Trois mois avant les élections communales de 2017, Dan Kersch, alors ministre de l’Intérieur du LSAP, a donné une conférence de presse pour présenter une publication du Statec consacrée à l’« Indice socio-économique des communes ». Cet indice s’inscrit dans le cadre de la réforme des finances communales élaborée par M. Kersch et en vigueur depuis début 2017. Il est mis à jour chaque année par le Statec et sert à répartir un dixième du fonds de dotation commun des communes selon des critères socio-économiques. En 2021, ce montant s’élevait à près de 225 millions d’euros. La plus grande partie de cette somme, soit 40,5 millions, a été versée à la ville de Luxembourg, la deuxième plus grande part à Esch-sur-Alzette (15,7 millions) et la troisième à Differdange (11,8 millions).
Étant donné que les problèmes sociaux sont relatifs à la taille de la population, le fait que les trois plus grandes villes, dans cet ordre, reçoivent également le plus de transferts socio-économiques n’est pas très révélateur. Il est plus intéressant de s’intéresser à la manière dont cet indice est calculé. Et de voir s’il permet de mettre en évidence la répartition des disparités sociales au sein de la société luxembourgeoise au niveau communal et sur le plan territorial. La publication du Statec de 2017 concluait que les disparités entre les communes s’accentuaient. « Ces phénomènes semblent même s’accentuer depuis la crise de 2008. » Le développement territorial du pays serait soumis à une « spirale défavorable » qui renforce encore les tendances à la ségrégation.
Il est fort possible que le ministre de l’Intérieur, issu de l’aile gauche du LSAP, ait voulu à l’époque non seulement montrer que son système de transfert luttait contre ces tendances, mais aussi tenter d’introduire un nouveau thème dans la campagne électorale. En effet, les cinq composantes qui constituent cet indice sont percutantes : le salaire médian par commune ; le taux de chômage local, ainsi que la proportion de bénéficiaires de l’aide sociale (Revis) par rapport à la population, la proportion de parents isolés (car ils sont considérés comme particulièrement exposés au risque de pauvreté) et la proportion de personnes peu qualifiées selon la classification internationale (Isco/CITP).
Le Statec a indiqué que le salaire moyen en 2017 allait de 2 592 euros à Reisdorf à 4 821 euros à Niederanven. Le taux de chômage variait de 2,6 % à Bech à 13,2 % à Esch-sur-Alzette, soit un écart de cinq fois ; la proportion de bénéficiaires de l’aide sociale par rapport à la population variait d’un facteur de 17 entre Heffingen et Wiltz, et la proportion de parents isolés était 2,5 fois plus élevée à Saeul qu’à Heffingen. Les travailleurs peu qualifiés étaient cinq fois plus nombreux parmi la population de Vianden que parmi celle de Weiler zum Turm (d’Land, 11 août 2017).
La répartition géographique des résultats s’est avérée préoccupante : les habitants les plus aisés du pays vivent dans les communes situées autour de la capitale, formant une ceinture qui s’étend à l’ouest jusqu’à Garnich et à l’est jusqu’au canton de Grevenmacher. Les habitants pauvres, en revanche, vivent dans les villes ouvrières traditionnelles du sud, à Wiltz et à Ettelbrück, ainsi qu’entre Echternach et Vianden, le long de la frontière avec l’Allemagne. Les statisticiens ont constaté que cette tendance continuait de s’accentuer. Dès 2013, une étude de l’institut de recherche Liser sur la « cohésion territoriale » du pays avait constaté que les problèmes sociaux se concentraient dans les villes ouvrières du sud ainsi que dans les petites villes du nord. Le terme de « ghettoïsation » avait alors été évoqué.
Il est difficile de se prononcer sur ce qui a changé par rapport à 2017. L’indice socio-économique des communes, recalculé chaque année, n’est pas rendu public. À la demande, le ministère de l’Intérieur a communiqué les valeurs globales de l’indice par commune pour 2021. Le Statec n’a plus publié d’informations sur ce sujet depuis la parution du Bulletin 2-2017. Le ministère de l’Intérieur a expliqué au Land qu’il ne disposait pas « sous cette forme » des cinq composantes de l’indice. Le Statec s’est contenté de communiquer le strict minimum à ce sujet et a refusé de fournir des informations sur les salaires médians dans les communes : celles-ci figureraient dans la suite de la publication de 2017 ; toutefois, la date de parution de celle-ci reste incertaine.
