Il y a une semaine encore, son bureau dans la tour du Kirchberg était à peine aménagé. Seules des photos encadrées de ses deux fils, âgés de huit et dix ans, trônent sur une étagère. Sur le mur qu’elle regarde lorsqu’elle est assise à son bureau est accrochée une grande affiche colorée sur laquelle figurent les 17 objectifs de développement durable des Nations unies. Elle l’a héritée de sa prédécesseure.
Joëlle Welfring (47 ans) occupe désormais depuis 18 jours le poste de ministre de l’Environnement, du Climat et du Développement durable. Carole Dieschbourg (44 ans) avait démissionné le 22 avril, après que le parquet eut transmis à la Chambre le dossier d’enquête sur l’affaire dite « de Gaardenhaischen ». La recherche d’une remplaçante au sein du parti s’est d’abord avérée difficile. En réalité, François Benoy, expert en environnement et député, aurait été un candidat idéal, mais comme, dans la circonscription du Centre, le candidat suivant sur la liste, Paul Polfer, avait quitté le Parti vert après le vote sur le CETA il y a deux ans et ne souhaitait pas renoncer à son mandat, la coalition tripartite aurait ainsi mis en péril sa faible majorité au Parlement. Pour la même raison, Josée Lorsché, originaire du sud, n’a pas pu devenir la nouvelle ministre de l’Environnement, car dans cette circonscription, l’ancien vice-Premier ministre Félix Braz aurait pris sa place ; or, depuis sa démission honorable, celui-ci est engagé dans un litige avec le gouvernement. La direction du parti n’avait donc pratiquement d’autre choix que de se tourner vers une candidate issue d’un autre milieu. Bien qu’elle ne fût pas encore membre des Verts il y a trois semaines, l’ascension politique de Joëlle Welfrings se profilait depuis des années. Avec le recul, on pourrait penser qu’elle l’avait minutieusement planifiée. Mais sa nomination n’est probablement que la conséquence logique de son engagement de plusieurs décennies.
Dès son enfance, elle s’intéressait à la protection de l’environnement ; les images de marées noires et d’oiseaux au plumage encrassé de pétrole sont restées gravées dans sa mémoire jusqu’à aujourd’hui, raconte la ministre dans un entretien accordé au journal « Land ». Elles ont éveillé en elle un sentiment d’injustice et lui ont fait prendre conscience à quel point la nature souffrait à cause de l’homme. Après l’école primaire à Steinbrücken et le baccalauréat au lycée Hubert Clément à Esch-sur-Alzette, elle s’est installée à Strasbourg pour suivre des études de biochimie. Pendant les vacances d’été, elle travaillait à temps partiel au bureau de l’environnement de Rümelingen, où elle cartographiait les rivières et les ruisseaux ; chez une biologiste indépendante, elle a commencé à capturer des musaraignes et des carabes à l’aide de pièges sans mise à mort. Elle a trouvé moins passionnants ses stages chez Spuerkeess, où son père occupait un poste de cadre intermédiaire en tant que coordinateur du réseau d’agences. En 1998, elle a obtenu son master en sciences de l’environnement à l’université Brunel, située à Uxbridge, dans la banlieue londonienne. Elle aurait pu poursuivre avec un doctorat, mais elle souhaitait quitter le monde universitaire pour se lancer dans la « réalité ».
De retour au Luxembourg, elle a été recrutée par le centre de recherche public CRP Henri Tudor, où elle a contribué à la mise en place du département Environnement. L’une de ses principales missions consistait à proposer des solutions techniques aux entreprises artisanales confrontées à des difficultés liées à la loi Commodo. Quelques années plus tard, elle a pris la tête du département Environnement aux côtés de Paul Schosseler, aujourd’hui chargé de mission pour la construction durable et l’économie circulaire au ministère de l’Énergie. En 2010, elle a été promue directrice du développement commercial au CRP Tudor, qui souhaitait s’ouvrir davantage au secteur privé. Joëlle Welfring disposait donc déjà d’une vaste expérience de terrain lorsque le secrétaire d’État vert au ministère de l’Environnement, Camille Gira, l’a nommée en 2014 – sans qu’elle soit membre du parti – au poste de directrice adjointe de l’administration de l’environnement. C’est là qu’elle a appris, au cours des années suivantes, comment mettre en œuvre les réglementations et les contraintes environnementales en concertation avec « les gens de terrain ». Elle s’est occupée des produits chimiques, du bruit et de la qualité de l’air. Et, une fois encore, principalement des autorisations Commodo.
