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Institutions et démocratie 17 min de lecture

Ce n’est pas comme si on partait en guerre

La ministre de la Défense du DP, Yuriko Backes, explique ce qu'elle entend par « se préparer à la guerre »

Article paru dans Édition avril 2024
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Yuriko Backes © Anouk Flesch

d’Land : Madame la Ministre, vous êtes la première femme diplomate à diriger le ministère de la Défense. S’agissait-il d’un choix stratégique délibéré lors de la formation du gouvernement ?

Yuriko Backes : Je ne sais pas. C’est possible. En tout cas, c’est une mission qui me fascine, et quand on m’a proposé cette rubrique, je n’ai pas hésité une seconde.

Luc Frieden a été l’un des rares chefs de gouvernement à ne pas prendre clairement ses distances par rapport à la déclaration d’Emmanuel Macron selon laquelle le déploiement de troupes occidentales en Ukraine ne devait « pas être exclu ». Le 27 février, au lendemain de la conférence sur l’Ukraine à Paris, le Premier ministre a déclaré au Parlement que personne ne pouvait « savoir ce qui se passera dans quelques mois ». Il s’est montré plus formel le 5 mars lors d’une interview sur RTL. Lorsque la journaliste a laissé entendre qu’aucune troupe ne serait envoyée en Ukraine, vous avez répondu : « Tout à fait. Notre soutien reste matériel. Nous n’enverrons pas de soldats là-bas tant que la guerre y fait rage. » Je veux dire, c’était une déclaration différente de celle de Luc Frieden. Qui définit la politique de défense, vous ou lui ?

Je suis ministre de la Défense, ce portefeuille relève de ma responsabilité. Le gouvernement aborde souvent la question de l’Ukraine. Depuis le début de la guerre, nous vivons un changement de paradigme et je prends mes responsabilités très au sérieux. Si l’on me demande si nous enverrions des troupes pour aider l’Ukraine à se défendre, je ne peux que répondre non. Sinon, nous deviendrions parties prenantes à la guerre. Je n’envisage l’intervention de notre armée que dans une situation de guerre, si l’article 5 du traité de l’OTAN venait à être invoqué, c’est-à-dire si l’OTAN était attaquée. Ce n’est pas le cas aujourd’hui.

Le Conseil d’État a-t-il précisé que l’ajout de Luc Frieden « kee ka wëssen » n’était plus valable ?

Personne ne peut vraiment savoir ce qui va se passer. Mais oui, nous en avons discuté au sein du gouvernement et notre position est claire.

C’est celle que vous exprimez ?

Oui.

D’une manière générale, toute participation du Luxembourg à une guerre doit être régie par une loi, conformément à l’article 115 de la Constitution. Selon la Direction de la défense, c’est la loi OMP de 1992, modifiée en 2021, qui remplit cette fonction. Or, il s’agit d’une loi datant de l’époque des dividendes de la paix. Les opérations militaires y sont décrites comme des missions de maintien de la paix ou, dans le cas le plus grave, comme une contribution à la résolution d’un conflit interétatique. S’il y a eu un changement de paradigme depuis deux ans, comme vous le dites, une autre base juridique n’est-elle pas alors nécessaire ?

Mais de quel scénario parlons-nous ? Nous n’allons tout de même pas entrer en guerre. Le scénario le plus probable, mis à part les missions de maintien de la paix, serait l’article 5 du Traité de l’OTAN, c’est-à-dire l’assistance militaire en cas d’attaque contre un membre de l’Alliance. Si l’OTAN était attaquée en tant qu’alliance, des procédures sont en place. Au niveau national et au sein de l’OTAN. Notre armée se prépare chaque jour à une situation de guerre.

Selon la loi OMP, avant toute intervention militaire, le gouvernement « consulte » les commissions parlementaires compétentes et, « si nécessaire », l’assemblée plénière. Il n’est pas prévu qu’une intervention fasse l’objet d’un vote ni que quelqu’un puisse voter contre. N’était-ce pas pourtant nécessaire, compte tenu du changement de paradigme ?

