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Institutions et démocratie 20 min de lecture

Je suis comme je suis (et personne ne peut me changer)

Dans cette interview*, le ministre d'État Xavier Bettel explique pourquoi le gouvernement n'est pas favorable au « fétichisme de la vaccination », par quels moyens il compte résoudre la pénurie de logements, ce que le Grand-Duc Henri venait réellement faire à Pékin et comment le DP se positionne en vue des élections.

Article paru dans Édition février 2022
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d’Land : Monsieur le ministre d’État, cela fera dix ans l’année prochaine que vous occupez vos fonctions. Ces dernières semaines ont été particulièrement éprouvantes : votre maison a été la cible de jets d’œufs, et certains veulent vous pendre sur le Rouder Bréck. Combien de temps encore comptez-vous endurer tout cela ?

Xavier Bettel : Nous avons transmis ces faits au parquet, qui doit désormais décider s’il y a lieu d’ouvrir une enquête. Ce n’est donc pas à moi de m’exprimer à ce sujet.

En fait, je voulais savoir combien de temps vous comptez rester Premier ministre.

Ah (rit). Ce sont les électeurs qui en décideront en 2023.

Vous allez vous représenter ?

C’est à mon parti d’en décider. En tout cas, je suis toujours aussi motivé, j’ai l’envie et l’énergie de continuer. Je suis disponible.

Votre ami et ancien vice-Premier ministre Étienne Schneider s’est retiré de la vie politique il y a déjà deux ans. En 2015, vous avez vous-même soutenu, lors du référendum, la limitation de la durée du mandat à dix ans. Cela ne vous empêche toutefois pas de continuer ?

Si 80 % des Luxembourgeois se prononcent contre la limitation du nombre de mandats, alors, en tant que démocrate, je soutiens cette décision. Si le résultat du référendum avait été moins sans équivoque, j’aurais peut-être hésité.

Dans les sondages, votre parti a perdu beaucoup de soutien depuis 2020, et vos résultats personnels ont déjà connu des jours meilleurs. Que ferez-vous si, en 2023, un gouvernement venait à se former sans le DP ?

Je n’ai jamais remporté un seul scrutin au cours des huit dernières années (rires). En politique, ce qui compte, c’est l’engagement, et non pas avant tout les postes. Là où l’on a besoin de moi, c’est là que je serai. La passion politique qui m’anime depuis mon enfance brûle toujours en moi.

Étienne Schneider a toujours affirmé qu’il ne dépendait pas de la politique, car il pouvait se consacrer à d’autres choses dans la vie. Vous-même avez déclaré en 2007 que vous souhaitiez vous accorder la liberté de pouvoir vous retirer à tout moment. Est-ce toujours le cas aujourd’hui ?

La loi prévoit que je ne peux rien faire d’autre que de la politique. Mais il existe bien sûr une vie en dehors de la politique. Je n’ai que des contrats à durée déterminée et mon employeur, ce sont les électeurs. S’ils renouvellent mon contrat, je continue ; s’ils me confient une autre mission, je m’en acquitte.

Cette affaire de plagiat vous a-t-elle porté préjudice sur le plan politique ?

Je ne m’en réjouis pas, je ne l’ai jamais caché. Je regretterais surtout que cette affaire nuise à la politique dans son ensemble et au monde universitaire. Certes, le DEA ne se limitait pas à la mémoire écrite, qui a d’ailleurs été notée « insuffisant ». J’en ai néanmoins tiré les conséquences et j’ai renoncé à mon diplôme. Cela ne m’a certainement pas renforcé sur le plan politique, mais je ne peux plus revenir sur ce qui s’est passé.

Ce plagiat vous a-t-il coûté toute chance de mener une carrière politique internationale ?

Je trouve ça plutôt sympa que les journalistes me prédisent une carrière européenne ou internationale, mais je suis Premier ministre du Luxembourg. Cette question ne se pose même pas aujourd’hui.

Si, pour quelque raison que ce soit, vous ne deviez pas être réélu, on a du mal à imaginer que vous repreniez votre activité d’avocat.

