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Institutions et démocratie 10 min de lecture

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Quelles sont les préoccupations des candidats de déi Lénk aux élections européennes ? Anastasia Iampolskaia s'exprime sur l'anticapitalisme, la guerre en Ukraine et celle à Gaza

Article paru dans Édition mai 2024
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Anastasia Iampolskaia, candidate aux élections européennes © Photo : Sven Becker

Déi Lénk mène cette campagne électorale européenne avec une liste de jeunes candidats et candidates. La moyenne d’âge est légèrement supérieure à 30 ans. L’une des six candidates est Anastasia Iampolskaia. Cette étudiante de 25 ans a proposé mardi après-midi une rencontre au Hamilius. « Car ce n’est pas très loin de mon lieu de travail. » Elle passe dix heures par semaine à classer des documents aux Archives nationales. « De plus, je suis actuellement très occupée par des tables rondes et des réunions de parti – il ne me reste donc pratiquement pas de temps pour terminer mon mémoire de master. » Ces dernières années, elle a étudié les sciences européennes à l’université de Maastricht. Son mémoire, qu’elle n’a pas encore terminé, porte sur « les conceptions de la masculinité dans le cadre de l’intervention militaire de l’UE au Mali ». Il s’agit d’une recherche documentaire : « À partir de documents officiels, j’analyse le décalage entre les ambitions de l’intervention et sa mise en œuvre en matière de questions de genre. » Son objectif premier est de documenter le sujet sans émettre de jugement normatif. Elle se définit comme non binaire, mais des pronoms féminins peuvent être utilisés dans ce texte.

Anastasia Iampolskaia a grandi à Beggen. Son enfance a été marquée par des cours de gymnastique, de patinage artistique et de danse classique. Des loisirs que ses parents, émigrés de l’ancienne Union soviétique, avaient surtout choisis pour elle. « Là-bas, j’ai rencontré beaucoup d’autres enfants et entraîneurs russophones.» Le dimanche, elle suivait également régulièrement des cours de russe organisés par le Centre Pouchkine. Ses parents ont divorcé il y a plus de vingt ans. Son père est un Russe d’origine juive qui vivait en Transnistrie avant d’émigrer. Il s’était fait un nom dans le domaine de l’ingénierie. Sa mère est d’origine caucasienne et travaillait comme éducatrice en maternelle avant la chute de l’Union soviétique. Au Luxembourg, elle a été caissière pendant un certain temps ; elle ignore ce que fait son père actuellement.

Anastasia Iampolskaia est née au Luxembourg, mais possède également un passeport moldave. « La religion ne jouait aucun rôle chez nous ; nous fêtions le 6 janvier, Noël orthodoxe, comme une fête culturelle. » Adolescente, elle a fréquenté le lycée Aline Mayrisch et s’est engagée au sein du comité des élèves, du parlement des jeunes et du parlement européen des jeunes. Elle se décrit comme une personne plutôt introvertie, préoccupée par les injustices sociales, et qui se sent donc attirée par la politique. « Je veux faire partie d’un mouvement politique et chercher des solutions aux problèmes sociaux. » En décembre 2020, elle a décidé d’adhérer à déi Lénk : « Pour moi, ce parti incarne la justice sociale et écologique. »

