Gold Avec sa chemise blanche, sa veste bleu foncé, son jean bleu et ses chaussures en cuir marron, Tommy Klein s’intègre déjà très bien, sur le plan stylistique, parmi les Pirates. Vendredi, le coordinateur du parti, Marc Goergen, l’a présenté dans les locaux des députés pirates comme nouveau conseiller politique, co-coordinateur et candidat aux élections nationales dans la circonscription du Centre. Il y fera campagne aux côtés de Sven Clement, le « candidat de tête naturel ». Il se présentera peut-être également aux élections municipales dans sa commune de résidence, Strassen, si les Pirates parviennent à constituer une liste dans cette localité.
Avant de démissionner en janvier de son poste de directeur général du pôle « Public » de l’institut de sondage Ilres pour se lancer dans une carrière politique, Tommy Klein avait prédit un avenir radieux au Parti pirate, fondé en 2009. Lors de l’émission « Sonndesfro » de Wort et RTL, le parti n’avait obtenu qu’un seul siège en 2020, mais son résultat s’est brusquement amélioré pendant la pandémie de Covid-19 : en juin 2021, il en comptait quatre, puis sept cinq mois plus tard, avant de se stabiliser à six mandats en 2022. Son député, Sven Clement, a fait son entrée dans le top 10 en juin 2021, puis s’est hissé parmi les cinq personnalités politiques les plus populaires en novembre 2021 – alors qu’il occupait encore la 29e place en octobre 2019. Son collègue député Marc Goergen, que RTL, Wort et Ilres n’ont intégré au classement que l’année dernière, n’a pas encore réussi à se hisser dans le top 30 – et ce, bien qu’en 2018, les Pirates aient obtenu de meilleurs résultats dans le district sud avec Goergen qu’au centre-ville avec Clement.
Les bons résultats des sondages ont redonné confiance aux Pirates. Dans la région du Centre, ils remporteraient en tout cas deux sièges aux élections nationales, estime Marc Goergen. Dans le sud, où il se présente lui-même, ils en obtiendraient deux à trois. Les têtes de liste désignées dans l’est et le nord – Daniel Frères, conseiller communal de Remich, et Raymond Remakel, conseiller communal de Redange-Attert – remporteraient également un mandat dans leurs circonscriptions respectives. Jusqu’à présent, les Pirates manquaient toutefois surtout de candidats, notamment dans les deux grandes circonscriptions, « capables de tenir cinq ans à la Chambre », estime M. Goergen. Avec Tommy Klein, ils ont désormais trouvé un candidat pour ainsi dire « prêt à l’emploi », qui a l’habitude de la scène publique et qui est également à la hauteur sur le plan rhétorique.
Ascension sociale : ce statisticien de 38 ans a un parcours social similaire à celui de Sven Clement (d’Land, 06/08/2021). Sa famille est issue de la classe moyenne inférieure ; sa mère était employée de banque, son père travaillait chez Technofibres à Wasserbillig, puis comme chauffeur de bus chez Autobus de la Ville de Luxembourg, où il a occupé le poste de président de la section locale du LCGB jusqu’à son départ à la retraite il y a cinq ans. Selon ses propres dires, Tommy Klein a grandi dans un « environnement protégé » à l’Est ; après le divorce de ses parents, il a emménagé avec sa mère dans le centre-ville, puis a vécu à Hesperange, Dommeldange et Howald. Après avoir obtenu son baccalauréat au Lycée de Garçons de Luxembourg, il a étudié la philosophie et la sociologie à Aix-la-Chapelle. Son master en poche, il a rejoint Ilres, où il a débuté en 2013 en tant que Research Executive. Lorsque son prédécesseur, Charles Margue, a quitté Ilres en 2018 pour siéger au Parlement aux côtés des Verts, Tommy Klein est devenu Client Service Director, puis a été promu Managing Director en septembre 2021. Dans la vie sociale également, Tommy Klein a réussi son ascension sociale : en mai 2022, il a été admis au Rotary Club aux côtés de Georges Mischo (CSV), député-maire d’Esch, en juin, il est devenu membre du conseil d’administration de l’association Lëtzpact, au sein de laquelle des lobbyistes issus principalement des industries pharmaceutique et du tabac militent pour plus de transparence dans les relations entre le monde des affaires et l’État (il a démissionné de ce mandat il y a deux mois).