Une consultation est prévue aujourd’hui, mais pas de vote. La consultation, c’est-à-dire l’échange avec le Parlement, est indispensable. En cas de guerre, il faudrait agir très rapidement. Les procédures prévoient de consulter rapidement les commissions
de la Chambre.

Lors de votre première interview en tant que ministre de la Défense, au début de l’année, vous avez déclaré : « Celui qui veut la paix doit se préparer à la guerre. » Qu’entendez-vous par là ?

Cela concerne plusieurs aspects. Ils sont énumérés dans l’accord de coalition. Il s’agit notamment d’augmenter nos dépenses de défense, l’effort de défense. Il faut une armée bien préparée, du matériel adapté et, bien sûr, la coopération et l’interopérabilité avec nos partenaires. Une priorité majeure, tant sur le plan politique que militaire, est le bataillon binational de reconnaissance de combat avec la Belgique. J’insiste sur ce point : « de combat ». Nous sommes ici dans la terminologie de la guerre. L’OTAN a demandé à la Belgique et au Luxembourg d’apporter cette contribution. Nous avons accepté cette demande et nous la mettrons en œuvre conjointement avec la Belgique. Cela implique notamment un changement d’équipement. Le matériel dont nous disposons, qui est plutôt adapté à la reconnaissance légère, sera réorienté vers la reconnaissance moyenne, c’est-à-dire la reconnaissance de combat. Nous devons nous préparer à une menace symétrique. Parallèlement, ce que nous avons déjà développé et dans quoi nous avons investi par le passé reste important : la cybersécurité, la composante aérienne, par exemple avec l’A400M, ou encore les capacités satellitaires. Nous devons désormais étendre ces capacités, dans le cadre de notre engagement à porter les dépenses de défense à 2 % du revenu national brut (RNB) à moyen terme.

La question du bataillon a-t-elle été clarifiée lors des négociations de coalition ? Dans son programme électoral, le CSV avait présenté l’armée comme une « armée de niche » et écrit : « Nous examinerons d’un œil critique la création annoncée d’un bataillon belgo-luxembourgeois. Celle-ci ne doit pas aller à l’encontre des exigences d’une petite troupe spécialisée. » Lors d’une conférence de presse pendant la campagne électorale, Claude Wiseler a expliqué que le CSV entendait par là que la question des effectifs posait problème pour le bataillon. Mais l’expression « ne pas aller à l’encontre » pouvait être interprétée comme si le CSV doutait de la pertinence même du projet.

Il n’y a pas eu de grande discussion au sujet du bataillon, nous nous sommes très vite mis d’accord. Au cours des négociations, nous avions également reçu un briefing de la part de l’armée. C’est sur la base de ces discussions qu’a été rédigé ce qui figure aujourd’hui dans l’accord de coalition
.

En évoquant le problème de personnel, le CSV n’avait d’ailleurs pas tort.

Ce n’est pas une mince affaire. En 2030, nous devrons mobiliser 375 militaires pour le bataillon. Pour y parvenir, nous planifions nos actions sur plusieurs années et avons lancé une campagne de recrutement.

Et si cela ne suffit pas ? La police et l’armée puisent dans le même vivier. Le ministre de l’Intérieur du CSV, Léon Gloden, promet de nombreux nouveaux policiers.

Nous devons améliorer et repenser notre approche en matière de recrutement. Être militaire est une mission noble, il faut le souligner. La nouvelle loi sur l’armée a introduit de nouvelles filières de carrière, A2 et B1. Elles ouvrent de nouvelles perspectives. Des domaines tels que les drones et la cybersécurité nécessitent des profils très spécialisés, ce qui permet à l’armée de proposer des postes très intéressants. Et puis, il y a les femmes dans l’armée : aujourd’hui, leur proportion, personnel militaire et civil confondus, s’élève à 12 %. C’est peu. Une armée bien structurée doit également recruter des femmes à tous les niveaux. Mais des infrastructures modernes contribuent également à l’attractivité de la carrière militaire. Nous y travaillons, et des projets de loi en ce sens ont été déposés.

