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Institutions et démocratie 6 min de lecture

Le premier jour de travail de Guillaume

Plus la commune était grande, plus la distance qui nous séparait des gens était grande lors de la visite de samedi

Article paru dans Édition octobre 2025
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Autour de la longue table à Wiltz, tout le monde espère que Guillaume passera nous voir © Photo : Sven Becker

Lorsque, en début d’après-midi du 4 octobre, le cortège de minibus transportant les journalistes s’approche du centre de Wiltz, la ville semble presque déserte. Mais les apparences sont trompeuses : dans la rue du Château, devant le château, la musique résonne. Des stands y sont installés pour transformer cette journée en fête populaire après le passage du couple grand-ducal. Une table de 150 mètres de long a été dressée, où l’on peut manger et boire depuis le matin. Les gens espèrent que Guillaume et Stéphanie viendront y faire un petit tour après la partie officielle de leur visite à Wiltz, et que Guillaume lèvera peut-être son verre.

Une représentation de « Vivre ensemble » doit être donnée dans l’amphithéâtre du château. Après Grevenmacher, Wiltz est la deuxième étape de la tournée à travers le pays du nouveau chef de l’État lors de son premier jour de travail, si l’on peut dire. Tout est organisé dans les moindres détails : la maire de Wiltz, Carole Weigel (CSV), les ministres du Nord Martine Hansen (CSV) et Eric Thill (DP), ainsi que le vice-président de la Chambre Fernand Etgen (DP) doivent accueillir Guillaume et Stéphanie dans la cour intérieure du château. Les députés du Nord issus du CSV, du DP, du LSAP et de l’ADR, les élus locaux de Wiltz et du Nord, ainsi que des représentants de 55 associations locales formeront une haie d’honneur plus bas, au pied d’un escalier. Les citoyens attendent dans l’amphithéâtre bondé. Comme à toutes les étapes de la tournée, l’objectif est de créer une proximité entre le Grand-Duc et la Grande-Duchesse et la population. Pas d’aura aristocratique, mais l’idée que le chef de l’État est au service du peuple, même s’il n’est pas élu.

À Wiltz, une commune pourtant confrontée à de nombreux problèmes sociaux, cela réussit grâce à un spectacle astucieux : la vie en communauté solidaire présentée comme un idéal communautaire inclusif. Une troupe de théâtre composée de jeunes atteints de trisomie présente une courte pièce sur le travail des domestiques d’autrefois – reléguant ainsi la vie de cour à un passé lointain. La joueuse olympique de tennis de table Ni Xialin et l’artiste Mike McQuaide sont les maîtres de cérémonie du spectacle. Ils racontent en anglais à quel point ils se sont sentis les bienvenus au Luxembourg dès le premier jour. Une chorale se produit, ainsi qu’un groupe de jazz accompagné de deux chanteuses. Et surtout, sur un écran vidéo situé à l’arrière-plan de la grande scène, sont projetés les témoignages d’habitants de Wiltz, jeunes et moins jeunes, de toutes origines possibles. Le projet s’intitule « Schwätz mam Grand-Duc ». Des vœux sont adressés au chef de l’État
. Qu’il veille à la prospérité. Qu’il n’y ait pas de guerre au Luxembourg. Qu’il s’engage en faveur des femmes et des enfants et contre le réchauffement climatique. Qui ne trouverait pas cela fédérateur ? Le public, qui compte peut-être 2 000 personnes, est enthousiaste.

Alors que le cortège, composé de Guillaume, Stéphanie et des enfants du prince, quitte la cour du château, une jeune fille de la troupe de théâtre, un drapeau belge en papier à la main, court derrière les voitures : « Monseigneur, Monseigneur… » Mais celui-ci est déjà en route pour Steinfort, puis Dudelange. Un détour par la longue table installée dans la rue devant le château n’était pas prévu au programme.

À Dudelange, derrière le centre culturel Neischmelz et le château d’eau, le décor est bien plus grandiose qu’à Wiltz. Après tout, c’est ici le quartier sud. Il est difficile d’établir un ordre de préséance pour déterminer qui doit rencontrer le chef de l’État et à quel moment. Les notables, les ministres du Sud, les députés et les élues locales se tiennent tous ensemble. En revanche, la distance par rapport aux gens ordinaires est plus grande et prévue d’emblée : Guillaume, Stéphanie, le maire de Dudelange et les membres du gouvernement du Sud parcourront le site en empruntant des chemins et des ponts qui leur sont réservés, et découvriront au fil de leur parcours une succession de spectacles. La directrice de l’ensemble est la danseuse et chorégraphe Sylvia Camarda. À Dudelange, le thème est « Mouvements ». La danse, bien sûr, mais aussi l’expression corporelle au sens large, allant jusqu’à l’acrobatie et à la musique interprétée avec beaucoup de présence physique. Le spectacle est somptueux et dure plus d’une demi-heure. Pendant ce temps, sur la grande prairie près de l’école de musique et du parking transformé en fête foraine avec manèges et stands de restauration, une foule observe et tente d’apercevoir, ne serait-ce que de loin, le Grand-Duc et la Grande-Duchesse. Le spectacle culmine en un final avec une plate-forme flottante sur le lac près du château d’eau, des jets d’eau et un bref feu d’artifice qui plonge le château d’eau dans les couleurs rouge, blanc et bleu. Alors qu’à Wiltz, le message véhiculé est celui d’une belle vie en communauté, à Dudelange, c’est celui de la performance et de la compétitivité.

C’est dans la capitale que doit avoir lieu ce soir la synthèse, la conclusion. Mais plus le lieu est grand, plus la distance par rapport au public s’accroît. À Dudelange déjà, cette distance était plus grande qu’à Wiltz. À Luxembourg-Ville, le programme prévoit encore davantage de distance.

Avant que le nouveau grand-duc ne monte sur scène sur le Glacis vers 22 heures pour prononcer un bref discours, une rencontre entre Guillaume et Stéphanie et des représentants triés sur le volet de la société, arrivant en tram depuis le Kirchberg, aura lieu sur le Pont Rouge, à l’abri des regards de la plupart des journalistes. Jamais, en ce 4 octobre, le contact entre le couple grand-ducal et les citoyens n’a été aussi bien mis en scène que lorsque le Grand-Duc et la Grande-Duchesse, assis sur des chaises, attendent l’arrivée d’un tram qui, sous le titre « Zesummeliewen », devraient en descendre des représentants des secteurs de l’hôtellerie-restauration et de la vie nocturne. Sept autres tramways amènent des artistes, des policiers, des sportifs ou des hommes d’affaires. Accompagnés de tout ce cortège, soit environ 1 800 personnes, Guillaume et Stéphanie se dirigent vers le Grand Théâtre.

Ce cortège n’arrive jamais au Glacis, là où se trouve la foule ; il se disperse avant. C’est prévu ainsi : le spectacle sur le pont est destiné à la télévision et à Internet. La foule rassemblée sur le Glacis ne voit en direct de ce qui se passe sur le pont que huit tramways qui arrivent à vide. Le fait que ces tramways vides soient applaudis témoigne du sens de l’humour des personnes présentes. Beaucoup tentent de capter sur leur téléphone portable le livestream de RTL, qui retransmet tout. Mais cela ne fonctionne pas de manière fiable : les serveurs du monopoleur de la télévision reçoivent sans doute trop de demandes de connexion. Les habitants de Wiltz étaient mieux lotis. Dans l’Amphithea
du château, Guillaume et Stéphanie étaient assis presque à portée de voix des gens. Même s’ils ne se sont finalement pas rendus à la longue table située plus loin à l’extérieur.