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Institutions et démocratie 10 min de lecture

Faits marquants en matière de politique militaire

Le débat sur le service militaire obligatoire n'est pas encore clos

Article paru dans Édition février 2025
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La ministre de la Défense et le chef d'état-major général à Herrenberg © Olivier Halmesso

Le 22 janvier, une séance d’actualité consacrée au service militaire obligatoire s’est tenue à la Chambre des députés. Pour la première fois depuis un demi-siècle, ce sujet a fait l’objet d’un débat politique sérieux. Le contexte actuel est marqué par la guerre en Ukraine et les défis qu’elle pose à l’OTAN, à l’UE et au Luxembourg. Le contexte historique, quant à lui, est celui de la conscription forcée sous l’occupation nazie, ainsi que les près de 25 années, à compter de 1944, durant lesquelles le service militaire obligatoire était en vigueur. Dans la mémoire collective, le premier événement constitue un traumatisme national. Le second a suscité une vague d’incompréhension à l’échelle nationale. Quoi qu’il en soit, le service militaire obligatoire est un concept qui suscite un rejet instinctif chez la grande majorité des Luxembourgeois.

Il n’est donc pas étonnant que la séance plénière ait donné lieu à une surenchère dans le rejet du service militaire obligatoire. Mais les déclarations des groupes parlementaires présentaient certaines nuances. La ministre de la Défense du DP, Yuriko Backes, et le chef d’état-major, Steve Thull, avaient apparemment œuvré de concert pour ouvrir un débat sur le service militaire obligatoire. Les structures et les processus existants de recrutement pour l’armée de volontaires sont défaillants. D’ici 2030, l’armée aura besoin d’environ 300 hommes supplémentaires. D’une part, pour combler les pénuries d’effectifs existantes, d’autre part, pour constituer le bataillon de reconnaissance binationale avec la Belgique. Ce projet, qui repose sur une directive de l’OTAN, constitue, selon la ministre de la Défense, une priorité politique et militaire.

La défense aérienne risque bien de faire perler encore davantage de sueur aux responsables. Une bonne semaine après la séance d’actualité parlementaire, le gouvernement a dû se pencher sur les exigences de l’OTAN, qui prévoient une batterie pour la défense contre les missiles balistiques et une autre pour la défense aérienne rapprochée. La ministre de la Défense avait déjà annoncé l’année dernière que l’on souhaitait mettre en place un système de défense aérienne propre. Dans ce contexte, on comprend mieux pourquoi le ministre de l’Intérieur du CSV, Léon Gloden, et la direction de la CGDIS ont d’abord réclamé de manière alusive, puis de plus en plus clairement, une « résilience » face à toutes les menaces possibles. On évoque la détérioration croissante de la situation géopolitique. En clair, cela signifie qu’on est en train de mettre en place une véritable protection aérienne. Ce qui est tout à fait logique : qui dit défense aérienne doit aussi dire protection aérienne.

Il fallait s’attendre à ce que la notion de service militaire obligatoire suscite des réactions négatives à l’automne dernier. La ministre a fait marche arrière. Mais les thèmes du service militaire obligatoire et de la résilience étaient désormais dans l’opinion publique. Au Parlement, il y a deux semaines, tout ce qui n’était pas sur les arbres a dû servir d’argument contre le service militaire obligatoire. Mais dans certains cas, une approche tactique de la vérité a sans doute joué un rôle.

Ainsi, la position du CSV faisait référence à la notion de « capacité de défense », qu’il fallait rétablir. Le député Alex Donnersbach a également appelé à « davantage de points de contact entre la société et l’armée ». Du côté du DP, Guy Arendt a déclaré, fait intéressant, qu’un service militaire obligatoire n’était pas nécessaire « pour le moment ». L’armée ne dispose pas actuellement des infrastructures nécessaires à cet effet et est en pleine phase de changements substantiels en matière de personnel, de structure et de matériel. Le DP mise sur le volontariat. La profession de soldat serait une « noble mission » qu’il faudrait rendre plus attrayante grâce à des améliorations matérielles. Arendt a lui aussi plaidé en faveur d’une plus grande intégration de l’armée dans la société. Il a par ailleurs fait remarquer que le Luxembourg était le seul pays de l’OTAN à ne pas disposer de réserve militaire.