Mais que se passerait-il si cela ne suffisait pas ? À l’exception des militaires de carrière, l’armée est une armée de volontaires. Pourriez-vous imaginer qu’on la professionnalise entièrement ? Ou qu’on ouvre les carrières militaires aux non-Luxembourgeois ? Ou encore qu’on mette en place une armée de réserve ?

Ce ne sont que des idées, mais pour l’instant, cela n’est pas prévu. L’accord de coalition ne prévoit pas de s’engager dans cette voie. Comme vous le savez, le service volontaire peut également recruter des personnes non luxembourgeoises, ce qui n’est pas le cas pour les parcours professionnels. Une armée de réserve : l’accord de coalition ne me donne pas le mandat de m’engager dans cette voie. Les pistes que j’ai évoquées tout à l’heure constituent les premières mesures que nous mettons en œuvre.

En Allemagne, on débat actuellement de la réintroduction du service militaire obligatoire. Cette mesure s’inscrit dans le cadre du « tournant historique ».

Pour l’instant, cela ne nous concerne pas. En nous appuyant sur les pistes que j’ai mentionnées, nous allons essayer, en collaboration avec les Belges, de mettre ce bataillon sur pied, et je suis convaincu que nous y parviendrons.

On constate un nombre assez important de départs de militaires de carrière au sein de l’armée. Savez-vous qu’il existe un mécontentement, y compris parmi les officiers, et une tendance à la « démission intérieure » ?

Non, pas plus qu’il n’y a peut-être de mécontentement dans d’autres domaines.

Je veux dire par là que non seulement les syndicalistes, mais aussi les officiers souhaitent une culture de commandement différente. Il s’agit de passer d’un « commandement par ordre » à un « commandement par mission », ce qui est déjà courant dans d’autres armées.

Et où ça ?

En France, par exemple, on appelle cela la « subsidiarité » : le ou la commandant(e) donne un ordre. Les subordonnés l’exécutent en faisant preuve d’initiative et en s’adaptant à la situation concrète. Ainsi, il n’est pas nécessaire de superviser chacun de leurs gestes, ce qui allège la charge de travail des commandants.

Je n’ai absolument rien contre l’initiative personnelle et la créativité. Mais je pense que lorsqu’on occupe un poste à responsabilité dans l’armée, on a une énorme responsabilité. La responsabilité de la vie d’autres personnes, par exemple, celles qui participent à la même mission. Cela nécessite des structures hiérarchiques claires et de la discipline. Je veux dire, c’est très important dans l’armée.

Il n’est donc pas prévu d’apporter une modification à ce sujet ?

J’ai d’excellents échanges avec l’armée. Nous sommes en train de discuter de la manière de la préparer pour l’avenir. L’armée doit en effet évoluer avec son temps. Mais sans hiérarchie ni discipline, cela ne fonctionnera pas.

Je veux dire, il ne s’agit pas d’avoir moins de discipline, mais d’avoir moins de microgestion.

Tout ce que je fais pour préparer l’armée à l’avenir, je le fais en concertation avec l’armée, mais aussi avec les cinq organisations et syndicats qui défendent les intérêts des militaires et du personnel civil. Il était important pour moi de m’entretenir avec eux dès le début de mon mandat et de les écouter.

Dans son programme électoral, le DP avait annoncé son intention de militer en faveur de la création d’un « médiateur de la défense » : d’une part, une sorte de médiateur pour les militaires, d’autre part, une instance susceptible de donner des impulsions importantes à la politique de défense. L’accord de coalition n’en fait pas mention. Ce sujet a-t-il été abordé lors des négociations et a-t-il été écarté ?

Je ne me souviens pas qu’il y ait eu de longues discussions à ce sujet.

Le DP a-t-il déclaré : « C’est ce que nous voulons », et le CSV s’y est-il opposé ?

Je vous le dirais bien si je m’en souvenais et si cette question m’avait marqué, mais ce n’était pas un sujet très important.

Un accord a récemment été signé avec la Belgique concernant la gouvernance du bataillon de reconnaissance. S’agit-il d’une culture de commandement commune, ou que faut-il entendre par là ?

