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Institutions et démocratie 11 min de lecture

Le #Luc de Mamer

Depuis une semaine, la sculpture en bronze de Nicolaus Mameranus, poète de cour ultra-conservateur et chroniqueur de guerre de Charles V, située devant le château de Mamer – transformé en mairie il y a 20 ans –, est…

Article paru dans Édition décembre 2023
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Luc Feller est le nouveau châtelain © Photo : Sven Becker

Depuis une semaine, la sculpture en bronze de Nicolaus Mameranus, poète de cour ultra-conservateur et chroniqueur de guerre de Charles V, située devant le château de Mamer – transformé en mairie il y a 20 ans –, est masquée par la scène hivernale du marché de Noël. Juste à temps pour l’inauguration du marché baptisé « Winter Moments » dans cette commune cosmopolite de la banlieue aisée, le conseil municipal a élu Luc Feller, juriste de 49 ans, au poste de nouveau maire, après que l’ancien maire, Gilles Roth (56 ans), est devenu ministre des Finances du nouveau gouvernement CSV-DP. Roth a dirigé pendant près d’un quart de siècle les destinées de cette commune, quatrième en superficie et neuvième en population du district sud, dont 16 ans en tant que député-maire. Son successeur désigné, qui sera assermenté aujourd’hui par le ministre de l’Intérieur du CSV, Léon Gloden, a été élu pour la première fois au conseil communal en 2005 (après avoir échoué lors de sa première candidature en 1999), en 2011, il est devenu échevin ; en 2017, bien qu’il ait été réélu, il n’a pas pris ses fonctions d’échevin, car le Premier ministre Xavier Bettel (DP) l’avait nommé, un an auparavant, haut-commissaire à la sécurité nationale. En janvier 2021, Feller a finalement intégré le collège des assesseurs.

Ce retour a eu lieu précisément au moment où l’Agence européenne des médicaments a autorisé le vaccin de Pfizer et BioNTech contre le coronavirus et où le gouvernement recherchait des sites pour mener des campagnes de vaccination de masse. Luc Feller a été l’un des principaux acteurs de cette campagne : en tant que haut-commissaire et coprésident de la cellule de crise Covid-19, il a coordonné, avec la ministre de la Santé Paulette Lenert (LSAP) et le Premier ministre Bettel, cette campagne de vaccination très complexe sur le plan logistique. Il a néanmoins relevé le défi en acceptant le poste d’assesseur chargé des portefeuilles du sport, de la culture, de l’éducation et de la petite enfance.

En tant que bourgmestre, de nouvelles responsabilités l’attendent désormais. Il devra notamment s’occuper des finances de la commune, fortement endettée, et coordonner le travail du conseil des échevins. Il s’agit en réalité d’un emploi à temps plein : la loi lui accorde 40 heures de congé politique (soit deux fois plus qu’en tant qu’échevin), depuis que le conseil communal est passé de 13 à 15 conseillers en juin, Mamer ayant dépassé la barre des 10 000 habitants au cours de la dernière législature. Dans un entretien avec le journal « Le Land », Luc Feller se montre confiant quant à sa capacité à concilier ces deux fonctions : « Où est-il écrit qu’on ne peut pas travailler plus de 40 heures par semaine ? » Son prédécesseur, Gilles Roth, était déjà premier conseiller d’État au ministère des Finances avant d’intégrer la Chambre des députés en 2007 ; depuis avril 2021, il était coprésident du groupe parlementaire du CSV au Parlement.

Dans le cas de Luc Feller, la question ne porte toutefois pas uniquement sur la gestion du temps entre deux emplois à temps plein, mais aussi sur d’éventuels conflits d’intérêts. Claire Delcourt, du LSAP, n’a par exemple pas pu prendre ses fonctions de conseillère communale à Contern en juin, car celles-ci étaient légalement incompatibles avec son activité professionnelle au sein de la police scientifique. Pour les assesseurs et les maires, la loi communale prévoit désormais toute une série d’incompatibilités pour les fonctionnaires de l’administration publique, mais le Haut-Commissariat à la Protection nationale (HCPN) n’en fait pas partie. Pour autant, des conflits d’intérêts ne peuvent être exclus : le Haut-Commissaire est chargé de l’élaboration et de la mise en œuvre de plans de sécurité en cas d’attaques terroristes, de cyberattaques et de catastrophes naturelles telles que les sécheresses, les tornades et les inondations, dont chaque commune est potentiellement affectée. Il travaille en étroite collaboration avec le CGDIS, l’armée et la police, ainsi qu’avec les services de renseignement, et dispose d’un aperçu de l’ensemble des administrations publiques. Le député du LSAP, Georges Engel, a déposé cette semaine une question parlementaire adressée au ministre de la Fonction publique, Serge Wilmes (CSV), dans laquelle il rappelle que les fonctionnaires sont légalement tenus à la disponibilité, à l’indépendance et à la neutralité. Il ne cite pas Feller nommément, mais sa question est un message à double sens. Au conseil communal de Mamer, les deux partis d’opposition se sont abstenus lors de l’élection de Feller au poste de maire : le DP, parce qu’il souhaite un maire à temps plein, comme l’a confirmé le conseiller Sven Bindels au journal « Land » ; les Verts, parce qu’à leurs yeux, la fonction de maire de Mamer n’est pas compatible avec celle de haut-commissaire, explique la conseillère Djuna Bernard, qui, adolescente, était baby-sitter pour les enfants de Luc Feller.