En 2013, j’ai appris qu’il ne faut jamais dire « jamais ».

Avez-vous été surpris que l’opposition n’ait pas exploité politiquement cette affaire de plagiat ?

Ce n’est pas à moi de commenter cela. C’était sa décision. J’en ai tiré les conséquences qui, à mon avis, s’imposaient.

Deux vice-premiers ministres socialistes ont déjà jeté l’éponge au cours de cette législature. Qu’en avez-vous fait ?

J’espère que non. Il s’agissait de décisions personnelles d’Étienne Schneider et de Dan Kersch, que je me dois de respecter. Personne ne les y a contraints. Il ne faut pas non plus oublier Romain Schneider. J’ai beaucoup apprécié de travailler avec eux, tout comme avec leurs successeurs.

Le ministre des Finances Pierre Gramegna, membre de votre parti, a lui aussi démissionné. Selon certaines sources, il se montrait parfois trop « social » à vos yeux et à ceux de Corinne Cahen en matière fiscale.

J’ai téléphoné à Pierre Gramegna au moins une à deux fois par semaine. Nous avons échangé très souvent. Je sais que beaucoup de choses sont dites, mais je sais aussi comment les choses se passent réellement. Entre
Pierre Gramegna et moi, il n’y a eu aucune désaccord. Dans une coalition, il faut bien sûr veiller à ce que toutes les sensibilités soient respectées, mais on ne peut pas dire que Pierre Gramegna ait été la conscience sociale du DP. On n’a pas besoin de donner de leçons au DP sur les questions sociales, et Pierre Gramegna ne l’a d’ailleurs pas fait.

La grande réforme fiscale a néanmoins échoué. N’était-ce pas aussi dû au fait que les trois partis n’ont pas réussi à s’entendre sur un projet commun ?

Rien n’est encore exclu. Un débat doit encore avoir lieu au Parlement et le gouvernement examinera ce qui est faisable. Mais à l’approche des élections, il ne faudrait pas que les partis se livrent à une surenchère et que nous mettions en péril l’avenir du pays. S’il reste une marge de manœuvre financière, des mesures supplémentaires seront prises, et les partis au pouvoir parviendront également à un accord, mais les dépenses liées à la crise du coronavirus ne figuraient pas dans l’accord de coalition.

Afin de se prononcer sur la question de la vaccination obligatoire, vous avez mis en place début janvier un conseil d’experts médicaux indépendants, qui estime que la meilleure solution consiste à rendre la vaccination obligatoire pour les plus de 50 ans et les professionnels du secteur des soins. Lors du débat au Parlement, vous avez déclaré que le gouvernement suivrait les recommandations du conseil d’experts et qu’il n’y avait pas d’autre alternative à cette position. Paulette Lenert s’est montrée un peu plus prudente. Elle a déclaré qu’une obligation vaccinale n’avait de sens que si elle permettait de mettre fin à la pandémie. Vendredi dernier, après le Conseil d’État, vous êtes quelque peu revenu sur vos propos : la position des experts ne semble désormais plus être la seule option possible. Qu’en est-il donc de la vaccination obligatoire ?

Une fois la pandémie terminée, nous n’instaurerons bien sûr pas de vaccination obligatoire. Nous ne sommes pas des fanatiques de la vaccination. Une vaccination obligatoire serait judicieuse pour l’automne et l’hiver prochains, afin d’éviter une saturation des lits d’hôpitaux et une augmentation du nombre de décès. Elle a pour but de nous offrir une sécurité. Je ne sais pas ce qui se passera l’automne prochain, mais tant qu’il n’est pas certain que nous ne serons pas confrontés à un nouveau variant, il est important de préparer dès maintenant une obligation vaccinale. Un projet de loi devrait être présenté d’ici trois mois au plus tard.

Avez-vous personnellement convoqué le comité d’experts ou cette décision a-t-elle été prise à l’unanimité par le gouvernement ?