Son passage dans la fonction publique a également eu des répercussions sur sa vie privée. Afin de se rapprocher de son nouveau lieu de travail à Belval, elle a quitté le quartier de la gare de la capitale pour s’installer avec sa famille à Clair-Chêne, à Esch-sur-Alzette. Elle était heureuse d’être de retour à Esch, où elle n’avait certes jamais habité, mais où elle était autrefois allée à l’école, avait suivi des cours de danse classique et de piano pendant son temps libre et pratiqué l’athlétisme à la Fola. À l’époque déjà, elle avait songé à s’engager en politique, mais elle n’était pas encore prête pour cela, raconte Joëlle Welfring. Elle venait de donner naissance à son deuxième fils et n’avait ni le temps ni l’énergie nécessaires pour la politique. C’est pourquoi elle a refusé lorsque les Verts et la Gauche lui ont demandé en 2016 si elle souhaitait se présenter pour eux aux élections municipales.
Son engagement social remonte toutefois à bien plus loin. Depuis 2009, elle était membre du conseil d’administration de l’Œuvre nationale de secours Grande-Duchesse Charlotte. Au sein de cette organisation, elle s’est principalement occupée de projets durables et sociaux en collaboration avec la ville d’Esch : le Centre Formida de l’asbl Arcus à Hiël, l’initiative d’économie circulaire Benu dans le quartier de Grenz, ainsi que les lieux communautaires Mesa et Facilitec de Transition Minette. En tant que citoyenne, elle a participé aux réunions du C.E.L.L. consacrées à la transformation durable de son quartier et a pris part aux premières éditions des Vélorutions à vélo. En 2016, dans le cadre de l’initiative Oppent Haus, elle a accueilli chez elle une femme originaire de Syrie. En tant que vice-présidente du Conseil supérieur pour un développement durable, elle a introduit l’empreinte écologique au Luxembourg. Jusqu’à présent, Joëlle Welfring était surtout active en tant que philanthrope et soutien en coulisses. Elle s’engageait sans faire de vagues et en toute discrétion, se sentant toujours à l’aise, même dans les hautes sphères de la société.
C’est pourquoi presque personne ne l’avait envisagée lorsqu’il s’est agi de remplacer Carole Dieschbourg. Ce n’est qu’au début du mois d’avril qu’elle avait succédé à Robert Schmit, mis sous pression en raison de l’affaire « Superdreckskëscht », à la tête de l’administration de l’environnement. Il y a trois semaines, tout a dû se faire très rapidement. Après sa démission, Carole Dieschbourg et « quelques autres » – principalement des membres verts du gouvernement – l’auraient appelée pour lui demander si elle souhaitait prendre la tête du ministère de l’Environnement. Elle a demandé quelques jours de réflexion pour se pencher sur des questions fondamentales : « Est-ce que je le veux ? En suis-je capable ? Qu’est-ce que j’en attends et que puis-je raisonnablement espérer accomplir ? » Elle a dressé une liste des avantages et des inconvénients, qu’elle a passée en revue avec sa famille. Ce qui est arrivé à Carole Dieschbourg l’a elle-même beaucoup affectée, raconte Joëlle Welfring.
Ce qui a surtout fait pencher la balance en sa faveur et en faveur de son parti, c’est qu’elle connaît déjà de nombreux dossiers et qu’elle n’aura pas besoin d’une longue période d’adaptation. Elle a participé à l’élaboration des nouvelles lois sur les déchets, qui introduisent des règles plus strictes pour les citoyens et les entreprises, au sein de l’administration chargée de l’environnement. Il en va de même pour la mise à jour prévue du Plan national pour le climat. La loi Commodo, dont la réforme vise à numériser et à simplifier les procédures, est son domaine de prédilection depuis des années. Elle dispose en revanche de moins d’expérience en ce qui concerne la mise en œuvre de la directive sur l’eau potable ou la nouvelle loi sur les forêts.
