Nouveauté Lancement du nouveau site internet du Land Voir la boutique en ligne →
Institutions et démocratie 5 min de lecture

L’ordre dans la ville

ÉDITORIAL

Article paru dans Édition juillet 2023
Partager l'article sur

Le soir des élections, le 11 juin, certains membres du CSV de la capitale estimaient que la campagne en faveur de la sécurité menée par le conseil des échevins n’avait profité qu’au DP (d’Land, 16 juin 2023). Ce qui était peut-être vrai : le DP a gagné un siège au conseil communal de la capitale, tandis que le CSV en a perdu un. Son assesseur Laurent Mosar, principal défenseur de l’ordre public, n’est arrivé qu’en cinquième position sur la liste du CSV.

Le fait que ce sujet ait porté ses fruits pour le DP se voit également au fait qu’il a manifestement perdu de son importance aux yeux de Lydie Polfer. Il y a deux ans, elle avait encore dénoncé avec indignation, sur RTL Radio, le trafic de drogue en pleine rue dans le quartier de la gare. Il y a un an, elle évoquait les voleurs de bijoux sur la Plëss. Il y a trois mois, elle dénonçait les « agressions au couteau », contre lesquelles le ministre de la Police, membre des Verts, ne prenait aucune mesure. Le dernier épisode de la campagne électorale axée sur la sécurité a été l’interdiction de la mendicité, dont le DP et le CSV se souciaient peu quant à son application. En revanche, ce lundi, le monde politique était tout autre lorsque la maire a prononcé la déclaration du conseil municipal pour la nouvelle législature. Du coup, « notre ville » était soudain « l’une des villes les plus sûres du monde ».

Lydie Polfer ne s’est pas contentée de dire cela. Elle a également déclaré qu’il y avait « davantage de cambriolages et d’agressions ». Elle a ajouté que le conseil des échevins plaidait en faveur d’une « police communale », d’un renforcement de la vidéosurveillance et d’une mesure d’éloignement, comme « dans d’autres pays ». Elle a également mentionné que les lieux publics importants seraient sécurisés à l’aide de bornes et que le conseil des échevins réfléchissait à de nouvelles compétences pour les agents communaux. Elle n’en a pas dit beaucoup plus. Ni sur l’interdiction de la mendicité, ni sur les patrouilles des sociétés de sécurité privées. Un thème phare de la campagne électorale a été expédié en à peine cinq minutes, et il n’a été abordé que dans le dernier quart du discours de deux heures de Lydie Polfer. Entre les questions sociales et culturelles.

D’un côté, cela n’a rien d’étonnant, mais d’un autre côté, c’est regrettable. Regrettable, car le nouveau-ancien conseil des échevins n’a rien d’autre à dire en matière de sécurité que de renvoyer la responsabilité au gouvernement, à la justice et à la police. L’installation de caméras de surveillance supplémentaires n’est pas une affaire purement communale. Placer certaines unités de la police, issue de la fusion de 1999, sous l’autorité des maires l’est encore moins. Et qui peut affirmer que des agents de police effectuant des patrouilles pour le compte des communes préviendraient ou réprimeraient plus efficacement les cambriolages et les agressions que des agents nationaux en patrouille ? Personne ne peut l’affirmer aussi simplement. En revanche, on peut affirmer qu’après 40 ans au pouvoir pour le DP et six ans de participation au gouvernement pour le CSV, aucune réponse ne leur vient à l’esprit concernant la sécurité dans la capitale. On ne voit pas en quoi cela pourrait, par exemple, avoir un rapport avec la revalorisation des quartiers, leur transformation architecturale, leur dotation en équipements publics ou en lieux culturels. L’année 2024 devrait être « l’année des quartiers », a annoncé Lydie Polfer. Avec des plans de développement impliquant la participation citoyenne – cela existait déjà il y a vingt ans sous Paul Helminger. Il se peut que cela renforce le sentiment de sécurité chez les habitants, voire qu’il en résulte une sécurité accrue. Mais personne n’a la moindre idée de la manière dont cela devrait se concrétiser.

Ce qui n’est d’ailleurs pas vraiment surprenant. Car lorsque cela comptait vraiment, le CSV et l’aile droite du DP, autour de Lydie Polfer, n’hésitaient jamais à mettre en avant la « loi et l’ordre » pour fidéliser un électorat petit-bourgeois et tenir autant que possible le LSAP et les Verts à l’écart du pouvoir. Il n’y a donc aucune contradiction à ce que le DP ait mené une campagne axée sur la criminalité pour ensuite élaborer, avec le CSV, un programme de coalition étonnamment « vert » ; c’est du moins ainsi que la maire l’a présenté. Des espaces publics désimperméabilisés (après avoir été bétonnés), davantage d’arbres, une meilleure gestion des déchets et une eau potable propre sont les attributs d’une ville bien gérée, plus faciles à mettre en œuvre que la réduction du trafic de drogue dans les rues. Et comme l’a encore déclaré Lydie Polfer lundi : « Des centaines, voire des milliers de nouveaux logements » verront le jour au cours des six prochaines années. Qu’ils soient construits par le secteur public ou privé, cela « n’a pas d’importance ». L’essentiel, c’est que l’ordre règne dans la ville.