Cette décision a bien sûr donné lieu à des débats, car l’obligation vaccinale ne figurait pas non plus dans l’accord de coalition. Chaque parti au pouvoir a son identité propre et ses sensibilités. Le dénominateur commun sur lequel nous avons pu nous mettre d’accord a été de convoquer le conseil d’experts, d’adopter ses conclusions et de les mettre en œuvre.

D’autres points de vue, tels que ceux exprimés par le Conseil d’éthique et la Commission des droits de l’homme, n’ont pratiquement pas été pris en compte lors du débat. Le gouvernement aurait-il dû se donner un peu plus de temps ?

Le débat se déroule en effet en deux phases. La première portait exclusivement sur la question purement scientifique de savoir s’il fallait ou non instaurer une obligation vaccinale, et si oui, pour qui. Seuls les spécialistes médicaux pouvaient y répondre. Vient ensuite la question de savoir quelle forme doit prendre l’obligation vaccinale et quels problèmes éthiques, sociaux et juridiques se posent encore. Nous sommes désormais « en plein cœur » de cette discussion.

Au lendemain du débat à la Chambre, l’infectiologue Gérard Schockmel a vivement critiqué la ministre socialiste de la Santé, Paulette Lenert, sur RTL Radio, lui reprochant de ne pas avoir mené le débat sur la vaccination obligatoire il y a déjà un an. En matière d’information sur les vaccins à ARNm, le ministère de la Santé aurait été « totalement inactif ». Ils sont restés les bras croisés sans rien dire. Pourquoi n’avez-vous pas pris la défense de votre vice-Première ministre et ministre de la Santé ?

Il s’agissait là des impressions personnelles du Dr Schockmel. Je ne sais pas quelle est la nature de ses relations avec la ministre de la Santé. Paulette Lenert a répondu par la suite qu’elle entretenait des échanges réguliers avec des chercheurs en médecine. Je ne sais pas avec qui Mme Lenert est en contact ni avec qui elle travaille au quotidien. C’est pourquoi je n’ai pas pu réagir.

Vous travaillez pourtant en étroite collaboration avec elle.

Au sein du Conseil d’État, nous nous écoutons les uns les autres et échangeons nos points de vue. Nous recevons également en permanence des retours de l’extérieur, notamment de l’université. Mais la situation a considérablement changé. Il y a un an, nous surveillions en permanence la charge virale dans les stations d’épuration, car nous savions que des taux d’infection élevés avaient un impact sur le taux d’occupation des lits d’hôpitaux. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Je ne veux pas paraître pessimiste, mais le virus ne disparaîtra plus jamais complètement. Nous devons simplement veiller à garder la situation dans les hôpitaux sous contrôle.

Ce que je voulais dire, en fait, c’est que le Dr Schockmel a tenu la ministre de la Santé pour responsable de décisions que c’est l’ensemble du gouvernement qui a prises, ou plutôt qui n’a pas prises. Pourquoi ne lui avez-vous pas fait remarquer cela ?

Le Dr Schockmel a avancé de nombreuses affirmations. Tout ce que je peux vous dire, c’est qu’il y a un an, la vaccination obligatoire n’était pas une priorité pour le gouvernement. C’est un fait. Il a évoqué ses expériences personnelles avec Mme Lenert. Je ne suis pas impliqué dans cette affaire et je ne peux donc pas m’exprimer à ce sujet.

La semaine dernière, le Dr Schockmel s’est à nouveau exprimé sur le plan politique lorsqu’il a reproché sur RTL aux « représentants élus des professions de santé et des institutions où sont pris en charge les personnes vulnérables », en raison de leur position critique à l’égard de la vaccination sectorielle et de leur soutien à une obligation vaccinale générale, les accusant de « clientélisme » et leur attribuant la responsabilité principale de la division de la société. Gérard Schockmel va-t-il devenir ministre fantôme du DP chargé de la Santé ?

D’après ce que je sais, le Dr Schockmel n’est membre d’aucun parti ; il n’exprime que son opinion personnelle.

Le fait de ne pas être membre d’un parti n’a encore empêché personne de devenir ministre.

Je suis heureux que nous vivions dans un pays où l’on peut exprimer librement son opinion.