La Belgique et le Luxembourg sont des partenaires à part entière. Le commandement du bataillon doit être assuré à tour de rôle par les deux pays. Les détails techniques seront mis au point par un comité de pilotage que j’ai mis en place avec la ministre belge de la Défense. Sans exagérer, la Belgique et le Luxembourg jouent même ici un rôle de pionniers et peuvent montrer comment la coopération en matière de défense pourra fonctionner à l’avenir en Europe.

Le bataillon sera-t-il stationné en Belgique et au Luxembourg ?

Exactement. Son quartier général sera situé à Arlon, et Diekirch accueillera une antenne. Nous organiserons ensemble les infrastructures et les entraînements. En cas d’interventions, le Luxembourg pourra également refuser de participer.

S’agit-il finalement d’une initiative belge et le Luxembourg bénéficie-t-il d’une clause d’exemption ?

Non, le commandement doit changer, comme je l’ai déjà dit. Si une mission doit être menée et que la Belgique n’est pas d’accord, elle peut le faire savoir. Si nous ne sommes pas d’accord, nous pouvons le faire savoir. Cela fonctionnerait de manière très similaire à l’unité commune A400M avec les Belges, qui existe déjà.

Le prochain sommet de l’OTAN se tiendra en juillet à Washington. Le Luxembourg y présentera un plan visant à atteindre l’objectif de 2 % du RNB consacré à la défense. Dans quelle mesure pouvez-vous planifier à l’avance, alors qu’il ne reste plus beaucoup de temps d’ici juillet ?

Nous y travaillons d’arrache-pied. Nous savons bien que ce sommet aura lieu. Le plan est rédigé par mes collaborateurs et moi-même de manière à indiquer, de façon plus ou moins détaillée, ce que nous allons entreprendre d’ici 2028 pour porter la contribution à la défense à 1 % du produit intérieur brut (PIB). Cela concernera principalement les dépenses liées au bataillon. Afin d’atteindre à moyen terme 2 % du RNB, comme le prévoit l’accord de coalition, nous examinons ce que cela signifie exactement. L’accord de coalition ne précise pas cela. Je vais soumettre au gouvernement une proposition qui concrétisera ces objectifs. Une première réunion a eu lieu à ce sujet entre les ministres directement concernés. Outre moi-même, il s’agit du Premier ministre, du ministre des Affaires étrangères et du ministre des Finances. La prochaine réunion aura lieu après les vacances de Pâques. Il est important que l’ensemble du gouvernement soutienne cette démarche afin que nous nous rendions à Washington bien préparés.

Est-il possible, dans un délai aussi court, d’aménager autre chose que les pistes principales ?

Oui, bien sûr. Nous y travaillons et nous sommes sur la bonne voie. J’en informerai également le Parlement, car il s’agit après tout de sommes importantes.

Comment maintenir les dépenses à un niveau élevé sur le long terme ? Elles ne pourront plus baisser.

C’est exactement ce que nous sommes en train de mettre au point, et nous avons de nombreuses idées sur la manière d’y parvenir.

Avez-vous également un plan B au cas où le prochain président américain s’appellerait Donald Trump et que les États-Unis se retiraient de l’OTAN ? Ou, dans un scénario moins extrême, si Joe Biden déclarait que les États-Unis se concentreraient davantage sur la Chine et laisseraient aux Européens le soin de gérer les relations avec la Russie ? De sorte que la norme en matière de dépenses de défense ne serait peut-être plus de 2 % du PIB, mais nettement plus ?

Se livrer à de telles spéculations ne serait pas vraiment constructif. Lorsque Trump était président, les États-Unis sont restés au sein de l’OTAN, et je pense que l’Amérique a elle aussi besoin d’alliés. Nous sommes confrontés à une situation mondiale extrêmement complexe, marquée par des menaces symétriques et des cyberattaques. Le terrorisme est également toujours présent. N’oublions pas que le seul cas à ce jour où l’article 5 du Traité de l’OTAN a été invoqué remonte à l’époque du 11 septembre et concernait les États-Unis.

La Commission européenne a fait part de ses réflexions sur une politique industrielle dans le domaine militaire. Le Luxembourg devrait-il s’y rallier ?