Apprécié par ses proches notamment pour son intelligence et son ambition, M. Feller peut se prévaloir, outre son engagement en politique locale, d’une longue carrière en tant que haut fonctionnaire. Ayant grandi à Echternach, il a déménagé à Mamer à l’âge de six ans avec ses parents et sa sœur, de deux ans son aînée. Son père, Robert, travaillait chez le fabricant de batteries Amer-Sil à Kehlen et chez le fabricant de verre Lux-Guard à Bascharage. Après avoir obtenu son baccalauréat au LGL, Luc Feller a étudié le droit à Strasbourg, puis a obtenu un diplôme universitaire en gestion des affaires européennes à Paris et un master en politique publique européenne à Londres. En 1999, il a adhéré au CSV et est devenu membre du comité national du CSJ. Ses parents n’étaient pas actifs politiquement, mais s’intéressaient beaucoup à la politique ; le CSV correspondait bien à son « côté légèrement conservateur », explique M. Feller. S’il s’est ensuite engagé uniquement au niveau de la politique communale, sans siéger dans les instances nationales du parti ni se présenter aux élections aux Chambres, c’est parce qu’il a toujours occupé des postes à responsabilité au sein de l’État.

Alors qu’il terminait encore son master, il a effectué un stage à la Cour des comptes européenne sous la direction de François Colling (CSV), stage qui a débouché sur un contrat de travail à durée déterminée. En 1999, il a rejoint la CSSF, avant de devenir, en 2001, attaché au ministère d’État de Jean-Claude Juncker (CSV). En 2004, Juncker l’a promu au poste d’adjoint au secrétaire général du Conseil de gouvernement, Marc Colas, puis, quatre ans plus tard, à celui de premier conseiller de gouvernement. Dans le cadre de l’affaire Srel, qui a conduit à des élections anticipées en 2013, le nom de Luc Feller est apparu dans les médias, car lui et le contrôleur financier Patrick Gillen percevaient une indemnité qui était vraisemblablement réservée aux agents du Srel. Dans un article du journal « Land » publié à l’époque, l’indépendance des hauts fonctionnaires chargés du contrôle financier et juridique des services secrets avait donc été remise en cause. Aujourd’hui, M. Feller affirme que le versement de cette indemnité n’avait rien d’inhabituel et qu’il était même prévu par la loi.

Après le changement de gouvernement, Xavier Bettel a nommé ses propres proches au Secrétariat général du Conseil de gouvernement ; il a muté Luc Feller au Département des cultes, où celui-ci devait s’occuper des conventions avec les communautés religieuses. Il n’a joué qu’un rôle marginal dans la séparation de l’Église et de l’État, mise en œuvre principalement par le ministre de l’Intérieur Dan Kersch (LSAP). Trois ans plus tard, il a succédé à Frank Reimen à la tête du HCPN, qu’il devait préparer à relever de nouveaux défis.

À l’époque, une partie du Conseil d’État n’avait approuvé la nomination de Feller à la tête du Haut-Commissariat – institution de l’OTAN fondée en 1959 pendant la Guerre froide – qu’à la condition qu’il renonce à son mandat d’assesseur, qu’il exerçait depuis 2011. Lorsqu’il est devenu deuxième sur la liste du CSV à Mamer en 2017 – où l’Agence de soutien et d’approvisionnement de l’OTAN (anciennement Namsa) est implantée depuis 1968 –, il a cédé ce mandat à Marcel Schmit, tout en restant membre du conseil communal. Cette renonciation reposait apparemment sur un accord verbal avec le Premier ministre. Schmit s’étant retiré en 2021 et Feller étant redevenu assesseur deux ans avant les élections, la question de savoir si Feller a rompu cet accord ou si celui-ci a jamais existé reste controversée.