Sam Tanson, des Verts, a fait valoir que le service militaire obligatoire entraînait un démarrage tardif de la vie professionnelle et faisait manquer des opportunités aux jeunes. Il a toutefois souligné qu’il fallait « investir massivement » dans l’armée. M. Tanson a également proposé de créer une carrière de militaire sous contrat, avec dix ans de service actif.

Yuriko Backes a pris la parole en dernier pour souligner l’importance prioritaire du bataillon binationale, pour lequel il faut des militaires de carrière et où le service militaire obligatoire ne serait d’aucune utilité. Elle a expressément souligné que la défense aérienne nécessitait encore davantage de soldats et que d’autres objectifs fixés par l’OTAN devaient être atteints cette année. « Ce n’est pas le moment de faire des économies sur le budget militaire », a déclaré Mme Backes, avant de réitérer – une phrase qui, à force d’être répétée, rappelle déjà le « Carthago delenda est » de Caton – que le service militaire obligatoire ne figurait pas dans l’accord de coalition. Le gouvernement chargera le Haut-Commissaire à la sécurité nationale (HCPN) de constituer un groupe de travail interministériel chargé d’élaborer des propositions.

En résumé, on peut distinguer les axes d’argumentation suivants dans le débat à la Chambre :

L’armée ne dispose pas d’infrastructures suffisantes pour mettre en place un service militaire obligatoire. On peut toutefois objecter que la mise en place d’une armée de conscrits, avec la réserve qui lui est inhérente, doit s’étaler sur plusieurs années. Une cohorte de naissance compte environ 3 000 Luxembourgeois. Dans le cadre d’un service militaire obligatoire, tout le monde n’est pas apte et tout le monde n’est pas nécessaire. Avant que l’Allemagne ne suspende son service militaire obligatoire en 2011, seule la moitié des conscrits avait été jugée apte en 2010. Si le service militaire obligatoire implique donc une obligation générale de service, l’armée peut alors appeler sous les drapeaux les plus aptes. La motivation pourrait également constituer un critère à cet égard. Les autres personnes soumises à cette obligation pourraient s’acquitter de leur devoir dans un autre cadre relevant d’une obligation générale de service. Si, par exemple, au début d’un service militaire obligatoire, seuls 300 conscrits étaient appelés chaque année pour une durée de douze mois, on disposerait, au bout de trois ans, de 900 réservistes. Au cours de ces années, le problème des infrastructures de l’armée pourrait être résolu, puis le nombre de personnes appelées pourrait être augmenté. Si des réservistes devaient être appelés, ils ne resteraient pas cantonnés dans les casernes, mais seraient transférés vers leurs lieux d’affectation après avoir été habillés et équipés. Il faudrait bien sûr mettre en place des infrastructures pour les exercices de réserve. Ces exercices se dérouleraient toutefois dans un cadre nettement plus restreint qu’une mobilisation.

L’armée ne dispose pas de ressources humaines suffisantes pour former et diriger une armée de conscrits. Là encore, ces ressources ne doivent pas nécessairement être disponibles dans leur intégralité dès le départ. La réserve composée d’anciens militaires, qui est désormais envisagée, peut atténuer une partie des problèmes actuels, mais aussi apporter une contribution importante à la formation et à la gestion des conscrits. Selon la devise : « La réserve dirige la réserve ».

Les systèmes d’armement modernes et complexes nécessitent de longues périodes de formation. C’est pourquoi les conscrits ne sont pas adaptés. Il convient de remettre en question le caractère absolu de cet argument. Le service militaire obligatoire permet de recruter parmi un vivier beaucoup plus large. On y trouve notamment des profils adaptés, capables de maîtriser très rapidement des systèmes d’armement complexes. De plus, les chiffres relatifs au service militaire obligatoire en Allemagne montrent que jusqu’à 50 % des militaires de carrière et des militaires sous contrat ont initialement été appelés en tant que conscrits. Le service militaire obligatoire contribue donc également à recruter des militaires de carrière et des militaires sous contrat, dont on a pourtant tant besoin.

