En réalité, elle est issue d’une famille du CSV : « Mon père était membre du CSV, tout comme ses amis. » Ses parents n’étaient toutefois pas particulièrement conservateurs, malgré leur proximité avec le CSV. Lorsqu’elle a décidé de ne plus suivre les cours de religion au lycée, ses parents ont accepté cette décision. Closener n’est issue ni d’une famille ouvrière ni d’une famille de la bourgeoisie cultivée : ses parents tenaient un magasin dans le quartier de la gare de Luxembourg-Ville ; plus tard, lorsque l’immeuble abritant le magasin a été vendu, son père a travaillé pour différents marchands de meubles. C’est à l’Université libre de Bruxelles et grâce au journalisme qu’elle s’est familiarisée avec la politique socialiste : en tant que reporter, elle était souvent en contact avec le député du LSAP Mars Di Bartolomeo, qui lui fournissait des informations pour ses reportages. C’est également en tant que journaliste qu’elle a rencontré le secrétaire du groupe parlementaire Etienne Schneider – un ami de ses années d’études à Bruxelles. Lorsque, pendant l’affaire Srel, le CSV a voulu sacrifier le LSAP en bouc émissaire et que les réformes sociopolitiques sous la houlette du CSV se faisaient attendre, elle a souhaité changer de camp – et troquer le journalisme contre la politique.
La semaine dernière, elle a été réélue coprésidente aux côtés de Dan Biancalana, avec 73,5 % des voix. Pour un scrutin sans adversaire, ce résultat est plutôt médiocre. Auparavant, les journaux *Wort* et *Tageblatt* avaient écrit qu’elle avait souhaité prolonger son mandat sous la pression interne du parti, afin que le duo Paulette Lenert et Georges Engel ne se présente pas aux élections. Elle tient à dissiper ces rumeurs dans les pages du *Land*. Elle aurait connu un « coup de mou » cet hiver et avait dans un premier temps fait part au *Wort* de son intention de renoncer à son mandat de coprésidente du parti. Après que le parti a gagné en popularité lors des élections européennes, elle a retrouvé des forces – « maintenant, nous comptons à nouveau », a-t-elle déclaré, selon le Tageblatt. « De plus, des réformes internes au parti sont encore à mener », et elle n’est pas du genre à se soustraire à ses responsabilités en cours de route, a-t-elle expliqué mardi au siège du parti à Gasperich. Ceux qui l’écoutent découvrent une femme qui ne semble ni particulièrement sévère ni particulièrement aimable.
En tant que présidente du parti, elle a mis en place une communication adaptée à son époque : en mars 2023, un congrès s’est tenu selon un calendrier clairement rythmé et avec un grand écran de cinéma. Sinon, on risquerait de perdre la jeunesse ; celle-ci ne souhaite pas gaspiller tout son samedi dans des discussions sur des questions de fond. Une décision qui polarise : c’est lors des discussions, autour d’un verre, pendant la pause-café ou au déjeuner que naît l’esprit d’un parti, et non dans un fauteuil de cinéma, ont critiqué les socialistes de la vieille école. Elle devrait faire preuve de plus de transparence sur les questions relatives aux mandats et adopter une approche moins « descendante », telle est une autre critique adressée à sa présidence. Le journal « Das Wort » a écrit à propos du congrès du LSAP mi-juillet : « La culture du débat, autrefois extrêmement animée, a fait défaut, tout comme les interventions critiques. » Francine Closener est en revanche félicitée pour la restructuration du secrétariat général. Elle disposerait d’un bon réseau au-delà du parti, soutiendrait les jeunes femmes politiques, communiquerait de manière plus ciblée sur les positions politiques et se serait entourée de personnes compétentes. D’anciens collègues du gouvernement la qualifient de « travailleuse ». Elle-même affirme que ses amis la décriraient comme « tenace ».