Au sein d’Ilres, Tommy Klein a également mené des sondages pour le compte du gouvernement ces dernières années. Fin septembre encore, il a présenté, aux côtés du ministre de l’Agriculture Claude Haagen (LSAP), les résultats d’une étude sur le gaspillage alimentaire ; en novembre, à la demande du ministre des Classes moyennes Lex Delles (DP), il a conclu que le commerce de détail devait s’adapter à l’évolution numérique ; il y a cinq semaines, il a présenté, avec le ministre de l’Aménagement du territoire Claude Turmes (Les Verts), les résultats d’un sondage sur la croissance et la qualité de vie. L’une de ses plus importantes missions lui a été confiée par le Premier ministre Xavier Bettel (DP) : il a été chargé de constituer le « Klimabiergerrot », un forum citoyen participatif sur le climat, et d’accompagner le processus de recherche de solutions. M. Klein a mené des enquêtes auprès des partis politiques afin de les aider à élaborer leurs stratégies électorales et à sélectionner leurs têtes de liste, comme il l’a expliqué fin décembre sur Radio 100,7. À l’époque, il savait déjà qu’il allait rejoindre le Parti pirate. Ni Thomas Klein ni son ancien employeur n’ont d’objections déontologiques concernant son passage à la politique. De plus, d’un point de vue du droit du travail, il n’est pas possible d’interdire à quelqu’un de s’engager politiquement, explique Thomas Crepon, directeur général des divisions Private et International chez Ilres.
Il se met au service des Pirates car ils incarnent de la manière la plus authentique des valeurs telles que la transparence, l’égalité des chances, la justice et la participation citoyenne, explique Tommy Klein dans un entretien accordé au journal « Der Land ». Leur approche proche des citoyens et leur manière de faire de la politique l’ont impressionné. Il n’aborde pas les questions politiques concrètes. En revanche, il revient sans cesse sur la participation citoyenne, qu’il souhaite développer davantage. En contrepartie, Marc Goergen et Sven Clement lui ont fait une offre alléchante. Il sera rémunéré par le parti en tant que conseiller au moins jusqu’en octobre, après quoi il devrait devenir député.
Gouvernement : Tommy Klein s’est fait connaître ces dernières années grâce à ses apparitions publiques sur RTL et aux côtés de membres du gouvernement lors de conférences de presse. Le fait qu’il ait commenté l’actualité politique sur Twitter en tant que sondeur indépendant n’a pas seulement suscité des réactions positives, mais a également renforcé sa notoriété. Ses chances d’être élu au suffrage direct en octobre semblent donc bonnes. Au sein des partis traditionnels, la concurrence aurait été plus forte et les structures plus lourdes qu’au sein du Parti pirate, qui a certes annoncé vendredi d’autres « surprises », mais qui, globalement, est loin de disposer d’un effectif aussi large que les quatre grands partis.
L’objectif électoral déclaré des Pirates est d’entrer au gouvernement, déclare Marc Goergen au journal *Der Land*. Ce n’est pas irréaliste, d’autant plus qu’il faudra probablement au moins trois partenaires pour former une majorité. Des coalitions avec tous les grands partis sont envisageables pour les Pirates, souligne M. Goergen. D’un autre côté, on peut se demander si le CSV, le DP, le LSAP et les Verts seraient réellement prêts à former une coalition avec les Pirates. En effet, même s’ils avaient encore des surprises à dévoiler en matière de personnel, on ne sait pas vraiment dans quelle mesure les Pirates sont prévisibles ni qui serait chargé de maintenir le groupe parlementaire sur la bonne voie. La question de la taille de la base du parti n’est pas non plus clarifiée à ce jour. Goergen a certes déclaré vendredi que les Pirates avaient recruté environ 330 nouveaux membres depuis 2021 et en comptaient désormais 680 au total, mais seuls 60 ou 70 d’entre eux s’étaient présentés au dernier congrès national en juin.