Mardi matin, la collègue d’Anastasia Iampolskaya, la bibliothécaire Tania Mousel (34 ans), était l’invitée de RTL Radio. Au sujet de la guerre en Ukraine, elle a déclaré qu’elle « avait une position critique vis-à-vis de l’OTAN ». La gauche privilégierait une alliance de défense commune capable d’agir indépendamment de l’OTAN et des États-Unis. Elle considère le réarmement actuel comme une impasse politique et estime que l’UE doit s’engager davantage en faveur de négociations de paix. Ana Correia da Veiga (41 ans) a exprimé une position similaire sur Radio 100,7 : « Nous trouvons difficile de devoir défendre la démocratie au prix d’une lutte acharnée. » Lorsque le journaliste lui a fait remarquer que cette attitude n’impressionnait pas le Kremlin, elle a répondu que c’était précisément pour cette raison que la Gauche n’était pas opposée aux livraisons d’armes. « Mais envoyer des armes ne résoudra pas le problème », souligne Anastasia Iampolskaia dans un entretien avec le journal *Le Land*. C’est l’impression que l’on peut avoir à ce stade. Mais à quoi pourraient ressembler les négociations de paix ? Et que se passerait-il si Vladimir Poutine rejetait systématiquement toute proposition de négociation ? Elle y apporte une réponse surprenante, car peu stratégique : « Nous sommes tous des êtres humains. » Certains de ses proches vivent en Russie, mais le contact s’est rompu avec le temps en raison de la distance géographique. Pourrait-elle encore leur rendre visite aujourd’hui ? « Théoriquement oui, mais dans la pratique, plutôt non. »

Lors de la campagne électorale pour le Parlement national en octobre 2023, la gauche a tenté d’esquiver la question de la guerre en Ukraine. Lors d’un meeting électoral en septembre, les têtes de liste ont abordé tous les sujets possibles et imaginables, sauf l’attaque russe contre l’Ukraine – car le comité national n’était pas parvenu à adopter une position commune sur les livraisons d’armes. Dans la campagne pour les élections européennes, la politique de défense est désormais un thème récurrent.

Aux côtés d’Anastasia Iampolskaia et de Tania Mousel, les deux coordinateurs politiques du parti, Alija Suljic (28 ans) et Ben Muller (26 ans), ainsi que l’historien indépendant André Marques (28 ans), sont en lice pour remporter des voix lors du scrutin du 9 juin. Tania Mousel a expliqué sur RTL Radio que plusieurs raisons avaient poussé « déi Lénk » à opter pour une liste jeune. L’objectif est d’encourager la relève politique : cela leur permettrait d’acquérir une première expérience au cœur des débats. Et peut-être que cela inciterait des jeunes à rejoindre le parti. Contrairement aux autres partis, la liste se présente sans tête de liste. À l’origine, c’est Ana Correia da Veiga qui devait mener la liste. Ancienne conseillère communale de Stater, elle a acquis de l’expérience politique et s’était classée deuxième sur la liste du centre-gauche aux élections à la Chambre, derrière David Wagner. Dans un an et demi, elle siégera donc à la Chambre en vertu du principe de rotation. Elle aurait toutefois jugé qu’une telle position particulière « ne collait pas vraiment », comme elle l’a expliqué sur Radio 100,7.

Pour obtenir un siège au Parlement européen, le parti devrait plus que doubler son score de 2019. À l’époque, il avait recueilli 4,83 % des voix. Le groupe « La Gauche » (GUE/NGL), qui compte 37 députés, est actuellement le plus petit groupe au Parlement européen. Il est présidé par la Française Manon Aubry, de La France insoumise (LFI), et par Martin Schirdewan, du parti Die Linke en Allemagne. Le groupe espère échapper à un rétrécissement grâce au soutien des électeurs à LFI, à Podemos en Espagne, au Parti communiste autrichien (KPÖ) et au Parti du travail de Belgique (PTB).

Il y a six semaines, les candidat·e·s de déi Lénk ont participé à une conférence organisée par Marc Botenga, tête de liste du PTB, dont le parti est actuellement, selon certaines estimations, la deuxième force politique du pays voisin. Botenga incarne l’aile de la nouvelle gauche au sein du parti. Le parti compte toutefois également d’anciens communistes dans ses rangs, raison pour laquelle il entretient des échanges tant avec la gauche locale qu’avec le KPL. Il y a un mois, deux candidat·e·s ont par ailleurs participé à un séminaire organisé par le KPÖ. Walter Baier, membre de ce parti et président de la Gauche européenne, a rendu visite à la gauche locale le week-end dernier. Depuis 2022, Ana Correia da Veiga siège au comité exécutif de la Gauche européenne et a participé à l’élaboration du programme électoral des cadres. Même si « déi Lénk » n’est « pas représentée » à Strasbourg, comme l’a déclaré Ana Correia à Radio 100,7, le parti est néanmoins désireux de tisser des liens au niveau européen.