Après les élections d’octobre, le formateur Luc Frieden l’a nommé secrétaire chargé des négociations de coalition (comme l’avait déjà fait Juncker en 2004 et 2009). Selon certaines sources, Feller était également pressenti pour devenir secrétaire général du Conseil de gouvernement, mais le CSV a besoin de lui à Mamer s’il veut y conserver sa majorité. Lors des élections communales de juin, il n’était qu’à 635 voix de Gilles Roth et a obtenu 400 voix de plus que Roger Negri, figure historique du LSAP, qui siège au conseil communal depuis 2000 en tant que partenaire junior
. Le troisième élu sur la liste du CSV, Ed Buchette, remplace désormais Roth au sein du conseil des échevins. Si ce responsable cycliste de 68 ans avait renoncé à son mandat, le CSV aurait pu promouvoir la chirurgienne esthétique Nadine Schmid, de près de 20 ans sa cadette, qui n’a obtenu qu’une voix de moins que Buchette. Ainsi, le conseil des assesseurs, dont le nombre de sièges est passé de trois à quatre en raison de la croissance démographique, reste toutefois en grande partie un « club de copains », comme l’appelle Djuna Bernard, même si une femme, Francine Closener, coprésidente du LSAP, y a fait son entrée en juin (qui, selon l’accord de coalition, devra céder son mandat au CSV au bout de quatre ans).

Le bon résultat obtenu par Luc Feller aux élections communales ne s’explique pas uniquement par sa visibilité médiatique pendant la pandémie. Dès 2017, il s’était classé juste derrière Gilles Roth et était devenu son principal concurrent à Mamer. Si Feller avait devancé Roth lors des élections communales, ce dernier ne serait sans doute pas devenu en octobre le co-tête de liste dans le sud, ni ministre des Finances. Luc Feller est profondément ancré dans la vie du village ; en tant qu’adjoint chargé des sports et de la culture, il était présent à tous les événements et toutes les fêtes. Sa femme Michèle (dont le nom de jeune fille est également Feller) et sa sœur Carole sont enseignantes à Mamer ; son beau-frère, le triathlète Tom Carier, est bibliothécaire à l’école primaire dont Feller est responsable en tant que conseiller scolaire. Aux côtés de Gilles Roth et Roger Negri, il faisait régulièrement la une du « Gemengebuet » et figurait à l’intérieur du magazine sur d’innombrables photos prises lors de remises de distinctions, d’inaugurations, de remises de chèques et de cérémonies commémoratives. De même, sur la chaîne de télévision communale Mamer TV, il n’y avait pratiquement pas d’émission sans Roth, Feller et Negri.

Le Conseil communal utilise ces canaux médiatiques, dont le contenu relève de la responsabilité de Luc Feller en tant qu’assesseur chargé de la communication, presque exclusivement pour faire sa propre promotion. Le « Gemengebuet » contient certes un compte-rendu des séances du Conseil communal en quatre langues, mais celui-ci ne compte souvent que quelques pages et n’offre qu’un aperçu superficiel. La demande de l’opposition visant à diffuser en direct les séances du conseil communal sur Mamer TV et sur Internet a jusqu’à présent toujours été rejetée par la coalition CSV-LSAP, au motif que certaines anecdotes et certains détails ne pourraient alors plus être révélés lors des séances publiques. Mais ces réticences sont peut-être aussi liées au fait que M. Feller, qui fait preuve d’une grande maîtrise de soi, souhaite cacher au public qu’il (tout comme son prédécesseur) perd parfois son sang-froid, comme cela s’est encore produit en juillet, lorsque les Verts ont critiqué le conseil communal pour avoir présenté un projet immobilier controversé « pour des raisons politiques et électorales » seulement après les élections, alors que, selon eux, celui-ci était déjà prêt avant les élections. Le Gemengebuet se contente de faire état d’un « échange de propos long et vif » ainsi que de discussions « animées » et « très vives ». Les « poètes » et chroniqueurs du service municipal des relations publiques – composé d’une ancienne journaliste du Wort, d’un rédacteur de longue date du Jeudi et du Tageblatt, ainsi que d’un ancien reporter de RTL – tiennent le secret sur le déroulement exact de ces événements.