Le fait que Francine Closener soit aujourd’hui à la tête du parti n’allait pas de soi. Sa carrière politique a connu des hauts et des bas. En 2013, Étienne Schneider a demandé à sa confidente et compagne de beuverie de l’époque bruxelloise si elle serait intéressée par un poste au gouvernement. Pour cela, il fallait écarter Cécile Hemmen, qui devançait Closener de 611 voix. Mais à peine avait-elle pris ses fonctions de secrétaire d’État que cette nouvelle venue en politique a trébuché sur l’« affaire de la voiture de fonction ». La socialiste est partie en vacances à Noël avec sa voiture de fonction – « Est-ce « normal » ? », a demandé le député de l’ADR, Gast Gibéryen. La presse avait trouvé là une première aubaine pour mettre en évidence le prétendu amateurisme de la coalition tripartite – une alliance disposant de peu d’expérience gouvernementale. Francine Closener a tenté de se justifier sur RTL, mais elle a donné l’impression d’être arrogante aux oreilles des auditeurs. Les citoyens lambda, qui ne disposent pas de voitures de luxe financées par l’argent des contribuables, se sont indignés. « Après cela, j’ai envisagé de démissionner. » Xavier Bettel et Etienne Schneider lui ont conseillé de se concentrer sur son travail et d’attendre que la tempête médiatique s’apaise. Lors du pot du Nouvel An 2014, Schneider est monté sur l’estrade et l’a publiquement soutenue afin d’éviter son éviction au sein du parti : « Je suis très heureux de t’avoir à mes côtés, Francine. » Par la suite, Closener a évité les affrontements politiques ; ses résultats dans les sondages électoraux étaient et sont restés médiocres. Elle a fait avancer ses dossiers sans attirer particulièrement l’attention du public ; de temps à autre, elle s’occupait du sale boulot dont Etienne Schneider voulait se débarrasser.
Cela lui a coûté sa réélection en 2018. Elle a d’abord occupé un poste de haute fonctionnaire au sein du projet de promotion de l’image nationale au ministère des Affaires étrangères ; c’est sous sa direction que le logo et le slogan « Let’s Make It Happen » ont été conçus. Lorsque son collègue de parti Marc Angel a été élu au Parlement européen, elle l’a remplacé à l’Assemblée. « Je n’y ai pas vraiment réfléchi… enfin, j’y ai plutôt longuement réfléchi. La politique, c’est quand même un milieu très particulier. » Et elle a vécu quelques expériences négatives en politique. Mais après avoir appris qu’elle pourrait participer à des dossiers liés à la politique éducative, elle s’est relancée dans l’aventure. Elle déplore les inégalités en matière d’éducation, marquées par l’origine sociale et une approche peu constructive de la diversité linguistique. « J’avais placé beaucoup d’espoirs dans les écoles publiques européennes. Aujourd’hui, je suis plus sceptique. Chacune de ces écoles se voit attribuer son propre projet de loi, mais où est donc le concept national contraignant ? » De plus, les écoles européennes ne proposent pas de formation professionnelle, et elle ne voit pas ce qui fait le lien entre tous les élèves : le luxembourgeois est-il suffisamment promu en tant que langue de cohésion sociale ? Elle souhaite aborder ces questions à la Chambre en octobre. La présidente du LSAP apportera-t-elle également ses propres priorités et ses idées en matière de politique éducative au débat, au lieu de se contenter de formuler des critiques ? L’avenir nous le dira.
Francine Closener se décrit comme la « benjamine » d’une fratrie de trois enfants, passionnée par les langues. Elle a passé son baccalauréat dans la section linguistique A ; elle trouvait le Faust de Goethe « fantastique », notamment parce que son professeur d’allemand au lycée Michel Rodange savait rendre le sujet accessible : « Här Rinnen » a montré que l’œuvre de Goethe explore en profondeur toutes les questions pouvant concerner la vie humaine. Pour ses vacances d’été, elle emportera toutefois le roman de divertissement *Eine Frage der Chemie* de Bonnie Garmus. Passionnée par les langues, elle s’est orientée vers le journalisme après ses études. « C’était une autre époque », se souvient Closener en évoquant ses années de carrière chez RTL. C’était un milieu dominé par les hommes : elle travaillait comme journaliste radio sous la direction de Roby Rauchs, Tom Grass et Marc Linster. Après que Marc Linster eut été gravement malade, elle a repris son poste de directrice. Mais lorsqu’elle est tombée enceinte, le directeur de RTL, Alain Berwick, n’a pas voulu