Il faut aussi être prêt à abattre les vaches sacrées. L’armée doit renoncer à l’idée qu’elle ne compte que des volontaires et des militaires de carrière. Il faut explorer de nouvelles voies et adapter le statut de manière à ce que les militaires sous contrat à durée déterminée ayant servi plus longtemps puissent jouer un rôle dans un concept global profondément remanié. Cette adaptation permettrait également de former des réservistes de haut rang, capables d’assumer des fonctions de commandement au sein de la réserve.

Il va de soi que la création d’une réserve composée d’anciens militaires et la mise en place, à terme, d’un service militaire obligatoire adapté rendront absolument indispensables des changements fondamentaux dans la structure et la culture de l’armée. Les réservistes et les conscrits ne sont pas les adolescents auxquels l’armée est confrontée aujourd’hui en tant que volontaires. Les principes et les pratiques de commandement devront donc évoluer en conséquence. La nomination d’un « Haut-commissaire aux affaires militaires », doté de compétences et de pouvoirs clairement définis, est indispensable pour obtenir l’adhésion nécessaire. Ce haut-commissaire, réclamé depuis longtemps, serait une institution qui servirait de point de contact pour les plaintes, les questions et les suggestions émanant des rangs des militaires. Il serait indépendant de la hiérarchie militaire, disposerait de pouvoirs d’enquête et d’accès, ainsi que d’un accès direct aux instances politiques. Outre son rôle manifestement nécessaire de soupape pour les conflits refoulés, le Haut-Commissaire ferait partie du contrôle démocratique des forces armées et veillerait au respect des droits des militaires dans un État démocratique. Quant à la Direction de la défense, qui fait partie du ministère des Affaires étrangères, elle assure le contrôle civil des forces armées en tant que telles.

On a déjà déploré à plusieurs reprises le fossé entre la société et l’armée, qu’il faudrait combler. À cet égard, l’idée d’un lycée militaire avait été avancée il y a quelques années, mais elle avait été rejetée au motif qu’on ne souhaitait pas une militarisation de la société. Or, la militarisation ne doit pas être assimilée à la capacité de défense, comme cela a d’ailleurs été souligné lors de la séance d’actualité il y a deux semaines.

À cet égard, une interview publiée dans l’édition du 15 avril 2022 du journal *Land* avec Christian Schleck, président du syndicat de l’armée Spal, est particulièrement pertinente : « La réalité, c’est que l’armée perd des éléments au profit du secteur privé et des administrations civiles, mais que personne issu de ces milieux ne revient dans l’armée », a constaté M. Schleck. D’une manière générale, la séparation entre l’armée et la société pose problème. Un échange professionnel doit être possible. Ce qui est d’autant plus important que l’armée est désormais très diversifiée : « Le recrutement va du cuisinier au mécanicien, en passant par le spécialiste en cybersécurité. L’armée doit pouvoir tirer parti de l’expérience et des compétences acquises dans la vie civile. Il faut également améliorer la mise en réseau, la présence et l’acceptation de l’armée au sein de la société. » Les changements sociaux doivent se refléter dans l’armée, a déclaré le président de la Spal. « Il ne faut pas s’en tenir au discours dépassé de nos parents et grands-parents sur l’armée de conscription telle qu’elle existait jusqu’en 1968. »

Un haut gradé à la retraite a résumé la situation en ces termes : il a l’impression que la résilience est considérée comme un concept purement technique. C’est une erreur, sinon il suffirait de parler de redondance. Il suffirait de se doter de moyens supplémentaires pour être résilient. Or, la résilience d’une société comporte également une dimension humaine et sociale, qui est au moins aussi importante que les aspects techniques. L’ancien officier a ensuite demandé ce que la société luxembourgeoise serait prête à endurer si elle était confrontée à une situation comme celle que connaît l’Ukraine. Qu’est-ce que la société luxembourgeoise, au juste ? La résilience commence par les personnes et non par la technologie. Il s’agit donc d’une question hautement politique.