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Institutions et démocratie 7 min de lecture

Chirurgie à cœur ouvert

À la rentrée, Yuriko Backes (DP) souhaite réorganiser le ministère de la Mobilité

Article paru dans Édition août 2024
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Chirurgie à cœur ouvert
Yuriko Backes au banc du gouvernement au Parlement © Photo : Sven Becker

Selon un dicton bien connu, au Luxembourg, les infrastructures sont plus importantes que ce qu’on en fait. Certes, cela est de moins en moins vrai, mais c’est précisément pour cette raison que le ministère de la Mobilité et des Travaux publics est si important et gère autant d’argent : il peut dépenser 1,78 milliard d’euros cette année, et 1,2 milliard supplémentaire est prévu au titre des dépenses d’investissement dans le budget de l’État. Grâce à des fonds spéciaux, 1,67 milliard d’euros supplémentaires devraient être débloqués cette année, dont 610 millions provenant du Fonds du rail et 447 millions du Fonds des routes. En 2027, les dépenses liées aux fonds spéciaux devraient s’élever au total à près de deux milliards d’euros.

Afin que ces importantes sommes d’argent soient dépensées efficacement, Yuriko Backes (DP) procède à une réorganisation de son ministère. L’accord de coalition entre le CSV et le DP n’en fait pas mention. Contrairement à celui du premier gouvernement DP-LSAP-Verts, qui annonçait en 2013 une « réforme » de l’administration des travaux routiers et faisait de l’amélioration de la rentabilité des dépenses d’infrastructure une « priorité absolue ». Ou de celui de la deuxième coalition bleu-rouge-vert, qui stipulait que le Verkéiersverbond, créé en 2004, serait remplacé par une administration des transports publics. Ce qui s’est produit en 2021 et a constitué un cas rare de transformation d’un organisme public en administration d’État.

Ce que Backes envisage désormais, c’est de poursuivre sur la même voie. Ou bien de tirer un trait sur cette étape : la fusion interne du ministère. Quatre directions générales seraient créées au 16 septembre, a annoncé le service de presse du gouvernement à l’issue de la réunion du Conseil des ministres du 24 juillet, qui a donné son feu vert à ce projet. Quatre directions, cela peut sembler anodin. En réalité, le département « Transports et travaux publics », dirigé depuis 2009 par un seul ministre (à l’époque, Claude Wiseler, du CSV), en compte toujours deux. Les rapports annuels le montrent bien : Ce n’est pas le ministère qui a publié au printemps un rapport sur l’année précédente, mais ses deux grands départements – Mobilité et Transports ainsi que Travaux publics – qui en ont chacun publié un. Dans ces rapports, les services et administrations des départements dressent la liste de ce qu’ils ont réalisé. Il est difficile de discerner s’il y a eu une coordination répondant à des objectifs politiques transversaux.

La décision de procéder à cette réorganisation précisément maintenant est également liée au départ à la retraite, prévu cet automne, de Tom Weisgerber, coordinateur général des travaux publics. L’autre coordinatrice générale est Félicie Weycker, chargée de la mobilité et des transports. Weisgerber et Weycker forment le « binôme » du ministère, chacun disposant d’un immense pouvoir de décision. Ce qui a notamment permis, par exemple, au prédécesseur de Backes, François Bausch (Les Verts), de retirer à la très grande administration des ponts et chaussées – qui relève des travaux publics – la compétence en matière de planification générale des transports, et de placer « Ponts & Chaussées » sous l’autorité du service de planification de la mobilité à cet égard. D’un autre côté, la manière dont Weisgerber et Weycker dirigent leurs départements les maintient dans deux silos distincts. Ce qui devrait désormais changer.

Et cela revient à une opération à cœur ouvert si tout doit être prêt pour la rentrée. Les quatre directions générales s’intitulent « Transports publics et infrastructures de transport ». « Affaires générales, transports aériens, stratégie et innovation ». « Bâtiments publics et urbanisation ». Et « Affaires juridiques, marchés publics et logistique ». Elles semblent reprendre ce qui existe déjà. Selon certaines informations, elles devraient former un comité de direction avec lequel Mme Backes se réunira une fois par semaine pour discuter des priorités. C’est ainsi qu’elle procède également dans ses deux autres portefeuilles, la Défense et l’Égalité. Il va de soi que cela vise à éviter que les nombreuses responsabilités ne la submergent.

