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Institutions et démocratie 4 min de lecture

Innover ou se laisser distancer

Mardi, le groupe parlementaire du CSV a organisé une rencontre autour du thème « L'importance de l'IA pour le Luxembourg » à l'hôtel Mama Shelter, situé au cœur du Kirchberg. À qui le CSV s’adressait-il ? À une…

Article paru dans Édition mai 2026
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Le CSV en dialogue avec son électorat © Photo : Sven Becker

Mardi, le groupe parlementaire du CSV a organisé une rencontre autour du thème « L’importance de l’IA pour le Luxembourg » à l’hôtel Mama Shelter, situé au cœur du Kirchberg. À qui le CSV s’adressait-il ? À une communauté internationale d’expatriés sans droit de vote ? En tout cas, le public était composé majoritairement d’hommes luxembourgeois de plus de 40 ans et d’une minorité anglophone issue du secteur des technologies.

Pour lancer la soirée, le CSV a diffusé une enquête réalisée auprès de passants dans la zone piétonne, dans laquelle la Génération Z et les Millennials ont pu s’exprimer. Un jeune homme a estimé que l’utilité de l’IA pour l’humanité dépendait de la manière dont elle était utilisée, « mais en général, l’humain n’utilise pas très bien ses outils ». « La façon dont on consomme l’eau est un sujet délicat », a déploré une jeune femme, tandis qu’une autre a ajouté : « Ça me fait un peu peur. » Contrairement à aujourd’hui, au lycée, elle « utilisait encore toute sa tête ». Chez les jeunes, l’enthousiasme pour l’IA semble globalement rester modéré, comme l’a récemment illustré une étude Gallup : seuls 18 % de la génération Z se disent confiants, « tandis que la colère (31 %) a augmenté et que la peur (42 %) est restée inchangée ».

De quel côté s’est rangé le public du Mama Shelter ? Au cours de la séance de questions-réponses, un « senior du CSV » a appelé à la solidarité intergénérationnelle : « L’IA ne paie ni impôts, ni cotisations sociales », et sa soif d’énergie est telle qu’on en vient désormais à réclamer un retour au « charbon, au gaz ou au nucléaire ». Une autre personne a demandé pourquoi une entreprise américaine devait s’implanter à Bissen et pourquoi aucun pôle technologique européen ne voyait le jour. Une jeune femme a quant à elle estimé qu’il existait encore « d’incroyables opportunités pour valoriser les talents » des femmes dans le secteur des technologies. Du côté des seniors, certains ont estimé que l’IA risquait de mettre un terme à la vague d’embauches dans la fonction publique. Ce dernier sujet, ainsi que les aspects environnementaux, n’ont toutefois guère été abordés mardi, car la ministre de l’Environnement et de la Fonction publique, Serge Wilmes (CSV), s’était fait excuser, invoquant des « problèmes de santé ».

Le discours des députés du CSV et des membres du gouvernement présents allait surtout dans un sens : « Il ne faut pas perdre de temps ; même si nous sommes actuellement en tête au niveau mondial, l’objectif est de rester en tête », a souligné d’emblée la députée du Centre, Diane Adehm. Son collègue Laurent Mosar partage cet avis : « Pour commencer, l’IA offre énormément d’opportunités. » Dans dix ans, la crainte de l’IA sera « surmontée », a estimé la ministre de la Justice Elisabeth Margue ; l’IA ne supprimera pas d’emplois, bien au contraire, nous aurons « véritablement intégré l’IA dans notre quotidien et augmenté notre productivité ». Maurice Bauer (CSV) a déclaré à la fin de la table ronde : « Je constate que nous avons tous une attitude positive vis-à-vis de l’IA. » Il a ensuite cédé la parole au Premier ministre Luc Frieden. En fin d’après-midi, le CSV a obtenu de mauvais résultats dans le Sonndesfro ; si des élections avaient eu lieu cette semaine, il aurait perdu six sièges au Parlement. C’est alors que la voix de Frieden l’a trahi pendant son discours d’ouverture. Maurice Bauer lui a apporté un verre d’eau. Le Premier ministre a ensuite pu délivrer son message : pour « renforcer » le Luxembourg – tant sur le plan économique que sur celui de la cohésion sociale –, l’IA joue un rôle important. Puis il a prononcé une phrase qui révèle pourquoi le gouvernement et l’élite économique s’expriment (à juste titre) avec tant d’empressement sur l’IA : pour le Premier ministre Frieden, il s’agit d’une question de « survie » dans un contexte de forte pression concurrentielle de la part des États-Unis et de la Chine. En début d’après-midi, Frieden avait déjà annoncé sur LinkedIn : « Innovate or fall behind ». Il s’agit désormais de « préparer les gens aux nouveaux métiers » et de les « sensibiliser ». Mais l’Europe devrait surtout se préoccuper de savoir où se développent des centres de données performants.

Un fossé se creuse entre l’élite politique et économique, d’une part, et la population en général, d’autre part, en ce qui concerne les attentes vis-à-vis de l’IA.