À gauche sur la photo, le président de la CSU, Alexander Dobrindt ; à sa droite, le Premier ministre du CSV, Luc Frieden ; à l’arrière-plan, un « compte à rebours du changement politique » qui indique le temps restant jusqu’aux nouvelles élections du 23 février : Cette scène a pu être observée mardi après-midi au monastère de Seeon, en Haute-Bavière. C’est là que s’est tenue la réunion annuelle à huis clos de la CSU, qui a duré trois jours. Luc Frieden avait été invité à prononcer, aux côtés d’Alexander Dobrindt, un bref discours sur l’Europe et à échanger avec le groupe régional de la CSU ainsi qu’avec le candidat de l’Union au poste de chancelier, Friedrich Merz.
Dans son discours de cinq minutes, Frieden a abordé la nécessité de la stabilité, les questions de sécurité européenne et la compétitivité de l’UE. Dobrindt a lui aussi évoqué ces deux derniers thèmes, même si les avis divergent quant à leur mise en œuvre concrète. Le rapport de Mario Draghi sur la compétitivité de l’UE fait état d’un endettement considérable au niveau européen, que Dobrindt considère comme une « erreur dramatique ». Frieden, en revanche, se montre ouvert aux propositions de Draghi. Lors de son discours prononcé à l’occasion de la cérémonie d’ouverture du Collège d’Europe en Pologne début novembre, il a repris certaines des idées de Draghi et a exprimé son soutien à celles-ci.
En principe, M. Frieden ne souhaite « pas s’immiscer », comme il l’a répété à plusieurs reprises, mais il part du principe « que les leçons seront tirées de l’instabilité » provoquée par la coalition « Ampel » au cours des derniers mois et des dernières années. Il espère « une politique du centre forte, qui soutienne de manière responsable la démocratie, la liberté et la prospérité ». Ce geste de soutien n’est pas surprenant. Le profil du candidat à la chancellerie Friedrich Merz n’est pas sans rappeler celui de Frieden : outre une certaine ressemblance physique, tous deux appartiennent à l’aile libérale de leurs partis respectifs et ont suivi des parcours similaires – on retrouve même le slogan « Plus de net sur le brut » sur le compte X de la CDU.
Le programme économique de Merz, favorable aux entreprises, est tout à fait en phase avec les intérêts du Premier ministre. La stagnation de l’économie allemande, qui en est à sa deuxième année consécutive, met notamment le Luxembourg sous pression – l’Allemagne étant considérée dans ce pays comme un partenaire commercial essentiel. Les références répétées de Friedens à la stabilité et à une « politique forte du centre » laissent transparaître cette position. En ce qui concerne la question des contrôles aux frontières, des éclaircissements s’imposent toutefois. L’Union fait de la politique migratoire un thème de campagne électorale ; en août, Merz s’est prononcé en faveur d’un état d’urgence national lié à l’asile, qui permettrait de renforcer les contrôles aux frontières et de procéder à des refoulements. En Pologne, en novembre, Frieden s’est clairement prononcé, dans son discours sur l’Europe, contre les contrôles aux frontières et en faveur du maintien de la libre circulation des personnes dans l’espace Schengen, ce qui est dans l’intérêt du Luxembourg, notamment en ce qui concerne les frontaliers allemands.
Il n’est toutefois pas certain qu’une victoire électorale et la formation d’une coalition sous la houlette de l’Union apportent la stabilité souhaitée par Frieden. La CSU, en particulier, qui dispose d’un droit de veto au sein de l’Union, exclut catégoriquement toute coalition entre les conservateurs et les Verts. Au vu des résultats actuels des sondages, il ne reste, outre le SPD, que l’AfD comme partenaire de coalition. Or, l’Union refuse toute collaboration avec ce parti. Si l’on garde à l’esprit les événements en Autriche, où les négociations de coalition entre les partis du centre ont échoué et où le FPÖ, parti d’extrême droite, s’est vu confier la mission de former un gouvernement, cette perspective est plutôt inquiétante. Si les négociations de coalition avec le SPD échouaient, l’Union se retrouverait dans une impasse dont elle ne pourrait pas sortir de sitôt. Frieden met en garde contre le fait que « les coalitions avec des partis d’extrême droite sont généralement considérées comme dangereuses en Europe », ce qui vaut également pour d’autres pays européens comme l’Autriche.