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Institutions et démocratie 10 min de lecture

C’est quand même joli

Le congrès du LSAP a mis en scène la confirmation de Paulette Lenert en tant que tête de liste. Ses motivations socialistes restent floues, mais cela n'a pas d'importance

Article paru dans Édition juillet 2023
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C’est quand même joli
« Paulette, reste comme ça. Tu es parfaite », a dit Alex Bodry © PF

Dimanche, lors du congrès national du LSAP, 225 des 226 délégués ont voté en faveur de Paulette Lenert comme tête de liste nationale pour les élections à la Chambre du 8 octobre. La salle du centre culturel « An der Eech » de Leudelingen était plongée dans la pénombre, tandis qu’une musique dramatique et grandissante résonnait dans les haut-parleurs. Un film était projeté sur scène, montrant Paulette Lenert s’avançant vers son public avec un sourire charmeur. « Paulette ! Paulette ! Paulette ! », s’est mis à scander le congrès. Comme pour encourager la ministre de la Santé dans la « dernière ligne droite » dont elle avait souvent parlé lors de ses conférences de presse sur le coronavirus. Pour rassurer les gens et leur faire comprendre qu’ils étaient entre de bonnes mains avec elle, jusqu’à ce que tout revienne à la normale.

Il est fort possible que cette mise en scène ait contribué à lui assurer un tel succès. 225 sur 226, cela fait 99,55 %. C’est plus que les 99,2 % obtenus il y a dix ans par Etienne Schneider, lorsqu’il a eu l’audace de se présenter contre Jean-Claude Juncker et qu’il a ainsi mobilisé le parti en mettant fin à toute modestie. Lors du vote sur la candidature de Schneider, le 16 juillet 2013, 55 délégués s’étaient abstenus. Personne ne s’est abstenu pour Paulette Lenert.

L’objectif principal du congrès était de lui assurer le plus large soutien possible. Un score inférieur à 90 % n’aurait pas été de bon augure. La direction du parti espère que le capital de sympathie que la ministre de la Santé a su accumuler pendant la pandémie de Covid-19 continue de jouer en sa faveur en tant que tête de liste. Même si le ministre des Affaires étrangères, Jean Asselborn, l’a détrônée de la première place du classement de popularité dans le dernier sondage Politmonitor. « Paulette, reste comme tu es, tu es parfaite telle que tu es ! Avec ton charme… », a bien résumé Alex Bodry, visiblement ému, après le vote de dimanche, exprimant ainsi les attentes placées en elle. Etienne Schneider avait été le fonceur qui, en 2013, avait promis de moderniser l’État du CSV et ne voyait pas d’un mauvais œil que le président du DP de l’époque, Xavier Bettel, le qualifie de « socio-libéral » qui aurait tout aussi bien pu être membre du DP (d’Land, 20 septembre 2013). En 2018, il a approuvé un changement de cap tactique initié par l’aile gauche du parti, qui a relancé le progrès social comme programme politique du LSAP. Paulette Lenert, en revanche, s’est jusqu’à présent surtout mise en avant, « anescht » justement. Le 8 octobre, elle devrait, aux côtés du LSAP, courtiser les classes moyennes et, forte de son empathie maternelle, viser également le poste de Premier ministre.

