Applaudissements, applaudissements La vice-présidente adjointe du LSAP et ministre de la Santé et de la Protection des consommateurs a reçu un tonnerre d’applaudissements pour sa brève intervention. La direction paritaire à deux têtes correspond aux valeurs du LSAP, l’égalité des droits étant ancrée dans l’ADN des socialistes. Le parti a besoin de plus de souplesse ; le fait qu’une direction paritaire n’ait pas été possible jusqu’à présent constituait une faiblesse du parti. Au sujet de la pandémie de coronavirus, elle a déclaré : « On n’en a pas encore fini » et a appelé à la solidarité. Lundi soir, lors du congrès statutaire extraordinaire du LSAP à Walferdingen, Paulette Lenert a fait ce qu’elle fait avec succès depuis un an et demi. Elle analyse, rassure et diffuse des messages d’encouragement. Au Centre Prince Henri, aux murs lambrissés et doté d’une grande buvette, elle a été acclamée avec frénésie par ses camarades pour cela.
Taina Bofferding est également une femme politique accomplie. En tant que ministre de l’Intérieur, elle a lutté contre les inondations catastrophiques et met désormais en œuvre la réforme tant attendue de l’impôt foncier. En tant que ministre de l’Égalité, la parité est son domaine de prédilection. Dans son intervention, elle a salué la modification des statuts comme une innovation politique permettant de mettre davantage de compétences en avant et de répartir équitablement les responsabilités, à l’image de ce qui se passe dans la famille et au travail. Sans doute pour que les hommes comprennent bien, elle a expliqué que le terme « double direction » provenait du jargon footballistique. Le LSAP peut désormais se présenter à l’extérieur comme un parti moderne et progressiste. Les applaudissements qui lui ont été adressés ont été nettement plus modérés.
Pourtant, cette direction à deux têtes n’est pas si moderne ni si progressiste que cela. Chez la Gauche et les Verts, elle fait pour ainsi dire « partie de l’ADN » ; même le CSV l’a déjà mise en place fin septembre. Contrairement au CSV, le LSAP n’ouvre toutefois que la présidence du parti à une double direction paritaire ; la double vice-présidence est supprimée, le secrétariat général n’est également occupé que par une seule personne, et aucun quota obligatoire n’est prévu pour la direction du parti. Une autre nouveauté réside dans le fait que l’un des deux présidents pourra désormais faire partie du gouvernement. Le président du LSAP, Yves Cruchten, a rejeté l’objection de Danielle Kies selon laquelle cela pourrait entraîner des conflits d’intérêts. À l’avenir, la tête de liste pour les élections nationales, européennes et municipales pourra également, sur proposition de la direction du parti, être occupée par une direction paritaire à deux têtes, mais ce ne sera pas obligatoire.
Lors d’un congrès ordinaire du parti prévu au printemps, la nouvelle réforme des statuts, qui a été adoptée lundi sans amendement et presque sans opposition, devrait être mise en œuvre sur le plan des effectifs. De nombreux éléments laissent penser que Mme Lenert, nouvelle venue en politique, sera alors élue première coprésidente et deviendra, après Lydie Schmit, la deuxième femme à la tête du LSAP. Elle pourrait défendre légitimement les intérêts des socialistes lors des négociations avec les partenaires de la coalition, sans devoir constamment consulter la présidence par téléphone. La décision de l’actuel président Cruchten de briguer un nouveau mandat dépendra de l’évolution future du parti.
Lame Ducks Dan Kersch et Romain Schneider avaient déjà annoncé, il y a deux mois, presque simultanément, qu’ils ne se représenteraient pas à un poste ministériel en 2023. Schneider ne souhaite plus se présenter aux élections, tandis que Kersch n’a pas précisé s’il comptait rester au Parlement. Pour l’actuel vice-Premier ministre, ce mandat de député serait une première, puisqu’il est passé directement du Conseil d’État au gouvernement après les élections de 2013 et qu’il est redevenu ministre en 2018. Ces deux « canards boiteux » ont semé le trouble tant au sein du parti que de la coalition gouvernementale. Si le LSAP affiche une image d’unité vers l’extérieur, la pression s’intensifie en interne sur la direction du parti pour qu’elle trouve rapidement une solution. Plusieurs raisons expliquent pourquoi les deux ministres n’ont pas encore démissionné afin de permettre à d’éventuels successeurs de se positionner en vue des élections de 2023. Pour Romain Schneider, originaire de Wiltz, qui dirige les portefeuilles peu attractifs de la sécurité sociale et de l’agriculture, aucun successeur approprié ne se présente dans le nord. Claude Haagen, l’homme politique le plus puissant de la Nordstad, ne semble pas intéressé. Le coprésident des Jeunes socialistes, Amir Vesali, est encore trop jeune. Bob Steichen, premier échevin à Ettelbruck, ne sait pas encore s’il se sent capable d’assumer une telle responsabilité.
