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Institutions et démocratie 9 min de lecture

Indépendant et informatif

70 ans après sa création, le principe fondamental d'indépendance politique du Land n'a pas changé. L'approche des Lumières s'est consolidée au cours des 20 dernières années

Article paru dans Édition décembre 2023
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Il y a 70 ans, lorsque Carlo Hemmer a publié le premier numéro de l’hebdomadaire qu’il avait fondé, la rédaction ne comptait que deux personnes. Aujourd’hui, la rédaction compte onze collaborateurs : huit journalistes, dont un photojournaliste, un graphiste, une collaboratrice chargée de l’administration et un directeur général.

Une transformation considérable. Mais au cours des sept décennies de son existence, le pays n’a cessé de se renouveler et de se réinventer. Sa création, dans les années 1950, visait à s’opposer au monopole de l’opinion exercé par les journaux des partis. Après la Seconde Guerre mondiale, la presse libérale s’était réduite au Lëtzebuerger Journal, dont l’influence sociale n’était toutefois pas comparable à celle des journaux libéraux du XIXe siècle et de l’avant-guerre (d’Land, 9 janvier 2004) et qui, en tant que journal du DP, s’inscrivait dans le cercle des journaux de parti. Le d’Letzeburger Land, comme on l’appelait à l’époque selon l’orthographe d’alors, ne devait pas seulement se situer au-dessus d’eux. Plutôt de gauche sur le plan culturel, il devait offrir aux intellectuels un forum de débat. Contribuant à la modernisation de la société et adoptant une ligne libérale en matière économique, la création du Land servait les intérêts de l’industrie. Carlo Hemmer était secrétaire général de la Fédération des industriels (Fedil). Les barons de l’acier Felix Chomé et Tony Neumann ont contribué au financement de la création du journal. Dans ses articles, Hemmer défendait la « compétitivité » comme une « vérité fondamentale » (d’Land, 20 décembre 2013).

On ne sait pas avec certitude dans quelle mesure le journal a contribué, dans les années 70, à ouvrir la voie à la coalition socio-libérale. Le fait qu’il y ait contribué relève peut-être du mythe, mais c’est un mythe qui a été volontiers colporté jusque dans les années 90. Quoi qu’il en soit, Léo Kinsch, devenu en 1958 le nouveau propriétaire, éditeur et rédacteur en chef du Land, a tenté, par le biais de ce journal, d’exercer une influence sur la politique et non pas seulement de l’analyser. Après son décès en 1983, le Land s’est peu à peu transformé en un « journal d’auteur ». Non seulement dans le forum ouvert au débat, dont la rubrique portait d’ailleurs ce nom, mais également dans sa partie rédactionnelle ; surtout dans les années 90. Après la fin de la Guerre froide, dont le modèle occidental de démocratie parlementaire et d’économie de marché semblait être sorti vainqueur, les occasions de confrontation entre les journaux des partis luxembourgeois se firent plus rares. La radio et la télévision fournissaient de plus en plus d’informations. Et ce qui n’avait pas eu lieu depuis des décennies se produisait désormais : la création de nouveaux journaux et magazines, dans un contexte où la société luxembourgeoise était devenue plus diversifiée sur les plans social, culturel et linguistique. La presse hebdomadaire s’est enrichie des titres Télécran, Den neie Feierkrop, Contacto, Correio, GréngeSpoun (devenu plus tard Woxx) et Le Jeudi, tandis que la presse quotidienne a vu naître La Voix du Luxembourg et Le Quotidien.

La volonté de faire de la politique avec le *Land* avait cédé la place à la description et à l’analyse de la politique. Un pluralisme interne frappant régnait dans les pages du *Land* : les analyses et les commentaires sur la politique et l’économie allaient du marxisme à l’ordolibéralisme. La rubrique culturelle était de gauche, comme à l’époque de sa fondation. Jusqu’au tournant du millénaire, la ligne éditoriale du *Land* consistait à laisser s’exprimer la diversité des attitudes, des opinions et des points de vue des rédacteurs et rédactrices. Le Premier ministre du CSV, Jean-Claude Juncker, avait déclaré dans une interview à l’occasion du 50e anniversaire de la fondation du *Land* que la rédaction représentait parfois « deux points de vue opposés au sein d’un même numéro ». Ce qui constituait une « manière intelligente » d’aider les lectrices et lecteurs à se forger leur propre opinion (d’Land, 9 janvier 2004).

La diversité de ce journal reposait sur l’indépendance de la rédaction et sur la tradition de faire confiance aux journalistes. Afin de garantir à long terme l’indépendance politique et économique du Land, le capital de la société d’édition Éditions d’Letzeburger Land s.à r.l. avait été transféré, au début des années 1990, à la Fondation d’Letzeburger Land, une fondation d’utilité publique. La fondation détenait initialement 85 %, puis 100 % des parts de la maison d’édition du Land.

Si les changements apportés au contenu s’étaient opérés progressivement et en réaction aux évolutions de la société, du paysage médiatique et des discours politiques, trois innovations, que les lecteurs et lectrices ont immédiatement remarquées, ont également vu le jour dans les années 90.