Pourtant, la base du parti se demande bel et bien quelle ligne politique elle défend. Au plus tard depuis qu’elle a déclaré à RTL, le 4 janvier, qu’elle était « favorable à une discussion sur la question de savoir si et comment on peut repenser l’instrument de l’indice ». Or, elle venait tout juste d’être nommée vice-Première ministre du parti, qui se considère depuis 50 ans comme le garant de l’index. Peut-être la direction du parti a-t-elle voulu éviter tout faux pas dimanche, lorsqu’elle a décidé de confier à d’autres la présentation principale du programme électoral lors du congrès. Ce n’est qu’au cours des 40 dernières minutes que Paulette Lenert est intervenue dans ce cadre d’argumentation politique. Il est encore plus probable que tout cela n’ait été qu’une mise en scène. Au cours des deux dernières années, la direction du parti ne s’était pas offusquée que Mme Lenert se montre réticente à préciser si elle se présenterait ou non comme tête de liste. Tant qu’elle restait la personnalité politique la plus populaire du pays, cela entretenait le suspense parmi l’électorat. Son « ech si prett » lors de la réception du Nouvel An du LSAP, le 20 janvier, s’imposait, car la grande année électorale avait commencé et Xavier Bettel s’était présenté trois semaines plus tôt comme tête de liste du DP. Une décision du CSV était également attendue. Après le 20 janvier, on n’a plus beaucoup entendu parler d’elle sur le plan politique. L’OGBL lui a reproché ses déclarations sur l’indice et espérait qu’elle « ferait le point sur elle-même pour repenser ses positions » (d’Land, 3 février 2023). En effet, elle s’est largement fait discrète. Ce qui ne lui a finalement coûté que quatre points de popularité. Cette hésitation persistante a trouvé dimanche une issue émotionnellement libératrice. Jusque-là, le message « Notre candidate de tête » s’affichait sans cesse sur l’écran du centre culturel de Leudelingen. C’était tout de même un peu ridicule.

Le tandem de présidents du parti, Francine Closener et Dan Biancalana, a clairement indiqué la voie à suivre. « Sans le LSAP, il n’y aurait pas de progrès social ! », s’est exclamée Mme Closener devant l’assemblée, ouvrant ainsi le congrès. M. Biancalana a ajouté : « Alors que d’autres pensent devoir se soucier des patrons, nous nous soucions des travailleurs. » Pas de médecine à deux vitesses, pas de système scolaire à deux vitesses. « Pas de démantèlement de l’indice. » Le logement est un droit fondamental ; il faut investir massivement dans les logements sociaux. Dan Biancalana a démoli les promesses fiscales de Luc Frieden. « Les derniers à avoir testé la recette de Luc Friedens, ce sont les Anglais. Vous vous souvenez de Liz Truss ! » Avec le LSAP, cela n’arrivera pas. Biancalana a promis : « On est quand même pas mal ! »

Pour autant, le programme électoral du LSAP ne met pas en avant son répertoire politique traditionnel. Il privilégie au contraire une approche transversale axée sur l’égalité des chances, l’inclusion et la participation dans une société moderne et multiculturelle, qui promet à la jeune génération un avenir digne d’être vécu (voir l’article ci-contre). Néanmoins, Flore Schank, tête de liste pour le Nord aux côtés de Claude Haagen, et Ben Streff, tête de liste pour l’Est aux côtés de Paulette Lenert et directeur de campagne du parti, ont eux aussi particulièrement mis l’accent sur les questions sociales lorsqu’ils ont énuméré les axes prioritaires du programme : « Ne touchez pas à l’indice et au droit de grève. » Le système des conventions collectives doit être renforcé et développé ; le salaire minimum doit augmenter de 100 euros nets au 1er juillet 2024, comme il l’avait déjà été au 1er juillet 2019 à l’initiative d’Etienne Schneider. Ils ont également mentionné que le LSAP prônait un abaissement de l’âge électoral à 16 ans sur une base volontaire, le renforcement du CGDIS et la mise en place d’une « véritable vision » en matière de mobilité. Mais les annonces de ce type étaient minoritaires par rapport aux mesures socialement plus explicites. Une « taxe sur les robots », dont les recettes seraient affectées à la caisse de retraite. La réforme fiscale qui « redistribue l’argent depuis là où il se trouve, vers le bas et vers le centre », comme l’a formulé Streff. Et la réduction du temps de travail : « Soit nous attendons encore 20 à 30 ans qu’elle se fasse d’elle-même, soit nous la mettons en place. C’est pourquoi : semaine de 38 heures et six semaines de congés dans le secteur privé. »