Reste à voir dans quelle mesure les quatre directions générales parviendront à intégrer les deux départements et à collaborer efficacement. Pour trois des quatre postes de directeur, Backes a fait appel à des personnes extérieures. Félicie Weycker est la seule future directrice générale (chargée des affaires juridiques, des appels d’offres publics et de la logistique) qui soit déjà en poste. En substance, la coordinatrice générale de la mobilité se retrouve ainsi rétrogradée. Mais la suppression de son poste actuel, tout comme celui de Tom Weisgerber, fait justement partie des objectifs de cette réorganisation. La coordination de toutes les directions générales est confiée au bras droit de Mme Backes, Max Dörner. Il s’agit là davantage d’une fonction politique que technique. Dörner, ancien « homme à tout faire » au ministère des Finances aux côtés de Bob Kieffer – d’où Yuriko Backes le connaît –, garde un œil sur tous ses domaines de compétence afin que les priorités ne soient pas perdues de vue et que la ministre ne se retrouve pas en difficulté sur le plan politique.

Le communiqué de presse publié à l’issue de la séance du Conseil d’État laissait entendre que les nominations concernaient Backes et relevaient d’une question de confiance. Elle connaît Sylvie Siebenborn, future directrice des travaux publics, depuis le ministère des Finances, où Mme Siebenborn siège notamment au Comité d’acquisition et à la Commission des loyers, chargée de la location de bâtiments pour l’État. Elle connaît Gilio Fonck, directeur administratif de la Maison du Grand-Duc, depuis son passage à la Commission européenne, puis en tant que maréchale de la cour. La nomination de Jean-Paul Lickes, directeur de l’Office de gestion des eaux, au poste de directeur général des transports publics et des infrastructures de transport, est la plus surprenante. Lickes est chimiste et n’a aucune expérience dans le domaine de la mobilité. Il devra acquérir cette expérience – sous la pression du temps, au sein d’un ministère où ce domaine revêt justement une importance particulière. Il est étonnant que ce poste, dont le titulaire sera amené à traiter avec les CFL, Ponts & Chaussées, Luxtram et les sociétés de bus, n’ait pas été pourvu en interne.

Le fait que Lickes, en tant que conseiller municipal d’Habscht, soit un homme politique actif au sein du DP, que Gilio Fonck, lui aussi membre du DP, devienne directeur général, et que Loris Meyer, secrétaire du groupe parlementaire du DP, ne soit certes pas directeur général mais responsable de la communication au sein du ministère, donne l’impression que cette réorganisation est dominée par le DP. Ou comme si Yuriko Backes recherchait avant tout la loyauté. Ce qui n’est peut-être pas le cas, puisqu’elle n’est elle-même membre du DP que depuis deux ans. Mais même s’il est de tradition dans les ministères de recruter des personnes proches du parti, Yuriko Backes l’a fait trois fois d’un seul coup. Dont deux postes de très haut niveau. Il faut reconnaître à son prédécesseur, François Bausch, de n’avoir pris qu’une seule décision de nomination motivée par des considérations partisanes. Non pas pour un ministère, mais pour la présidence du conseil d’administration de Cargolux, poste auquel il a nommé Christianne Wickler en 2021 et qu’elle a occupé pendant deux ans.

Yuriko Backes devra encore se prononcer sur la composition du conseil d’administration une fois que la réorganisation au sein de la direction aura pris effet. Les anciens dirigeants, Félicie Weycker et Tom Weisgerber, occupent des postes de haut niveau au sein du conseil d’administration. Tom Weisgerber siège au sein de cinq conseils d’administration ; il est notamment président de Cargolux (après Christianne Wickler). Félicie Weycker siège dans six conseils d’administration. Elle préside notamment ceux de Luxairport, du Fonds du Kirchberg et du Fonds Belval, et occupe le poste de vice-présidente des CFL. Le ministère refuse de répondre à toute question concernant ces mandats : toute modification sera communiquée en temps voulu.