d’Land : Madame Cahen, les élections municipales auront lieu dans un an. Allez-vous vous présenter au poste de maire de la ville de Luxembourg ou non ?
Corinne Cahen : Personne ne sait ce qui se passera dans un an. Je n’ai pas envie de m’exprimer à ce sujet, car chaque mot que je prononce est interprété dans un sens ou dans l’autre. C’est surtout la presse qui me pose sans cesse cette question. En interne, ce n’est pas du tout un sujet d’actualité.
Ce n’est pas la presse qui a inventé cette rumeur, elle s’en est simplement fait l’écho. Les élections auront lieu dans exactement un an. Que cela vous plaise ou non, vous devrez prendre la décision de vous présenter ou non avant cette date.
Je suis présidente du parti depuis sept ans maintenant et, d’après mon expérience, je peux vous dire que la campagne électorale ne commence pas un an avant les élections, en tout cas pas au sein du DP. Cela reviendrait en effet à sacrifier une année de notre travail.
Sur RTL Radio et dans une interview accordée à Paperjam, vous avez laissé entendre que vous seriez intéressé par le poste de maire.
J’ai dit que j’aimais ma ville. On a vu dans cette déclaration des choses qui n’y étaient pas. Je préfère ne pas m’exprimer là-dessus pour l’instant, afin qu’on ne puisse pas me reprocher dans un an d’avoir dit autre chose. Bien sûr, je suis une fille de Stater et je m’intéresse à ce qui s’y passe. C’était déjà le cas avant que je ne devienne femme politique.
En tant que jeune fille originaire de Stater, qu’est-ce qui vous intéresse particulièrement dans la ville de Luxembourg ?
Je m’intéresse à énormément de choses : la qualité de vie, la vie en communauté et les écoles. Les pistes cyclables, car je me déplace beaucoup à vélo. Je m’intéresse également à la question des sans-abri et à l’accessibilité. Je m’engageais déjà dans ces domaines avant ma carrière politique. Pendant la crise des réfugiés de 2011, j’ai sillonné le pays avec des sacs de couchage. Je me demande pourquoi cet homme sans-abri est assis devant le Cercle Cité. Pourquoi nous ne parvenons pas à le faire partir d’ici aujourd’hui, quelles sont les raisons qui expliquent cette situation et ce que nous pouvons faire pour l’aider à se construire à nouveau un projet de vie. C’est une cause qui me tient vraiment à cœur.
Ces questions m’intéressent également, mais vous êtes une femme politique et, à ce titre, il vous incombe de remédier à ces dysfonctionnements. Est-ce au niveau local ou au niveau national que vous pouvez le mieux vous attaquer à ces problèmes ?
On peut aussi s’engager sans être actif au sein d’un parti politique. C’est ce que j’ai fait avant 2013. En tant que femme politique, on peut bien sûr s’investir davantage. Au ministère de la Famille, nous avons développé le programme « Housing First » et investi massivement dans les travailleurs de rue. Je sais par expérience qu’il ne suffit pas de donner 1 000 euros et un appartement à une personne sans-abri pour que tout aille bien par la suite. C’est pourquoi nous avons besoin de travailleurs de rue qui parlent chaque jour à ces personnes. En tant qu’hommes et femmes politiques, nous devons mettre à la disposition des associations d’aide les moyens nécessaires pour qu’elles puissent faire leur travail. Mais cela ne signifie pas qu’il faille être homme ou femme politique pour s’engager.
Bien sûr que non, mais je vous interviewe en tant que femme politique…
Oui, mais vous me demandez à quel niveau on peut mieux aider. On peut aider partout.
Que feriez-vous différemment si vous aviez votre mot à dire au niveau de la politique communale ? La pauvreté semble être un problème à Luxembourg-Ville. Ce week-end, environ 1 000 personnes ont d’ailleurs manifesté pour réclamer des pistes cyclables sécurisées…
J’étais là, mais je n’ai pas traversé la ville à vélo. De toute façon, je me déplace toujours à vélo.
Il reste donc encore beaucoup à faire. Comment remédieriez-vous à ces lacunes si vous vous engagiez en politique locale ?