Dans tous ces domaines, elle devra déployer beaucoup d’efforts pour convaincre. L’État n’a pas toutes les solutions à portée de main ; c’est désormais à la créativité et à l’innovation du secteur privé qu’il faut faire appel, souligne Joëlle Welfring. C’est au CRP Tudor qu’elle a appris à gérer les parties prenantes, à vendre des idées et à rallier les gens à une cause. Ce qui est encore tout nouveau pour elle, c’est surtout le débat politique à la Chambre des députés. Sera-t-elle à la hauteur des attaques virulentes de l’opposition ? La ministre explique qu’elle a longuement réfléchi à cette question. Elle ne sait pas si l’on finit par s’endurcir, mais on apprend peut-être à y faire face.
Le ministère de l’Environnement, du Climat et du Développement durable compte environ 80 collaboratrices. La gestion n’a rien de nouveau pour elle, mais Joëlle Welfring n’a encore jamais dirigé une structure d’une telle envergure. Dans l’affaire Gaardenhaischen, on a supposé dès le début que certains fonctionnaires porteraient une part de responsabilité. L’enquête permettra de déterminer si tel est le cas. La ministre réfute l’affirmation d’un journaliste selon laquelle elle souhaiterait réorganiser le ministère. D’après les informations du journal Land, elle ne fera venir de l’administration de l’environnement que Marianne Mousel en tant que première conseillère d’État, sa secrétaire et une chargée des relations publiques. Elle souhaite toutefois conserver pour l’instant l’expert en communication Thomas Schoos (Maison Moderne, Binsfeld, List), que Dieschbourg a nommé conseiller personnel en mars 2021. Il n’y a pas le temps de procéder à une restructuration en profondeur du ministère, explique Joëlle Welfring, car il ne reste même plus un an et demi avant les élections.
Elle a bel et bien des objectifs et des ambitions politiques pour 2023. Après le départ de Félix Braz et de Roberto Traversini, elle pourrait devenir le nouveau visage des Verts dans le district Sud. Elle jouit d’ores et déjà d’une grande estime auprès de ses collègues du parti. « C’est une femme qui sait ce qu’elle veut : stratégique, déterminée et extrêmement travailleuse », déclare la coprésidente Djuna Bernard au journal *Der Land*. La présidente du groupe parlementaire, Josée Lorsché, la décrit comme « affirmée, mais sympathique ». Chez Transition Minett, on se souvient d’elle comme d’une personne exigeante, mais qui pose toujours les bonnes questions. Au cours des prochains mois, Joëlle Welfring, femme posée et peu encline à la médiatisation, devra toutefois acquérir de nouvelles compétences si elle souhaite mener son parti en tant que tête de liste dans la campagne électorale. Elle a décliné ce week-end les invitations de Djuna Bernard au Käler Blummemoart et de Josée Lorsché à une fête familiale des Verts. Participer aux fêtes populaires fait certes partie du jeu, mais pour l’instant, elle souhaite avant tout se concentrer sur ce qui fait avancer son travail. Le week-end, elle a parfois besoin d’une pause, c’est ce qu’elle s’est promis, à elle-même et à sa famille.
Que fera-t-elle si elle-même ou les Verts ne parviennent pas à entrer au gouvernement en 2023 ? « C’est une question passionnante », répond Joëlle Welfring. Dans ce cas de figure, elle souhaite se laisser plusieurs options ouvertes. Le fait qu’elle devienne chef de file de l’opposition au Parlement semble toutefois peu probable en raison de son manque d’expérience politique. Il est encore trop tôt pour en parler, dit-elle, elle doit d’abord se familiariser avec ce milieu. Elle ne souhaite toutefois rien exclure.
Peut-être que Joëlle Welfring, en raison de son caractère réservé, est justement mieux adaptée au rôle de candidate aux élections européennes. Elle garde en tout cas de bons souvenirs de l’UE. En 2005, lorsque le Luxembourg assurait la présidence du Conseil, elle a participé, aux côtés de celui qui est aujourd’hui son premier conseiller d’État, André Weidenhaupt, à l’élaboration du règlement relatif à la législation sur les produits chimiques. « C’était extrêmement intéressant de découvrir les coulisses de l’UE », raconte la ministre avec enthousiasme. Et elle ajoute qu’elle a été impressionnée par la manière dont tous ces représentants, issus d’horizons professionnels et culturels très divers, ont finalement réussi à trouver un compromis commun.