Il y aura donc bientôt des élections – oui, je l’écris avec un « h », car cela n’a rien à voir avec les ouragans ou les cachalots – et cela m’a rappelé quelque chose de désagréable. En effet, comme j’en ai l’habitude, j’ai écouté la Deutschlandfunk après les dernières élections à la Chambre, et là, ils ont parlé d’un Premier ministre luxembourgeois qu’ils ont appelé « Javier Bettle[r] ». Ça m’a mis hors de moi – en plein milieu d’une émission de radio. Le journaliste voulait sans doute dire le libéral « Ksawié Böttel », mais ça donnait l’impression qu’on avait un chef de gouvernement espagnol. Mais on n’en est tout de même pas encore là avec les clochards et autres mendiants en ville. Ajouter Lydie Polfer à la liste des mendiants, quelle blague. Je n’ai donc pas hésité à appeler la DLF, plus précisément la rédaction de l’émission « Aktuell », et là-bas, on ne m’a pas fait attendre longtemps, on m’a directement mis en relation avec leur spécialiste en phonologie. Et celui-ci n’a pas du tout apprécié ma protestation et ma demande : « Xavier » doit être prononcé à la française et le mot « Bettel », s’il vous plaît, avec un « o » court et sec, ça ne devrait tout de même pas paraître bizarre à quelqu’un, où va donc la place financière ? J’ai encore fait le fou.
Le spécialiste, de son côté, a trouvé ça très drôle et a dit que ça passerait à la télé quand Xavier serait à nouveau interviewé à Bruxelles, il y a toujours des mendiants, et ici, les auditeurs ne s’intéressent même pas à ce qu’il dit, ce que j’aurais pourtant bien aimé. Même si, chez nous, on appelle les « Bettel » « Böttel », il faut tout de même faire attention à nos auditeurs et s’autoriser à faire un peu de concordance entre l’orthographe et la prononciation, à l’occasion d’expressions luxembourgeoises. Je me suis alors un peu emporté et j’ai proposé d’appeler Macron « Mahkrohn » à l’avenir, et Tramp tout simplement « Trump » – d’autant plus que ses ancêtres viennent d’Allemagne. L’homme n’a pas trouvé ça très drôle, ma proposition, et comme je l’ai ensuite expliqué, avec les politiciens des petits pays, on peut bien faire ça, en déformant simplement leurs noms à la manière germanique, et non pas en les appelant comme on les appelle dans le pays où ils gouvernent ; c’était donc bien une décision arrogante venue d’en haut, sans égard pour les habitudes linguistiques des petits pays – oui, la conversation s’est tout de suite un peu refroidie et est devenue bien moins collégiale : « À bientôt, merci pour cette remarque constructive, nous maintenons notre décision ».
Cet appel téléphonique à mes collègues du DLF, que j’aurais sans doute mieux fait de ne pas passer, m’est revenu à l’esprit. Et ce, pour cette même raison. Grâce aux sites Internet, je suis en effet au courant de ce qui se passe actuellement dans le pays en matière de préparatifs électoraux, combien de partis veulent s’emparer de l’héritage du défunt CSV et comment, petit à petit, les tensions s’exacerbent entre les membres de la coalition. Et je constate que tout cela, ici où j’habite – au nord, au bord de l’Elbe –, n’intéresse personne ; il n’y a vraiment aucun intérêt, qu’un libéral, un socialiste ou un Luc F. miraculeusement ressuscité s’occupe des finances mondiales. Cette supposition – inconsciente – est qu’il ne change absolument rien dans ce petit pays où, autrefois, dans le voisinage – comme on le voyait dans l’Eifel – on passait ses vacances, ou bien à Trèves où, ennuyé par les Romains, on n’était pas allé à la Maison de Marx – il y avait trop de Chinois qui faisaient la queue. Comme me l’a dit ce jour-là un collègue : « Je n’ai absolument aucun lien avec le Luxembourg. Que s’est-il passé, que se passe-t-il donc chez vous ? »
« C’est la période des élections au Luxembourg », m’a dit ma femme l’autre jour. « Mais je ne peux pas écrire là-dessus », a-t-elle dit, et j’ai répondu : « Non, ça ne marche pas, je n’ai plus assez de contacts, ils sont trop loin. » Ce n’était qu’une blague de la part de Wouerecht. L’autre aspect, c’est ça : j’ai aussi eu ce regard particulier que l’on a de l’extérieur quand on regarde la campagne : qu’elle semble trop petite, trop éloignée. Je le sais. Je le sais bien.
Mais alors. Hum, est-ce que ça va vraiment se passer comme me le disent certains collègues bien informés, parce que le CSV semble déjà faire de l’œil à la DP ? Quand Jean-Claude apprendra ça ! Est-ce que les Verts vont tomber du guidon ? Les Sozen – Paulette par-ci, Francine par-là – vont-elles s’en aller ? Et ce zombie politique de Luc F., que je croise désormais partout sur le net, ne va tout de même pas être ressuscité physiquement, même si, comme le disait son Nestor – pardon : son mentor – avait dit à l’époque qu’il comprenait tout en économie et rien en politique. Des questions, encore des questions. À suivre dans ce cirque.