Les questions écologiques tiennent à cœur aux jeunes responsables politiques de « déi Lénk ». Anastasia Iampolskaia laisse transparaître un certain désespoir lorsqu’elle confie à Paperjam : « Ma génération a connu trop de crises au cours de notre bref passage sur cette planète. Des crises telles que le changement climatique ne feront que s’aggraver de notre vivant si rien n’est entrepris immédiatement. Ce qui me pousse à me lever le matin, c’est le sentiment que les choses iront encore plus mal si je ne fais rien. » Sur Smartwielen, elle plaide pour la suppression des « subventions à l’élevage intensif » et pour une interdiction totale du glyphosate. « Pour les marchandises importées de pays tiers », l’UE devrait « exiger des normes environnementales plus strictes ». Dans le manifeste de 17 pages que le parti a adopté fin mars lors de son congrès en tant que programme électoral, Die Linke réclame la neutralité climatique d’ici 2045. Et comme la transition doit se faire dans le respect de la justice sociale, les plus grands pollueurs et « les milliardaires » doivent être davantage taxés. Comme « Die Linke » n’a pratiquement aucune chance d’obtenir un siège et qu’elle a en outre une orientation écologique, le correspondant de « Wort » à Bruxelles, Diego Velazquez, lui a conseillé cette semaine sur X de s’être associée aux Verts pour former une liste commune. André Marques a répondu : « Diverses divergences d’opinions et de personnalités rendent une telle collaboration impossible ».

Et la Gauche va bien plus loin que les Verts luxembourgeois sur les questions de politique économique. Elle prône un changement de système. « Le capitalisme et sa recherche du profit maximal sont axés sur l’exploitation des ressources », critique Anastasia Iampolskaia. Afin de se démarquer du LSAP, Tania Mousel a souligné cette semaine que, aux côtés du KPL, la Gauche se positionnerait résolument contre le capitalisme. Dans son manifeste, le parti indique, au sujet des questions de politique économique, qu’il s’oppose à la privatisation des hôpitaux et des établissements d’enseignement. De plus, des stratégies européennes sont nécessaires, notamment en matière d’approvisionnement énergétique, a expliqué André Marques lors d’une conférence de presse il y a deux semaines. Comme c’est souvent le cas chez les militants de gauche, Anastasia Iampolskaia associe la critique du capitalisme à un activisme axé sur l’identité : elle écrit ainsi sur Instagram que la « lutte contre le capitalisme » et la « suprématie blanche » commence au niveau local.

La guerre à Gaza la préoccupe beaucoup en ce moment : sous le slogan « EU Shame on you for supporting a genocide », elle a raconté sur Instagram sa participation à une manifestation la semaine dernière devant le Parlement européen à Kirchberg. Dans sa biographie Instagram, elle affirme, avec une pastèque en fond, qu’elle milite pour la « libération de la Palestine ». Quelle solution politique juge-t-elle souhaitable ? « Je privilégie l’option d’un État unique, dans lequel tous les habitants jouissent des mêmes droits, indépendamment de leur religion et de leur appartenance ethnique. » Une solution à deux États lui semble également envisageable. Elle qualifie l’État d’Israël, dans sa forme actuelle, de « projet sioniste dans lequel une ethnie exerce sa domination sur les autres ». Sans vouloir retracer historiquement toute la complexité du conflit, elle estime : « Avant la création de l’État d’Israël en 1948, une coexistence pacifique régnait dans la région. » Peut-être son désir de faire partie d’un mouvement entre-t-il ici en ligne de compte.