Pour lutter contre la pandémie et la crise climatique, le gouvernement suit les recommandations des chercheurs. Pourquoi n’en fait-il pas de même pour la crise du logement ?

J’ai été élu pour la première fois au Parlement il y a 23 ans. Depuis lors, nous discutons de la mise en place d’une taxe sur les logements vacants et les terrains à bâtir inutilisés, ainsi que de la réforme de l’impôt foncier. Ces mesures sont désormais mises en œuvre. Ceux qui pensent pouvoir résoudre d’un coup de baguette magique l’ensemble des problèmes liés au logement se trompent. Tous les rouages doivent s’engrener : les communes, les promoteurs immobiliers et l’État. Nous essayons de construire autant que possible, mais le Luxembourg est tellement attractif que les prix des logements et des terrains à bâtir continuent d’augmenter. Il s’agit d’une tendance mondiale que l’on observe dans de nombreuses villes.

Mais la forte demande n’est pas le seul problème. Une récente étude de Liser a montré que l’État soutient bien davantage les propriétaires riches que les locataires pauvres. Dans un État social, ce devrait pourtant être exactement l’inverse. N’est-ce pas un scandale ?

Ce qui n’est pas construit, nous ne pouvons pas le louer. L’État s’emploie en effet à construire davantage, et nous mettons un frein à cette pratique de longue date qui consiste à réaliser des bénéfices sur des logements subventionnés par l’État. Henri Kox et Taina Bofferding présenteront de nouveaux projets de loi dans les mois à venir. Je ne souhaite pas m’avancer sur ce sujet pour l’instant.

Les inégalités sociales n’ont cessé de s’accentuer ces dernières années, et les coûts du logement y sont pour une part importante. Ne faudrait-il pas réduire les nombreux avantages fiscaux accordés aux investisseurs et aux propriétaires fortunés, et investir cet argent dans la construction de logements sociaux ?

C’est exactement ce que nous faisons. Le Statec a démontré que, contrairement à toutes les prévisions, les inégalités sociales ne se sont pas creusées davantage pendant la pandémie. Avec le « Revis » et l’allocation de compensation du renchérissement, nous avons pris des mesures en faveur des plus démunis. Je sais à quel point la vie est difficile au Luxembourg en raison du coût élevé de la vie ; c’est pourquoi nous avons essayé non seulement de gérer la pauvreté, mais aussi de sortir les gens de la pauvreté. On me reproche que notre salaire minimum serait trop élevé et que notre indexation des salaires serait erronée. « Mais si ! Ces deux mesures sont justifiées », leur réponds-je. Mais on me reproche alors que certaines entreprises préfèrent s’implanter à l’étranger à cause de cela. Nous devons trouver un équilibre. En tant que Premier ministre, je suis d’avis que les gens doivent profiter de la richesse que nous créons.

Depuis 2013, le risque de pauvreté est passé de 15,9 % à 17,4 % et se situe désormais au-dessus de la moyenne de l’UE. En tant qu’ancien assesseur chargé des affaires sociales, cela ne devrait-il pas vous inquiéter ?

Le principal problème réside dans le coût élevé du logement. Grâce au changement de paradigme que nous avons amorcé, cela devrait, espérons-le, changer dès cette année.

En 2019, vous étiez encore opposé à une taxe sur la spéculation foncière, mais en 2021, vous avez annoncé dans votre discours sur l’état de la nation que Pierre Gramegna et Taina Bofferding allaient élaborer un projet de loi en ce sens. Pierre Gramegna n’est plus là. L’impôt sur la spéculation sera-t-il tout de même mis en place au cours de cette législature ?

Je n’ai pas dit cela en 2019. J’ai toujours été le seul au sein de mon parti à être favorable à une taxe sur les logements vacants.

Pour les logements vacants, oui, mais pas pour les terrains à bâtir inutilisés.

Il y a une différence entre posséder un terrain sur lequel on peut construire un logement et posséder des champs entiers sur lesquels on peut en construire 100. En matière de fiscalité, il faut trouver le juste équilibre. Nous instaurons également une obligation selon laquelle les terrains nouvellement classés comme terrains à bâtir doivent être construits dans un délai déterminé. Et nous allons accélérer les procédures. Tout cela n’existait pas auparavant. Le plan du gouvernement nous permettra de construire davantage et plus rapidement, afin que les prix baissent.