Nous sommes ici dans le cadre d’une interview où les conditions sont nombreuses. C’est comme ça : j’ai toujours un avis sur tout. Je pense qu’il faut aller plus loin à Luxembourg-Ville, ce qui est d’ailleurs le cas, mais cela ne se fait pas du jour au lendemain. Quand on n’est pas aux commandes, c’est toujours facile, mais quand on est aux commandes, les choses ne vont pas toujours aussi vite qu’on le souhaiterait. Bien sûr, nous avons besoin de voies sécurisées pour les piétons et les cyclistes, mais aussi pour les automobilistes. Je trouve que, dans la ville haute, les voitures ne devraient plus circuler dans la rue du Fossé. C’est d’ailleurs interdit, mais malheureusement, nous n’avons pas assez de policiers pour contrôler cela. Je pourrais citer bien d’autres domaines dans lesquels nous sommes sur la bonne voie, mais où nous devons encore redoubler d’efforts. La ville de Luxembourg est pionnière en matière d’accessibilité, mais cela ne signifie pas qu’elle ne peut pas s’améliorer encore. Des améliorations sont également possibles en ce qui concerne la pénurie de logements et les locaux commerciaux inoccupés.
RTL, Wort et TNS Ilres ont réintégré Lydie Polfer dans le « Politmonitor » pour la première fois depuis quatre ans, sans doute pour une bonne raison. Contrairement à elle, vous n’avez pas obtenu de très bons résultats. Cela vous dérange-t-il ?
Je n’ai jamais obtenu de bons résultats au Politmonitor. Que voulez-vous que je vous dise ? Si je dis que ça m’est égal, j’ai l’air arrogante. Si je dis que ça me touche, je passe pour une pleurnicheuse. C’est ce que c’est : un état des lieux pour lequel un certain nombre d’électeurs ont été interrogés. Beaucoup d’entre eux n’habitent pas dans le centre-ville, et seuls quelques-uns des personnes interrogées sont originaires de la ville de Luxembourg.
Avant les élections aux chambres de 2018, les résultats des sondages étaient très similaires à ceux d’aujourd’hui, mais lors du scrutin, vous aviez alors devancé Lydie Polfer. Pourriez-vous envisager de vous présenter avec elle à la mairie de Luxembourg l’année prochaine ?
Rien n’est exclu, mais rien n’est encore décidé. J’ai de bons rapports avec Lydie Polfer, je la connais depuis très longtemps. Il n’y a aucune tension entre nous, mais pour l’instant, nous ne sommes pas encore dans un scénario électoral.
Les enjeux sont importants à Luxembourg-ville. Si le DP venait à perdre ne serait-ce qu’un peu de soutien, le CSV, le LSAP et les Verts pourraient y voir une légitimation pour former une coalition à trois et reléguer le DP dans l’opposition. Seriez-vous d’accord ?
Nous nous enfonçons encore davantage dans les hypothèses. Je ne me suis même pas encore présenté et vous me voyez déjà dans l’opposition. Je veux un maire engagé, qui ait le cœur à la bonne place et qui se soucie de la ville et de ses habitants. Parmi les autres partis, je ne vois personne qui ait le charisme, le dynamisme et un projet adapté à cela. Or, il faut un projet, car on ne se présente pas aux élections pour satisfaire son ego. Je n’en ai vraiment pas besoin et je ne pense pas non plus avoir encore quelque chose à prouver.
Avez-vous un projet ?
Avant de me lancer dans la campagne électorale avec le DP en 2013, tous les autres partis m’avaient déjà sollicité, même ceux des franges politiques. Ils sont tous passés en revue dans mon magasin de chaussures pour que je me présente pour eux aux élections municipales, nationales ou européennes. Pourquoi me suis-je finalement présentée aux élections ? Parce que j’avais un projet qui me tenait vraiment à cœur, parce que je voulais améliorer l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée, parce que je voulais m’engager contre la pauvreté et le sans-abrisme, en faveur des personnes en situation de handicap et des personnes âgées. Pourquoi suis-je allée au ministère de la Famille ? Non pas parce que quelqu’un m’a appelée pour me dire de le faire. Ça ne s’est pas passé comme ça. On m’a proposé des portefeuilles tout à fait différents. Mais pour moi, c’était hors de question. Il faut être passionné si l’on veut faire de la politique. C’est mon opinion. Et la ville de Luxembourg mérite d’avoir un maire passionné et porteur d’un projet, et non pas quelqu’un qui fait de la politique uniquement pour se donner de l’importance.
Était-ce donc votre projet pour 2023 ?
Ce n’est pas un projet, c’est simplement mon avis.
Vous n’avez donc pas de projet ?
Actuellement, mon projet le plus important, en tant que ministre de la Famille, est de faire adopter par la Chambre deux lois supplémentaires : celle relative à l’assurance qualité dans les maisons de retraite et les établissements médico-sociaux, et celle concernant l’organisation de la vie en communauté.