Le fait que la direction du parti ait mis l’accent sur les questions sociales lors du congrès visait à convaincre les délégués sceptiques, sans pour autant déboucher sur des résolutions trop radicales. Les Jeunes socialistes ont obtenu du congrès une modification du programme électoral stipulant que le LSAP « ne s’oppose pas à l’analyse » d’une réintroduction de l’impôt sur la fortune. Dan Kersch, membre de l’aile gauche du parti qui présidait la commission chargée de la résolution sur le programme électoral, a justifié cette position défensive en ces termes : « Nous ne fuyons pas les défis, nous n’arrivons pas avec des recettes toutes faites. »

En effet, pour le LSAP aussi, l’enjeu est de pouvoir former une coalition après le 8 octobre. Ses « lignes rouges » semblent être l’Index et un système de santé financé de manière solidaire, avec l’affiliation obligatoire des prestataires à la CNS et un catalogue de prestations identique pour tous. Mais personne n’a explicitement évoqué de lignes rouges à Leudelingen. Et s’il est manifestement imprudent, comme le montre la situation des Verts, de donner ne serait-ce que l’impression d’être un « parti de l’interdiction », le LSAP ne souhaite pas non plus prendre ce risque : le congrès a rejeté la proposition des Jeunes socialistes visant à interdire la location d’appartements mal isolés thermiquement, comme cela devrait être le cas en France. À la place, des mesures incitatives seront mises en place pour encourager les propriétaires à rénover leurs logements. En revanche, le LSAP souhaite interdire les vols privés vers des destinations accessibles en trois heures en train. Le coût politique de cette mesure devrait rester modéré, les propriétaires d’avions privés n’étant généralement pas enclins à soutenir le LSAP.

Dans son discours de candidature devant le congrès, la tête de liste désignée n’a guère eu d’autre choix que d’assembler divers mots-clés pour former un tout. Elle l’a parfois présenté sous un angle très socialiste. Il faudrait réduire le temps de travail, car « ceux qui travaillent ne reçoivent pas assez par rapport à ceux qui profitent du système ». La prospérité doit être « répartie », et non pas simplement redistribuée. Elle a reçu de longs applaudissements pour sa promesse qu’avec les socialistes, il n’y aurait pas de médecine à deux vitesses, que le LSAP « ne jetterait pas notre système à la poubelle » et ne se laisserait pas « aveugler par les lobbyistes ». Mme Lenert a également annoncé que, la construction de logements étant une « priorité nationale », le LSAP veillerait à ce que « 25 % des logements locatifs passent entre les mains des pouvoirs publics ».

Avant que Lenert et les autres candidats ne se laissent photographier avec des paquets rouges portant le slogan « Mir si prett, mir liwweren », le chancelier allemand du SPD, Olaf Scholz, a affirmé dans une vidéo : « C’est vrai, c’est ce que fait le LSAP ». Cependant, il n’a fallu mardi qu’une simple interview à la radio à sa tête de liste pour semer à nouveau le doute sur ses motivations socialistes et celles de son parti. Sur la station 100,7, elle n’a plus associé la réduction du temps de travail à la répartition des gains de productivité, mais à la prévention du surmenage et à la compétitivité du Luxembourg en matière d’« attraction des talents ». À la question de savoir si une semaine de 38 heures devait être inscrite dans la loi, elle a répondu « en général, oui », mais « la logique automatique est une fausse logique ». Le droit du travail offre déjà « beaucoup de flexibilité » pour une réduction de deux heures. Elle se dit « surtout intéressée par la mise en place, via des projets pilotes, d’une base factuelle démontrant qu’il est possible d’aller encore plus loin ». Pour le LSAP, la ligne rouge est « que ce dossier avance ».
Aucune coalition avec le LSAP ne capotera donc sur la question de la réduction du temps de travail.