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Institutions et démocratie 9 min de lecture

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Dans son discours sur l'état de la nation, le Premier ministre Xavier Bettel n'a guère apporté de réponses aux questions urgentes de notre époque. Au lieu de mener des réformes structurelles en profondeur, le gouvernement se contente de distribuer des aumônes.

Article paru dans Édition octobre 2021
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Xavier Bettel et François Bausch © Anthony Dehez

Tournée « à l’écoute » Ces dernières semaines, le Premier ministre Xavier Bettel, du Parti démocratique, s’est lancé dans une « tournée à l’écoute » très médiatisée sur les réseaux sociaux et, à l’instar du CSV, est allé « à la rencontre des gens ». Avec Paulette Lenert (LSAP), il s’est rendu dans un hôpital et un centre de vaccination ; avec Corinne Cahen (DP), il a visité une initiative en faveur de l’emploi et une structure d’accueil pour personnes en situation de handicap intellectuel. Avec Claude Meisch (DP), il s’est rendu dans une école primaire ; avec Lex Delles (DP), dans un hôtel et un magasin « zéro déchet » ; avec Romain Schneider (LSAP), dans une ferme. Seul, il s’est rendu dans une maison relais et dans un lycée professionnel. Entre-temps, il a pris la parole devant l’Assemblée générale des Nations unies à New York et a rencontré le président du Conseil européen, Charles Michel. Partout, il a eu des conversations profondes avec les gens. Ils lui ont fait part de leurs préoccupations, que le Premier ministre a absorbées comme une éponge. Fort de ces expériences, il est retourné à son ministère, s’est enfermé dans son bureau et a rédigé son discours sur l’état de la nation. C’est ce que laisse entendre une bande-annonce que Bettel a publiée lundi sur Twitter sous le hashtag #edln2021. Mardi, il a présenté son chef-d’œuvre de 46 pages au Parlement. Il porte ce titre évocateur : « Eise Wee. Eist Zil. »

Il s’agissait du troisième discours sur l’état de la nation prononcé par Bettel au cours de cette législature, et de son huitième au total. Depuis son premier discours en 2014 (qui comptait environ 107 300 caractères dans sa version écrite), c’était également le plus long (avec 96 700 caractères). Intitulé « Renforcer le Luxembourg, saisir les opportunités et créer des perspectives » (90 000 caractères), son discours d’octobre 2020 portait presque exclusivement sur les conséquences sanitaires et économiques de la Covid-19. Mardi, Bettel a de nouveau fait écho à son discours de 2019 intitulé « Weider maachen amplaz weidermaachen ».

À l’époque comme aujourd’hui, la crise climatique était au cœur de son discours ; à l’époque comme aujourd’hui, le Premier ministre y a consacré près de dix pages, à la seule différence que le discours de mardi était plus de deux fois plus long que celui du 8 octobre 2019 (45 700 caractères). Une autre différence par rapport à l’époque est que le gouvernement s’est entre-temps fixé des objectifs ambitieux et élevés dans le plan climatique exigé par la Commission européenne et a adopté une loi sur le climat qui l’engage à respecter ces objectifs. « Nous avons encore un long chemin à parcourir », a constaté M. Bettel mardi, car on ignore encore largement par quels moyens concrets le gouvernement entend atteindre ses objectifs climatiques.

Dialogue social : une nouvelle assemblée citoyenne sur les questions climatiques, que le Premier ministre souhaite convoquer, est appelée à accompagner le gouvernement dans ce long parcours. Cette assemblée citoyenne sera composée de 100 membres qui « devront refléter la réalité démographique du Luxembourg et, par là même, représenter la population ». Les conclusions tirées au sein de cette assemblée citoyenne devront être débattues au Parlement. Avec la plateforme climatique et l’observatoire de la politique climatique, le gouvernement avait déjà créé, dans le cadre de la loi sur le climat, des instances plus contraignantes censées remplir des fonctions similaires. Lundi encore, les trois syndicats représentatifs au niveau national, l’OGBL, le LCGB et la CGFP, s’étaient plaints dans un communiqué commun du fait qu’ils ne devaient être représentés au sein de la plateforme climatique que par deux représentant·e·s issus de la Chambre des salariés, tandis que les associations d’entrepreneurs et d’investisseurs y disposent de sept représentant·e·s.

La mise en place d’une assemblée citoyenne laisse donc également supposer que le dialogue social, en tant que garant de la paix sociale, doit certes être préservé, comme l’a souligné M. Bettel (une réunion tripartite doit avoir lieu à la fin de l’année), à l’avenir, il pourrait toutefois ne plus se limiter aux partenaires sociaux classiques que sont les salariés et les employeurs, mais inclure de plus en plus des acteurs issus d’autres secteurs de la société civile.

La participation citoyenne et un large dialogue social semblent plus importants que jamais. Rarement auparavant autant de personnes sont descendues dans la rue qu’au cours des dernières années : non seulement à cause du changement climatique, mais aussi en raison de la pénurie de logements et de ses conséquences sociales, et, plus récemment, de plus en plus souvent à cause des mesures liées au coronavirus. Mais comme tous ces problèmes urgents ne peuvent être résolus sans décisions radicales aux conséquences de grande envergure, et que le ministre des Finances libéral Pierre Gramegna ne peut, pour diverses raisons, tenir sa promesse d’une grande réforme fiscale, le gouvernement a désormais décidé d’apaiser la colère et la déception du peuple à coups d’aumônes.