Selon l’indice de 2021, les cinq communes les mieux classées sont, comme en 2017, Weiler zum Turm, Garnich, Kehlen, Reckingen/Mess et Niederanven. Dans ces cinq communes, toutefois, l’indice s’est légèrement détérioré. Les cinq communes les moins bien classées en 2017 l’étaient encore en 2021, mais ce n’est qu’à Wiltz et à Vianden que l’indice de 2021 est légèrement inférieur à celui de 2017, tandis qu’il s’est légèrement amélioré à Esch-sur-Alzette, Ettelbruck et Differdange.
Il semble délicat de se risquer à émettre des hypothèses sur les raisons qui pourraient expliquer cette situation. Deux des cinq ensembles de données utilisés par le Statec pour calculer l’indice sont non seulement restés inchangés depuis 2016, mais datent désormais de douze ans : les proportions de parents isolés et de travailleurs peu qualifiés au sein des populations locales remontent au recensement de 2011. Si l’institut de statistique ne sait pas encore quand paraîtra la suite du bulletin de 2017, c’est principalement parce que l’analyse du recensement de 2021 est toujours en cours.
En ce qui concerne les dynamiques sociales au sein d’une commune, la proportion de travailleurs peu qualifiés devrait toutefois jouer un rôle important, car ils gagnent moins, sont davantage exposés au risque de chômage et peuvent, en tant que « travailleurs pauvres », devenir bénéficiaires du Revis. Les statistiques sur le chômage et les données recueillies par le Fonds national de solidarité concernant les bénéficiaires du Revis permettent peut-être de se faire une idée un peu plus précise de la situation.
Dans l’indice de 2017, le taux de chômage variait d’un facteur cinq, allant de 2,6 % à Bech à 13,2 % à Esch-sur-Alzette. La reprise économique observée depuis 2015 a entraîné une baisse du chômage à l’échelle nationale. Cependant, alors qu’il s’élevait à 10,9 % à Esch-sur-Alzette en 2021, il restait encore cinq fois plus élevé qu’à Bous et à Garnich (2 %). L’année dernière, le chômage a continué de reculer : le taux local à Esch s’élevait à 9,1 %, mais restait encore quatre fois et demie plus élevé qu’à Betzdorf (2,2 %) ; à Wiltz, il s’élevait à 9 %, un niveau très similaire à celui d’Esch.
La variation des proportions de ménages bénéficiant du Revis semble également avoir légèrement diminué d’une commune à l’autre, comme le montre une comparaison entre les chiffres de population du Statec et les données du Revis issues du Fonds national de solidarité : en 2017, les proportions de ménages bénéficiaires du Revis variaient d’un facteur 17, contre un facteur 16 en 2021. Toutefois, le Revis reste beaucoup plus répandu à Ettelbruck, Vianden ou Esch-sur-Alzette, et beaucoup moins à Garnich, Bech ou Weiler-zum-Turm.
En ce qui concerne les variations de l’indice socio-économique – qui s’est légèrement détérioré dans six communes et s’est légèrement amélioré dans six autres –, les déménagements vers la campagne ont peut-être joué un rôle déterminant. Par exemple, si des personnes aux revenus relativement plus élevés ont élu domicile, en raison de l’évolution des prix de l’immobilier, dans des communes moins favorisées sur le plan socio-économique. Ce que la prochaine publication du Statec expliquera peut-être, puisqu’elle publiera alors également les salaires médians et pourra s’appuyer sur un recensement datant de deux ans au lieu de douze.
D’ici là, on peut sans doute affirmer sans se tromper que les disparités territoriales en matière de puissance économique et de problèmes sociaux n’ont pas évolué. Le fait qu’il y ait peu de données à ce sujet tient au fait que l’État doit recenser les familles monoparentales tous les dix ans dans le cadre du recensement de la population et ne peut pas s’appuyer sur les données de l’administration fiscale concernant le crédit d’impôt pour les familles monoparentales. Que l’intérêt politique pour les disparités socio-économiques reste limité, le débat ayant été relégué, au cours de cette législature, au niveau assez académique du nouveau programme directeur d’aménagement du territoire. Dans la campagne électorale communale, la politique sociale ne joue un rôle, tout au plus, que sous la forme de promesses de logements abordables. Ou, sous une forme perverse, sous l’interdiction de mendier dans la capitale. La politique sociale communale ne peut pas changer grand-chose aux faibles revenus et à la pauvreté. Mais chacun des conseillers communaux accepte bien sûr volontiers les fonds issus de la redistribution socio-économique.