La taxe sur la spéculation sera-t-elle mise en place avant la fin de cette législature ?

Nous nous sommes engagés à élaborer un ensemble de mesures dont la taxe sur la spéculation pourrait constituer un élément. Nous avons en tout cas pour ambition de présenter un projet de loi avant la fin de l’année.

Selon l’OCDE, le Luxembourg n’a consacré en 2019 que 21,6 % de son produit intérieur brut aux dépenses sociales. Il se situe ainsi loin derrière ses pays voisins, la France (31 %), la Belgique (28,9 %) et l’Allemagne (25,9 %), et ne dépasse que légèrement la moyenne de l’OCDE…

Je dispose d’une autre étude. La part des dépenses sociales dans le budget de l’État s’élève à près de 50 %. Il existe une différence entre les chiffres absolus et la part du PIB. En termes de dépenses totales par habitant, le Luxembourg occupe la première place.

Par rapport à ce que chaque citoyen génère, les dépenses sociales restent toutefois modestes.

Je dois aussi pouvoir construire des infrastructures, des écoles et des hôpitaux ; j’ai besoin d’un État qui fonctionne, d’une police et d’un service de pompiers. Je ne sais pas si beaucoup de pays consacrent 50 % de leur budget total aux dépenses sociales.

La hausse des prix de l’énergie et l’inflation risquent d’aggraver encore la pauvreté. Que fait le gouvernement pour y remédier ?

Malheureusement, le journal « d’Land » paraît le vendredi et demain (N.d.R. : mercredi) aura lieu le débat sur le pouvoir d’achat à la Chambre des députés. Transports gratuits, Revis, prime de vie chère, garde d’enfants gratuite et repas de midi gratuits : toutes ces mesures portent leurs fruits, et cela se voit. Yuriko Backes expliquera aux députés quel a été l’impact de ces prestations en nature. Lorsque nous réagissons à la hausse des prix de l’énergie, nos réponses doivent tenir compte de manière durable de la situation géopolitique spécifique à l’origine de cette hausse.

Quelles sont donc les mesures concrètes prévues par le gouvernement à cet égard ?

Le débat aura lieu demain à l’Assemblée et Yuriko Backes y présentera des propositions (N.d.r. : voir p. 10).

Les élections régionales auront lieu l’année prochaine. Le premier objectif du DP est sans aucun doute de reconquérir le siège du centre-ville, que le parti a perdu en 2018.

J’espère que le DP a d’autres ambitions que celle de reconquérir ce siège. J’espère qu’il parviendra, grâce à son programme électoral, à recueillir le plus large soutien possible.

Au centre, votre parti pourrait se présenter avec quatre candidats et candidates de premier plan : vous, Corinne Cahen, Lydie Polfer et Yuriko Backes. Tout ne peut donc que bien se passer.

Je n’ai jamais fait de pronostics avant le soir des élections, c’est pourquoi je n’ai jamais eu de mauvaises surprises. Pour moi, l’important est que le DP dispose de candidats solides et d’un bon programme.

Corinne Cahen se présentera-t-elle aux élections municipales pour devenir la nouvelle maire de la ville de Luxembourg ?

Pour l’instant, Corinne Cahen est encore ministre et, pour l’instant, elle n’a pas l’intention de démissionner. Si elle souhaite se présenter, c’est sa décision, et celle de la section de la capitale.

Vous en êtes membre, n’est-ce pas ?

Mais je ne siège pas au conseil municipal et je ne me présenterai pas non plus aux élections municipales ; je dois malheureusement vous décevoir sur ce point.

Qu’adviendra-t-il alors de Lydie Polfer ?

Il faudrait poser cette question à Mme Polfer. Je peux seulement vous dire que Mme Polfer et Mme Cahen sont toutes deux indispensables partout, non seulement au sein du parti, mais aussi en raison du travail qu’elles accomplissent.