Alors que Schneider avait déjà annoncé en interne dès 2018 que ce serait son dernier mandat, la démission de Kersch s’explique par le fait que son parti privilégie Paulette Lenert et Jean Asselborn, tous deux très populaires, comme têtes de liste nationales pour 2023 (cf. d’Land du 24 septembre 2021). L’actuel président du groupe parlementaire, Georges Engel, est le favori pour succéder à Dan Kersch au poste de ministre du Travail et des Sports. Quant à la nouvelle vice-Première ministre, seule Paulette Lenert semble pouvoir entrer en ligne de compte. On ignore encore si Dan Kersch, qualifié de « furieux et incontrôlable » selon des sources internes au parti, souhaite prendre la tête du groupe parlementaire après sa démission du gouvernement. Si ce n’est pas le cas, Dan Biancalana et Yves Cruchten sont pressentis comme successeurs potentiels de Georges Engel. Une partie du parti préférerait toutefois une double présidence du groupe parlementaire, assurée par Francine Closener et Mars Di Bartolomeo. Contrairement aux changements de personnel au sein du parti et du gouvernement, c’est le groupe parlementaire qui désigne lui-même son président ou sa présidente.
Manque d’autorité Selon des sources internes au parti, les remaniements au sein du gouvernement et du groupe parlementaire devraient avoir lieu au plus tard au début de l’année prochaine. Si cela devait prendre davantage de temps, cela devrait être interprété comme un manque d’autorité de la part de la direction du parti, qui ne fait déjà pas preuve d’une grande assurance.
Grâce à cette modification de ses statuts, le LSAP est désormais lui aussi prêt pour la campagne électorale. Les bons résultats des sondages de juin donnent confiance au parti. On verra dans deux semaines si le soutien des électeurs se maintient, lorsque le Wort et RTL publieront leur nouveau « Sonndesfro ». Le classement de popularité, déjà rendu public hier soir, reste largement dominé par Paulette Lenert (86 %) et Jean Asselborn (77 %), malgré de légères baisses. Avec Romain Schneider, Taina Bofferding et Dan Kersch, les socialistes comptent au total cinq des dix personnalités politiques les plus populaires, soit plus que tout autre parti. Le fait que Kersch gagne en popularité et réintègre le top 10, précisément après avoir publiquement évoqué son intention de démissionner, n’est pas sans une certaine ironie.
La victoire électorale du SPD et de son candidat de tête, Olaf Scholz, dans le pays voisin, l’Allemagne, est également source d’optimisme. Les sociaux-démocrates ont su rester unis et ont transmis un message clair, a déclaré M. Cruchten lundi dans son discours au congrès. Le LSAP devra lui aussi suivre cette « clé du succès » d’ici 2023. On peut toutefois se demander si l’élan donné par Scholz suffira à faire de Paulette Lenert la première Première ministre (socialiste) du Luxembourg en 2023. Jusqu’à présent, le succès des sociaux-démocrates allemands a rarement eu une influence directe sur les résultats électoraux des socialistes luxembourgeois. En 1999, lorsque Gerhard Schröder a succédé à Helmut Kohl au poste de chancelier, le LSAP est passé de 17 à 13 sièges lors des élections législatives.
Liberté idéologique Hormis la gestion de la pandémie de coronavirus, le LSAP (à l’instar du gouvernement dans son ensemble) n’a pas grand-chose à faire valoir sur le fond au cours de cette législature. Dans son bilan à mi-mandat présenté lundi, M. Cruchten a évoqué le doublement du salaire minimum, l’augmentation de l’allocation de vie chère, la réindexation des allocations familiales, les cours de soutien gratuits et la couverture médicale universelle. Sur les questions structurelles telles que la pénurie de logements, la justice fiscale et le changement climatique, les socialistes n’ont toutefois guère réussi à imposer leur propre ligne. Il y a déjà plus de 50 ans, des socialistes proches des syndicats, tels qu’Antoine Weiss et Mathias Hinterscheid, réclamaient l’instauration d’un impôt sur les successions en ligne directe et la nationalisation des logements locatifs. À l’époque déjà, ils avaient été freinés par la direction du parti, dirigée par Henry Cravatte, afin que le LSAP reste apte à former une coalition. Cela n’a servi à rien, puisque le CSV a conclu une alliance avec le DP en 1969. En 2015, Franz Fayot a été le dernier socialiste à remettre l’impôt sur les successions sur le tapis après avoir lu Piketty. Mais c’était avant qu’il ne devienne président du parti, puis ministre de l’Économie. Et tandis que la section locale du LSAP à Esch, dirigée par Vera Spautz, invite des responsables politiques du SPÖ pour qu’ils viennent parler de la « Vienne rouge », le parti laisse aux Verts le soin de nationaliser les logements locatifs, une mesure que ceux-ci n’ont d’ailleurs mise en œuvre qu’avec beaucoup de réticence.
On peut douter que Paulette Lenert parvienne à changer la donne. Même certains membres de la direction du parti critiquent en coulisses son manque de profil politique, ce qui semble se confirmer de plus en plus dans le domaine de la politique de santé, en dehors de la crise du coronavirus. Mais c’est peut-être justement ce type de femme politique postmoderne, qui agit de manière pragmatique et ne se laisse pas guider par des idéologies, dont le LSAP a besoin en ces temps. En tout état de cause, cet éternel partenaire junior reste ainsi capable de former une coalition, tant avec le DP socio-libéral qu’avec le CSV, qui se présente désormais lui aussi comme un parti sans idéologie.