De nombreux pays de l’UE disposent d’une industrie militaire. Lorsqu’ils investissent dans leur défense, ils investissent également dans cette industrie. Chez nous, c’est différent. Nous avons certes divers acteurs industriels, que vous connaissez d’ailleurs, mais cela n’est pas comparable à la situation dans d’autres pays. Là-bas, les retombées économiques sont d’une toute autre ampleur. On parle souvent de « double usage ». Il est important que nous continuions à investir dans la recherche et le développement. Une directive européenne recommande de consacrer 2 % des dépenses de défense à ce domaine. Nous en sommes déjà à 3,5 %. Nous avons récemment lancé un deuxième appel à projets auquel les entreprises peuvent participer en collaboration avec des centres de recherche. Cela ouvre de nouvelles perspectives à notre industrie. Nos investissements dans la défense doivent également profiter à notre économie et à notre société.

Le gouvernement CSV-DP a redécouvert l’hôpital militaire. Sous le premier gouvernement DP-LSAP-Verts, le ministre de la Défense du LSAP, Etienne Schneider, avait lancé ce projet. Son successeur, François Bausch (Les Verts), a relancé le projet, mais l’a jugé trop complexe en tant que projet militaire et l’a confié au ministère de la Santé. Aujourd’hui, il revient sous la forme d’un projet relevant de la Défense. Pourquoi une telle confusion ?

À mes yeux, ce n’est pas un fouillis. Le projet d’hôpital militaire avait déjà fait l’objet de travaux. Puis la Covid est arrivée et nous avons pris conscience de l’ampleur de nos faiblesses en matière de personnel de santé. Ce furent des enseignements tirés. Nous devons désormais décider, d’une part, quelle structure serait pertinente pour le secteur de la santé luxembourgeois et, d’autre part, ce qui serait reconnu par l’OTAN comme une contribution à la défense. Je peux imaginer différentes pistes à cet égard. Peut-être pas nécessairement un hôpital militaire, comme cela avait été envisagé auparavant, mais par exemple mettre l’accent sur la formation du personnel paramédical : certains pourraient également recevoir une formation militaire afin d’être opérationnels en cas de besoin.

L’armée elle-même ne compte d’ailleurs que très peu de médecins.

C’est notamment ce que je veux dire. Il ne suffit pas de construire un hôpital n’importe où et d’y apposer l’inscription « Hôpital militaire ». Mais cela fait également partie des réflexions visant à atteindre les 2 % du RNB consacrés aux dépenses de défense.

Comment gérez-vous cela, en collaboration avec la Direction de la défense ? L’augmentation des dépenses est considérable. D’autres pays disposent pour cela de leurs propres administrations ou, comme la Belgique, d’un service spécifique au sein de l’état-major général.

Nous nous sommes développés et avons également recruté des experts. Les enjeux financiers sont importants et cela nécessite de nombreuses compétences.

Son prédécesseur, François Bausch, estimait à l’époque que le prochain gouvernement devrait se doter d’un ministère de la Défense à part entière. Lorsque, pendant la campagne électorale, le syndicat de l’armée Spal a envoyé aux partis un catalogue de questions, celle concernant le ministère de la Défense y figurait. Le DP et le CSV s’étaient montrés ouverts à cette idée. Mais malgré l’ampleur des missions, on en est resté à une Direction de la défense au sein du ministère des Affaires étrangères.

Lors des négociations de coalition, cela n’a pas fait l’objet de grands débats. La configuration actuelle est le fruit de la politique « 3D » : Diplomatie, Défense et Développement. Cela a tout son sens. La Direction de la défense et moi-même sommes, par exemple, en contact étroit avec le réseau diplomatique. Je viens moi-même du monde de la diplomatie, ce qui me facilite la tâche. Je n’aurais rien contre un ministère de la Défense à part entière. Mais il y a une ministre de la Défense. Que j’aie un ministère sous mes ordres à la place de la Direction ne ferait aucune différence dans la pratique. Je suis ministre et je ne vais pas demander à qui que ce soit : « Puis-je ? » C’est moi qui suis responsable.

Vous êtes également ministre chargée de l’égalité. Quand l’armée aura-t-elle sa première femme général ?

Bonne question. Un jour, ça arrivera. Tôt ou tard.