Vous avez déjà annoncé à RTL que vous ne souhaitiez plus occuper le poste de ministre de la Famille après 2023…
Parce que je pense qu’après deux mandats, on doit avoir mené à bien son projet. Si on n’y parvient pas dans ce laps de temps, on n’a pas besoin d’un troisième mandat.
Vous estimez donc avoir mené à bien votre projet au sein du gouvernement ?
J’ai mis en œuvre tout ce que je m’étais fixé : le congé parental, l’accessibilité, les personnes âgées, la lutte contre la pauvreté. Mais d’autres devront prendre le relais. Ce n’est pas comme si je laissais derrière moi un monde parfait. Une telle chose n’existe tout simplement pas.
Depuis 2013, vous avez présenté, en tant que ministre, 23 projets de loi. D’autres ministres en ont déposé trois à quatre fois plus. Y avait-il si peu de besoin de réformes dans vos domaines de compétence, à savoir la famille et la Grande Région ?
Au ministère de la Famille, nous n’avons pas besoin de rédiger un projet de loi pour chaque type d’organisation scolaire. Nos projets sont d’envergure et d’une ampleur considérable. Cela a nécessité de nombreuses négociations avec divers partenaires. Le département « Grande Région » ne dispose d’aucune compétence juridique. Ce ministère joue plutôt un rôle d’intermédiaire pour les autres départements dans les questions transfrontalières.
En 2018, vous avez confié la prise en charge des réfugiés à Jean Asselborn. Étiez-vous dépassé par la situation ?
Cette décision répondait à des raisons pratiques. Les associations caritatives nous l’ont demandé, car pendant la crise des réfugiés de 2015 et 2016, il n’était pas toujours évident pour elles de savoir qui était responsable de quoi. C’est pourquoi il est préférable que tous les services soient regroupés au sein du ministère de l’Immigration.
Depuis 2013, vous vous êtes forgé une image de femme politique engagée dans le domaine social. D’où vous vient ce besoin d’aider les autres ?
Je ne me construis pas une image, je suis simplement moi-même. Dans le quartier de la gare, nous avons toujours pris soin des pauvres et des sans-abri. Nous leur avons donné à manger, nous les avons habillés quand ils en avaient besoin. Nous voulions les comprendre et les aider autant que possible. Pour moi et mes enfants, c’est clair : on ne peut pas être heureux quand les autres vont mal.
Au Luxembourg, de plus en plus de personnes ne vont pas bien malgré le fait qu’elles aient un emploi. La proportion de « travailleurs pauvres » y est la deuxième plus élevée de l’UE. Au lieu de se contenter de s’occuper des sans-abri, le gouvernement ne devrait-il pas plutôt veiller à ce qu’ils ne se retrouvent pas dans la rue ?
Il ne faut pas confondre les « travailleurs pauvres » avec les sans-abri. Il s’agit de deux catégories de personnes distinctes. Le problème principal réside dans les prix du logement, qui absorbent une grande partie des salaires. Au ministère de la Famille, nous avons apporté notre aide en renforçant considérablement l’Agence immobilière sociale. Il est normal que les gens se mettent à investir dans l’immobilier lorsque les intérêts sur leur épargne font défaut. Mais il incombe également aux communes, à l’État et à chaque individu de veiller à ce qu’aucun logement ne reste inoccupé.
Le DP a occupé le poste de ministre du Logement pendant cinq ans, avant de céder ce portefeuille aux Verts en 2018. Aucun des deux partis n’a réussi à maîtriser la situation. Si le gouvernement admet qu’il ne peut rien faire contre la hausse des prix du logement, ne devrait-il pas alors trouver d’autres moyens de garantir que chacun puisse se permettre un logement ?
Nous proposons certes des aides – Marc Hansen a mis en place l’aide au logement –, mais l’État ne peut pas toujours débloquer davantage de moyens. Dans l’idéal, on devrait pouvoir vivre de ses revenus. Mais pour les parents isolés, ce n’est souvent pas si simple ; c’est pourquoi nous devons leur venir en aide tout particulièrement – non seulement sur le plan financier, mais aussi sur le plan organisationnel. Grâce à la garde d’enfants gratuite et aux manuels scolaires gratuits, nous avons considérablement allégé le fardeau des familles. Elles peuvent désormais consacrer cet argent à d’autres choses.
Votre héritage politique le plus important à ce jour est sans doute la réforme de la loi RMG. Vous avez soumis l’octroi de l’allocation de réadaptation à des conditions plus strictes. L’État a-t-il longtemps fait preuve d’une trop grande générosité envers les personnes qui ne trouvent pas de travail ?