qu’elle conserve son poste de responsable pendant son congé parental – et pour Closener, il était à son tour impossible de travailler sous les ordres de Guy Kayser, le nouveau directeur, « car nous n’étions pas d’accord sur beaucoup de points ». C’est pourquoi elle s’est tournée vers le secteur audiovisuel. En particulier en ce qui concerne les quotas de femmes, il y avait des divergences d’opinion avec Guy Kayser. « Au départ, j’étais moi aussi contre les quotas, c’était une autre génération à l’époque. » Mais elle s’est ensuite penchée de plus près sur la question et a changé d’avis. À la télévision, elle s’est alors rendu compte que la radio lui procurait en réalité plus de plaisir. « On peut y travailler de manière plus autonome et plus rapide. »
D’ailleurs, avant d’exercer son mandat politique, sa vie était marquée par le journalisme. Son mari, Jay Schiltz, était lui aussi journaliste. Il a d’abord travaillé pour RTL-Radio et Tëlee, puis est devenu directeur de Radio 100,7 en 2002, jusqu’à ce que Francine Closener soit nommée au gouvernement en 2013. Elle aime faire des comparaisons entre la politique et le journalisme : ceux qui travaillent dans ces domaines restent tout de même au fait de l’actualité, « pour assurer le suivi » – même pendant leur temps libre. À propos de son changement de carrière en 2013, elle explique qu’on pourrait penser qu’un journaliste politique n’a aucun mal à s’intégrer dans les dynamiques politiques. « Mais la politique, c’est tout, tout autre chose. » Ce couple issu du journalisme a traversé « une période difficile » en 2020. Son mari a été atteint d’un cancer de l’estomac et du péritoine ; seuls quatre mois se sont écoulés entre le diagnostic et son décès. Elle a passé de nombreuses heures à l’hôpital avec ses enfants (alors âgés de dix et quinze ans) et son mari. Une période qui a coïncidé avec la première phase de la pandémie, durant laquelle on était de toute façon déjà isolé. « Mes collègues du parti ont pris en charge mon travail politique, et je leur en suis reconnaissante », déclare Mme Closener. Elle ajoute d’un ton un peu distant que lorsqu’on a des enfants, on est inévitablement obligé de « tenir le coup » et que le travail en général l’a aidée à se changer les idées. Est-elle froide ? Peut-être souhaite-t-elle avant tout ne pas étaler sa vie privée sur la place publique. Elle se réjouit de la présence de Meilo, le labradoodle noir qui vit avec la famille à Capellen depuis 2018. « Il nous apporte un soutien émotionnel. Et aussi étrange que cela puisse paraître, grâce au chien, on fait de nouvelles connaissances, surtout parmi les amoureux des chiens. » Pour se détendre, elle va se promener avec le chien – « aussi souvent que possible ». Elle ne va que rarement au cinéma ou au théâtre, car le soir, elle a souvent des conférences et des inaugurations.
Sur certains points, elle est déçue par le gouvernement actuel, et en particulier par le CSV. Le « PDG de fer » Frieden l’irrite : « Croit-il vraiment que les problèmes liés au changement climatique vont se résoudre simplement parce qu’ils l’agacent ? » Le LSAP souhaite prendre des mesures pour contrer cela. Le CSV ne comprend pas que ce problème soit source de bouleversements pour notre société, « tout comme la numérisation ». Le ministre d’État Frieden réduit la question de la numérisation au déroulement des procédures administratives, « mais cela n’a rien à voir avec la transformation des emplois due à la numérisation », déplore Mme Closener. On associe par ailleurs Francine Closener à ses réflexions sur une éventuelle chaîne de télévision publiqueet, plus récemment, à sa critique à l’encontre de la ministre des Médias du CSV, Elisabeth Margue, qui a soumis à l’Alia une seule candidature au poste de directeur « pour avis », au lieu d’associer le conseil d’administration de l’Alia à la procédure de recrutement. « L’État du CSV est-il de retour ? », a-t-elle alors lancé de manière provocante sur Radio 100,7. Elle est désormais très éloignée du milieu familial proche du CSV. Mais comme elle n’a pas gravi les échelons du parti en passant par un travail fastidieux au sein des instances, certains continuent néanmoins de la considérer comme une nouvelle venue qui n’incarne que de manière insuffisante les valeurs socialistes. De son côté, elle « espère que les citoyens verront, avant les prochaines élections nationales, que le LSAP représente une meilleure alternative au gouvernement libéral de droite actuel ».