Gratuit. Après le succès des transports publics gratuits, de la mise en place de 20 heures de garde d’enfants gratuites et des manuels scolaires gratuits, les enfants issus de foyers à revenus modestes ou moyens bénéficieront désormais également d’un repas chaud gratuit à l’école. À l’école primaire, une aide aux devoirs gratuite sera proposée à l’échelle nationale et une grande partie des cours de musique sera également gratuite à l’avenir. À partir de la prochaine rentrée, la Maison relais sera également gratuite pendant les heures de classe (même si certaines communes ne parviennent même pas à offrir une place à tous les enfants). Au total, le mot « gratuit » apparaît 13 fois dans le discours de Bettel ; il est frappant de constater que c’est surtout le ministre libéral de l’Éducation, Claude Meisch, qui s’est montré particulièrement généreux. Mais la ministre libérale de la Famille, Corinne Cahen, ne lésine pas non plus sur les moyens. À partir de janvier 2022, elle augmentera l’allocation de vie chère d’au moins 200 euros et réindexera les allocations familiales, et ce avec effet rétroactif à la prochaine tranche d’indexation prévue en octobre prochain.

En revanche, le logement ne deviendra pas gratuit, ni même moins cher – ce qui aurait constitué un véritable allègement pour les ménages –, mais il ne cessera de renchérir. Cette situation ne changera pas non plus dans les années à venir. Le droit (naturel) à la propriété, garanti par la Constitution, n’est pas remis en cause, mais une taxe sur la spéculation vise à pénaliser tous ceux qui laissent délibérément leurs terrains en friche et leurs logements inoccupés, et qui « s’enrichissent ainsi de plus en plus ». Il ne s’agit donc pas de ceux « qui vivent sous leur propre toit », mais de ceux « pour qui le logement n’est qu’un objet de spéculation ». Qu’adviendra-t-il des innombrables propriétaires qui conservent simplement leurs terrains et/ou leurs logements afin que leurs descendants aient une vie meilleure que la leur ? On peut se le demander. Après le Pacte logement 2.0, cette « décision courageuse », selon Bettel, marquera un nouveau « changement de paradigme » dans la politique de logement. D’ici au prochain discours de Bettel sur l’état de la nation, le ministre libéral des Finances, la ministre socialiste de l’Intérieur Taina Bofferding et le ministre vert du Logement Henri Kox doivent présenter un projet de loi visant à réformer globalement l’impôt foncier, qui servira de base de calcul à l’impôt sur la spéculation.

Afin de couper l’herbe sous le pied des sceptiques vis-à-vis de la vaccination et des négationnistes du coronavirus, le gouvernement souhaite que l’OCDE confirme une nouvelle fois, dans le cadre d’une étude indépendante, qu’il a bien géré la crise.

Ping-pong. Comme les deux années précédentes, le discours sur l’état de la nation a marqué l’ouverture de la nouvelle session parlementaire. Pour la première fois depuis 18 mois, les députés se sont retrouvés dans la salle de séance du Krautmarkt. Les Verts arboraient des œillets jaunes à la boutonnière, car il n’y avait plus de tournesols. Les socialistes avaient opté pour des roses rouges, plus raffinées, plutôt que pour des œillets rouges. Le ministre socialiste de la Sécurité sociale et de l’Agriculture, Romain Schneider, qui avait déjà annoncé il y a trois semaines qu’il renoncerait à se présenter en 2023, n’était pas présent lors du discours sur l’état de la nation ; il devait apparemment assister au Conseil européen de l’agriculture et de la pêche. Sans grande surprise, le ministre des Affaires étrangères, Jean Asselborn, était lui non plus pas présent. Paulette Lenert était en revanche venue, bien qu’un Conseil informel des ministres de la Santé se tienne ce jour-là, auquel elle a ensuite participé par vidéoconférence. Le vice-Premier ministre Dan Kersch, qui ne souhaite pas non plus redevenir ministre en 2023, a dû partir au bout d’une heure. La ministre de l’Intérieur, Taina Bofferding, a pris sa place aux côtés du Premier ministre.

Mercredi, les débats ont marqué le retour du traditionnel jeu de ping-pong rhétorique entre la majorité et l’opposition, que les partis au pouvoir remportent depuis trois ans, le plus souvent de justesse, par 31 voix contre 29. Le CSV dispose de la raquette la plus puissante au Parlement, et il ne s’en est pas mal servi ces deux derniers jours. Après tout, il ne s’est pas contenté de formuler des critiques, mais a présenté 50 propositions concrètes dans les domaines les plus divers et a continué à développer avec cohérence son nouveau discours de parti « proche des gens » et dénué d’idéologie. Quant à savoir si ses 50 propositions concrètes apportent des solutions plus judicieuses que celles du gouvernement face aux défis de société tels que le changement climatique, la crise du logement et les inégalités sociales, c’est une autre histoire.