Ce qui me dérangeait fondamentalement dans le RMG, c’est que les personnes qui avaient été « activées » pendant plus de 20 heures (par exemple dans le cadre d’un travail d’intérêt général, de cours ou de formations continues ; note de la rédaction) recevaient moins d’argent à la fin du mois. De plus, je pense que les personnes qui, pour des raisons psychologiques, linguistiques ou autres, se voient refuser l’accès au marché du travail primaire, ne devraient pas rester chez elles. Il faut les aider à surmonter leurs problèmes ou leur dépendance. On se sent valorisé quand on peut faire quelque chose de beau et d’utile. Enfin, nous mettons davantage de moyens à la disposition du Comité national de défense sociale et d’autres partenaires afin d’aider les personnes qui ne peuvent plus du tout réintégrer le marché du travail primaire.
Ils comptent finaliser leur politique sociale l’année prochaine. Ils ont déclaré au Paperjam qu’ils trouvaient le ministère du Travail « sexy ». Qu’est-ce qui les attire tant dans ce ministère, exactement ?
Il reste encore beaucoup à faire en matière d’équilibre entre vie professionnelle et vie privée. Avec Nicolas Schmit, nous avons mis en œuvre, au cours de la première législature, plusieurs réformes concernant le congé parental et la vie de famille. Après la crise du Covid, nous devons adapter encore davantage le monde du travail à la réalité. Nous avons besoin de plus de flexibilité.
Qu’entendez-vous par « flexibilité » ?
Un exemple : si vous travaillez 40 heures par semaine, la loi prévoit que vous devez bénéficier d’au moins 44 heures de repos consécutives sur une période de sept jours. Certains salariés souhaiteraient toutefois pouvoir répartir ce temps de repos de manière plus flexible. Les entreprises, elles aussi, souhaiteraient davantage de flexibilité. Il faudrait aborder cette question en collaboration avec les partenaires sociaux.
Le ministre du Travail du LSAP, Georges Engel, a déjà lancé une initiative intéressante en faveur de l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée avec la semaine de 38 heures. Soutenez-vous son projet ?
C’est un tout autre sujet. La flexibilité, c’est travailler davantage quand on en a le temps, et moins quand on a besoin – pour quelque raison que ce soit – de temps pour soi ou lorsque l’activité de l’entreprise est un peu moins intense. Cela n’a rien à voir avec une réduction du temps de travail.
Les salariés doivent toutefois être protégés par la loi contre l’exploitation. Après tout, ils se trouvent dans un lien de subordination vis-à-vis de leur employeur. L’accord de coalition actuel stipule que la « législation relative aux conventions collectives » doit être révisée, ce qui n’a toutefois pas encore été fait. Le DP se saisirait-il de cette question s’il désignait le prochain ministre du Travail ?
Pour le DP, il ne fait aucun doute que c’est au sein des entreprises que se déroule le meilleur dialogue social
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On se connaît, on se voit tous les jours et toutes les parties prenantes savent ce qui est en jeu.
Cela signifie-t-il que vous souhaitez renforcer le système des conventions collectives ?
Cela dépend toujours du secteur d’activité et de la position adoptée par l’organisation professionnelle concernée. C’est au sein des entreprises que le dialogue social fonctionne le mieux.
Je vous ai pourtant posé une question sur la législation relative aux conventions collectives, et non sur le dialogue social.
La convention collective, c’est justement le dialogue social.
Y a-t-il d’autres domaines qui pourraient vous intéresser ?
Je n’ai jamais prétendu vouloir devenir ministre du Travail demain. Je n’ai dit cela que parce que Paperjam m’a poussée à faire cette déclaration. Je peux simplement vous dire quels portefeuilles ne seraient pas envisageables pour moi. Par exemple, la coopération au développement. Je n’aime pas voyager, j’aime être avec ma famille, je préfère faire de la politique ici.
Dans le cadre de la coopération au développement, vous pourriez également venir en aide aux personnes démunies.
Tout à fait.
Seriez-vous tentée de devenir la première femme Premier ministre du Luxembourg ?
Je n’y avais pas encore pensé. Je ne pense pas que cette question se posera.
Vous vous montrez très discret quant à votre avenir politique. D’autres membres du DP adoptent une attitude plus offensive. Barbara Agostino s’est déjà proposée pour le poste de nouvelle ministre de l’Éducation. Qu’en dit Claude Meisch ?
Barabara Agostino a déclaré qu’elle rêvait de devenir ministre de l’Éducation.
Oui, mais elle a abandonné son empire des crèches pour se lancer dans une carrière politique. Cela semble être bien plus qu’un simple rêve. Claude Meisch va-t-il prendre sa retraite l’année prochaine ?