Souhaitez-vous, avec Yuriko Backes, proposer une alternative libérale à Paulette Lenert pour le district du Centre ?

Avec Yuriko Backes, j’ai recruté une personne qui accomplit son travail avec énergie, minutie, sérénité et diplomatie. Je n’ai pas prêté attention au quartier où elle habite. J’ai également recruté Pierre Gramegna en 2013 sans savoir qu’il habitait à Esch-sur-Alzette.

Dans le district sud, le DP a perdu deux personnalités politiques très appréciées : Pierre Gramegna et Eugène Berger. Avez-vous déjà trouvé des remplaçants ?

Ces pertes ne seront certainement pas faciles à compenser. Nous avons dans le sud des personnalités influentes à l’Assemblée et, avec Claude Meisch, un membre du gouvernement. Je ne peux toutefois pas encore dire comment le parti va se positionner.

Qui sera le nouveau maréchal de la cour ?

Je vais rencontrer le Grand-Duc dans les prochains jours afin que nous puissions examiner ensemble les candidatures.

Il est probablement encore à Pékin en ce moment. Aucun représentant du gouvernement ne se rend aux Jeux olympiques d’hiver, contrairement au chef de l’État. Avait-il reçu un mandat à cet effet ?

Il est probablement en train de rentrer en avion. Il a été invité, en tant que membre du Comité international olympique, à participer à l’assemblée générale de celui-ci. Il a discuté des autres points avec le ministre des Affaires étrangères Jean Asselborn ; je pars donc du principe qu’il défendra, en matière de protection de l’environnement et de droits de l’homme, les positions que nous défendons nous aussi.

Il a été reçu par le président chinois Xi Jinping et s’est entretenu avec lui au sujet de l’Ukraine. Il a également participé à un banquet en présence de Vladimir Poutine. Cela ressemble davantage à une visite politique du chef d’État qu’à une mission sportive.

Le Grand-Duc Henri possède en effet ces deux qualités, mais c’est en tant que membre du CIO qu’il s’est rendu à Pékin. Aucun représentant du gouvernement n’était présent et Jean Asselborn a longuement expliqué ces dernières semaines ce qu’il pensait d’un boycott des Jeux olympiques.

Le Luxembourg était, avec la Pologne, le seul pays de l’UE à avoir été reçu par le président chinois. Le Luxembourg a-t-il empêché l’adoption d’une position européenne commune sur la question d’un éventuel boycott diplomatique des Jeux olympiques d’hiver ?

Non. Chaque pays était libre de prendre sa propre décision. Le grand-duc Henri est membre du CIO depuis des décennies et c’est à ce titre qu’il s’est rendu en Chine. Cela dit, je pense – et vous allez certainement me poser une autre question sur la Russie – qu’il faut dialoguer entre nous plutôt que de simplement parler les uns des autres.

En fait, je ne comptais plus vous poser de questions sur la Russie, car il semble que ce soit le grand-duc qui soit chargé des affaires géopolitiques.

Je ne sais pas de quoi il a discuté avec M. Poutine (rires).

Peut-être plutôt une question d’ordre personnel. Romain Hilgert écrivait en 2013 dans le journal *Der Land* : « Le capital politique de Bettel, qui fêtera ses 40 ans le mois prochain, réside dans son charme toujours juvénile et son grand sens du divertissement ». L’année prochaine, vous aurez 50 ans. Votre capital politique s’est-il accru depuis que vous êtes ministre d’État ?

Même à presque 50 ans, je n’ai pas perdu ma joie de vivre, mon énergie ni ma passion. Chacun peut me décrire comme il l’entend, mais je suis comme je suis, et personne ne peut me changer. Pendant mon enfance, ma mère a essayé de tempérer certains de mes traits de caractère, mais elle n’y est pas toujours parvenue. Mon mari Gauthier s’y essaie aussi de temps en temps. Mais je ne peux pas changer. Il ne s’agit pas de plaire aux gens, mais de faire mon travail.

*L’entretien avec le ministre d’État a eu lieu le mardi 8 février 2022,
à 16 heures