En 1997, la rédaction a commencé à collaborer avec le photographe Martin Linster, un photographe d’auteur au style bien personnel, qui allait non seulement marquer la photographie dans le pays jusqu’en 2010, mais aussi fonder une tradition perpétuée après lui par Patrick Galbats, puis aujourd’hui par Sven Becker. En 1999, elle a également aidé la maison d’édition et la rédaction à prendre conscience qu’elles avaient négligé la présentation du journal. Cela a conduit, mi-1999, à la première grande refonte de la mise en page depuis la création du journal en 1954. La nouvelle maquette, conçue par le graphiste Tom Gloesener, présentait une mise en page « plus aérée », qui conférait au Land une touche d’élégance et accordait une plus grande importance aux photos. Si la rédaction du *Land* a aujourd’hui pour ambition d’offrir à ses lectrices et lecteurs chaque vendredi un journal « intelligent et élégant », c’est à la réforme de la mise en page de 1999 qu’elle doit son origine.

Le magazine « Land » a été mis en ligne en même temps que sa nouvelle mise en page. Son site web, land.lu, proposait dans un premier temps surtout un aperçu du contenu du numéro en cours et certains articles dans leur intégralité. Les articles archivés depuis lors dans la base de données de land.lu constituent la base d’un fonds d’archives qui ne cesse de s’enrichir de semaine en semaine. À l’heure actuelle, il compte 17 469 articles.

À partir de la seconde moitié des années 2000, la rédaction de *Land* a renforcé et consolidé son approche éclairante, qui consiste, à travers son journalisme, à montrer les choses telles qu’elles sont et à les commenter. Elle s’était également rajeunie et féminisée. Mettre en avant le caractère unique du Land et vouloir offrir un journalisme de qualité constituait également une réponse ciblée aux problèmes auxquels la presse écrite luxembourgeoise était globalement confrontée : le marché publicitaire en recul depuis 2008. Avec l’avènement du journalisme en ligne, qui, dans ses premières années, avait suscité l’espoir qu’il serait gratuit, ce qui signifiait une rémunération bien moindre pour le travail journalistique. Dans le même temps, la presse politique s’est progressivement effacée, la profession de journaliste s’est professionnalisée et les médias dans leur ensemble sont devenus plus compétitifs. Des titres tels que *Le Jeudi* et *La Voix du Luxembourg* ont cessé de paraître.

Le passage au grand format nord-allemand fin juin 2012 a constitué une nouvelle réinvention. Il a été conçu, tout comme celui de 1999, par le graphiste Tom Gloesener. À proprement parler, il s’agissait du troisième changement de format depuis la création du Land en 1954. Chaque changement d’imprimerie s’accompagnait d’un changement de format. Ce sont les rotatives utilisées à chaque époque qui déterminaient le format. Celui de 1954 (49 x 35 centimètres) a été agrandi au milieu des années 1960 pour passer à 55 x 36 centimètres. Dans les années 70, à la suite d’un nouveau changement d’imprimerie, il a été réduit à 44 x 30 centimètres. Le format « broadsheet » adopté à partir de 2012 mesurait 56,5 x 40,5 centimètres. Le format berlinois, dans lequel le journal paraît depuis la semaine dernière, présente les dimensions suivantes : 47 x 31,5 centimètres.

Comme cela a déjà été mentionné ces dernières semaines, ce projet s’accompagne d’une promesse de qualité, d’un engagement en faveur d’un journalisme de haut niveau dans un journal imprimé à la présentation soignée. Dans un contexte économique difficile pour l’ensemble de la presse, le journal doit continuer à s’imposer et à faire figure de référence. Le Land n’est pas un journal grand public. Mais selon la dernière étude d’audience publiée par TNS-Ilres à l’automne 2022, il comptait plus de 16 200 lecteurs parmi la population âgée de 15 ans et plus. À titre de comparaison, il y en avait 12 000 il y a vingt ans. Si, dans le même temps, les abonnements et les ventes en kiosque sont restés relativement stables, le lectorat du Land ne semble donc pas diminuer.

Au cours des deux dernières années, le journal s’est financé à hauteur d’environ un tiers chacun grâce aux abonnements et aux ventes en kiosque, à la vente d’annonces et d’avis, ainsi qu’à l’aide publique à la presse. La réforme de l’aide à la presse adoptée par le Parlement en 2021 a légèrement amélioré la situation financière du journal et a permis de créer un poste à temps plein supplémentaire au sein de la rédaction. Début 2022, deux jeunes collègues ont été embauchées : Stéphanie Majerus et Sarah Pepin. Cette décision s’inscrivait également dans la volonté de tendre vers la parité au sein de la rédaction. Celle-ci avait déjà été atteinte par le passé, mais plusieurs départs en 2019 et 2020 avaient modifié la répartition.

Il convient de souligner que la Fondation d’Letzeburger Land (dont le nom correspond à l’orthographe du journal lors de sa création) joue un rôle de plus en plus important dans la promotion des jeunes journalistes. Cela s’inscrit dans le cadre de sa mission sociale. Dans les années 1990, la fondation avait décerné la bourse « Bourse Léo Kinsch ». En 2010 et 2013, elle avait organisé le concours étudiant « Next Generation ». Depuis 2020, elle soutient des stagiaires en journalisme, ainsi que des étudiants d’autres filières s’intéressant au journalisme. La rédaction du Land a encadré cinq stagiaires à ce jour. Au cours des deux dernières années, le nombre de candidatures a toujours dépassé celui des places disponibles, car un stage au Land dure au moins un mois, voire deux, ce qui permet d’en apprendre davantage sur la manière dont le journalisme indépendant et d’information est compris au Land.