Au final, c’est toujours le parti qui décide qui figure sur les listes électorales. Et en tant qu’actuelle présidente du parti, je peux vous dire que je suis convaincue que tous les élus seront désignés d’ici octobre 2023.
Lors des derniers sondages réalisés en novembre, le DP n’a pas obtenu de très bons résultats. S’il devait se retrouver dans l’opposition en 2023, le suivriez-vous dans cette voie ?
D’une part, je suis fermement convaincue que Xavier Bettel restera Premier ministre. Je ne vois personne d’autre qui pourrait s’en acquitter aussi bien que lui. Il ne serait pas dans l’intérêt du pays que ce poste soit occupé par des personnes qui ont du mal à prendre des décisions. D’autre part, la politique me passionne. Je n’ai pas simplement été nommée au gouvernement en tant que nouvelle venue. Je me suis présentée aux élections en 2013 pour servir le premier pouvoir, à savoir le Parlement.
Au centre, le DP, avec Xavier Bettel, Yuriko Ba-ckes, vous-même et, éventuellement, Lydie Polfer, est bien positionné. Avec Paulette Lenert, vous pourriez désormais faire face à une forte concurrence…
Elle habite pourtant à Remich…
Elle peut tout de même se présenter aux élections municipales.
Bien sûr, mais je n’ai pas encore entendu dire que c’était le cas. C’est pour cela que je vous pose la question.
Elle n’a même pas encore confirmé qu’elle se présenterait. Comme tant d’autres en ce moment.
Je vous ai dit que, au sein du DP, tous les élus sont titulaires. Vous voyez, nous avons déjà un peu avancé.
Considérez-vous la concurrence de Paulette Lenert comme une menace pour votre carrière politique ?
J’ai du respect pour tous ceux qui s’engagent en politique.
Bien que vous ne fassiez pas de la politique pour satisfaire votre ego, vous savez vous mettre en avant avec beaucoup d’habileté sur les réseaux sociaux. Xavier Bettel et Paulette Lenert font de même, tandis que d’autres membres du gouvernement se montrent un peu plus réservés. Les selfies quotidiens font-ils aujourd’hui partie intégrante de la vie politique, ou est-ce uniquement le fait de ministres qui n’ont rien à montrer sur le plan politique ?
C’est une question intéressante. Je suis inscrite sur Facebook depuis 2007. Depuis, je n’ai que très peu modifié mon comportement sur les réseaux sociaux, car en tant que ministre, je ne peux plus me permettre d’être aussi impertinente et directe. Sinon, rien n’a changé. Sauf que je me suis inscrite sur Instagram, car cette plateforme n’existait pas encore en 2007. J’étais déjà très active sur Facebook avant 2013. Je reste moi-même et je m’engage, que je sois ministre ou non. C’est important pour moi.
Vous voulez dire que vous étiez déjà la reine des selfies avant 2013 ?
Absolument. C’est prouvé. Mais je ne fais pas que des selfies.
Il lui arrive parfois de se faire prendre en photo par d’autres personnes.
Oui. Il m’arrive même parfois de publier des photos sur lesquelles je n’apparais pas. Mais cela arrive rarement.
Samedi, lors de son congrès, le DP élira une nouvelle direction. Avec Lex Delles (37 ans) à la présidence et Carole Hartmann (35 ans) au poste de secrétaire générale, ce sont deux personnalités politiques qui ont entre dix et quinze ans de moins que vous qui se présentent. Le DP a-t-il besoin de ce renouvellement générationnel ?
Un parti n’est pas une entité figée, il doit sans cesse se renouveler. Pour moi, deux mandats à la présidence du parti suffisent. C’est un travail très prenant.
Contrairement aux Verts et au LSAP, il n’y a pas de séparation entre le gouvernement et le parti au sein du DP. Cette concentration du pouvoir est-elle démocratique ?
L’année dernière, le LSAP a modifié ses statuts afin de permettre à un membre du gouvernement de devenir président du parti…
… dans le cadre d’une direction bicéphale avec un membre n’appartenant pas au gouvernement. Le LSAP n’a toutefois pas encore fait usage de cette possibilité.
Nos instances sont totalement démocratiques. La présence du président aux négociations gouvernementales est même un atout pour le parti.
Cela ne rend-il pas plus difficile pour les députés sans mandat de se démarquer sur le plan politique ?
Non, le Comité directeur compte de nombreux membres qui n’ont pas été élus. Il y en a aussi quelques-uns au Bureau exécutif. La politique, ça ne se fait pas pour soi-même. Si l’on veut faire de la politique, il faut bien sûr être élu.