaparé par son rôle de parents avant de procéder à la passation de pouvoir. Le prince François n’a qu’un an – 2025 ne semble donc pas encore être le moment idéal pour Henri. Le mois dernier, la grande-duchesse Maria-Teresa a également préparé le terrain pour la passation de pouvoir. Dans une interview accordée à Gala, elle a déclaré : « Mon mari et moi avons du mal à laisser un héritier attendre son destin pendant des décennies. » De plus, elle et son mari auraient « le droit d’avoir du temps pour eux-mêmes ». Le couple grand-ducal n’aurait pas forcé Guillaume à succéder à son père. Après une longue période d’hésitation, il aurait finalement accepté le rôle de grand-duc héritier.

Le chef de l’État restant discret, le Quotidien a tenté cette semaine d’obtenir la date auprès de Xavier Bettel. Mais celui-ci ignore lui aussi la date du passage de relais : « Le Grand-Duc décide de son abdication sans consulter le gouvernement ». D’après l’impression que le vice-Premier ministre a de lui, il ne donne pas l’impression de vouloir quitter le trône demain. « Il déborde d’énergie et de motivation », a estimé M. Bettel. Quoi qu’il en soit, les médias ont déjà préparé psychologiquement les Luxembourgeois à l’éventualité d’une abdication. Même si la passation de pouvoir devait se faire dans la précipitation, elle n’apparaîtra pas comme une décision prise sur un coup de tête.

Le « Perpetuum royale » doit continuer à tourner, l’illusion de l’immortalité de la monarchie doit être préservée. Le corps de sang bleu doit être visible pour exister – qu’il s’agisse d’Henri ou de Guillaume. Il n’a pas beaucoup d’autres fonctions. Mais cela n’est parfois pas négligeable. Pour certains, sa simple présence fait de lui un accompagnateur spirituel – ou du moins, c’est ainsi que le couple grand-ducal se perçoit : lorsqu’il va à la rencontre de personnes « en difficulté, pauvres ou handicapées », celles-ci « se sentent valorisées », explique Henri dans La Libre. Pour les ministres Xavier Bettel, Yuriko Backes (DP), Gilles Roth (CSV) et Lex Delles (DP), il a joué cette semaine en Belgique le rôle de « passe-partout ». À la fois clé d’accès, figure de référence et serreur de mains, ce double Henri, à la fois royal et humain, se sent à la fois à sa place et en décalage. Comme quelqu’un qui fête son anniversaire, mais qui est en réalité intemporel.