Au niveau communal, les Pirates avaient déjà réservé quelques petites « surprises » ces dernières semaines : Marcel Laschette (69 ans), membre du conseil d’administration de l’association de défense des consommateurs ULC, et Jean Heuschling (61 ans), du Collectif monoparental qui milite pour la suppression de la tranche d’imposition 1a, se présenteront aux élections municipales de la capitale aux côtés de Pascal (62 ans), le père de Sven Clement. Selon M. Goergen, leurs listes sont déjà complètes dans sept communes à scrutin proportionnel, tandis qu’elles sont encore en cours d’élaboration dans quatre autres. Jusqu’à présent, le Parti pirate n’est représenté qu’à Petingen (avec deux conseillers) et à Remich, ainsi que dans les communes à scrutin majoritaire de Colmar-Berg, Leudelingen, Redange/Attert et Vichten. Charly Muller, élu en 2017 à Park Hosingen, s’est retiré de la vie politique il y a quelques semaines.
En 2017, les Pirates s’étaient présentés dans moins d’une demi-douzaine de communes appliquant le système proportionnel. À la capitale, Sven Clement n’avait pas réussi à entrer au conseil municipal, contrairement à Goergen à Petingen. Cela est d’autant plus surprenant que le style politique pragmatique, « proche des citoyens » et populiste que les Pirates pratiquent au niveau national correspond en réalité davantage à celui que les autres partis cultivent au niveau communal. On distingue rarement chez les Pirates une ligne claire en matière de contenu. Dans leur programme électoral de 2018, ils se sont prononcés en faveur d’un index plafonné et d’une réduction progressive du temps de travail avec compensation salariale intégrale. Lors des débats de ces derniers mois, leur discours a toutefois pris une autre tournure. Lors du congrès régional de juin, Clément a voulu, en reprenant la rhétorique du KPL, empêcher à tout prix le « vol de l’index », et lors du débat lancé par le LSAP au Parlement sur la réduction du temps de travail, les Pirates se sont abstenus de prendre clairement position. Dans les domaines de l’éducation et de l’environnement, ils n’ont pratiquement pas formulé de propositions propres en 2018, et ils sont également restés très réservés en matière de culture et de construction de logements. L’image anti-establishment que les Pirates cultivent ne correspond en réalité pas à leur programme : la plupart de leurs propositions se retrouvent également dans les programmes des autres partis. Même dans les domaines de l’égalité des chances et de la protection des animaux, qu’ils revendiquent quasi exclusivement comme leurs propres chevaux de bataille, ils ne réclament rien que le LSAP, le DP ou les Verts n’aient déjà envisagé. La mesure sans doute la plus « innovante » de leur programme est (outre la construction de « Solar Roadways » futuristes) l’introduction d’un revenu de base inconditionnel, qu’ils ont revendiqué avec force pour la dernière fois en 2020. Sur le fond, ils ont surtout marqué des points ces cinq dernières années grâce à leur revendication centrale en faveur d’une plus grande transparence. Ils n’ont toutefois réussi à faire adopter ni un registre des lobbyistes digne de ce nom pour les députés, ni une loi moderne sur la transparence.
Cependant, c’est surtout Sven Clement qui attire au plus haut point l’attention du public en exigeant sans relâche la transparence dans tous les domaines. Récemment encore, il a saisi le tribunal administratif contre le ministère de la Santé afin d’obtenir la communication de documents présumés concernant les commandes de vaccins contre le coronavirus. Il y a deux ans, il avait déjà remporté un succès avec une action similaire, lorsque la Cour administrative avait statué, à la suite de son recours, que tout député avait le droit de consulter le contrat de concession conclu entre l’État et RTL. De telles actions ont un caractère révélateur et d’investigation. Et elles laissent supposer que « l’establishment politique » a quelque chose à cacher, qui ne verrait jamais le jour sans les Pirates. Mais après avoir pris connaissance du contrat de concession de RTL, les députés ne se sont apparemment pas montrés beaucoup plus perspicaces. Clément s’est alors demandé si tout était conforme. Cette question n’était-elle pas justement la raison pour laquelle il avait voulu consulter le contrat ? En exprimant encore des doutes quant à la conformité après l’avoir consulté, sans toutefois pouvoir le prouver, il a une nouvelle fois laissé au public le sentiment que « Gambia » voulait balayer quelque chose sous le tapis.
Marc Goergen joue lui aussi habilement la carte de la transparence. Avec ses questions parlementaires, il met surtout les ministres verts régulièrement au pied du mur, par exemple lorsqu’il demande à Joëlle Welfring et Claude Turmes pourquoi aucune demande de subvention pour l’installation de panneaux photovoltaïques n’a encore été traitée, ou lorsqu’il souhaite obtenir de François Bausch le nombre exact de trains en retard ou des détails sur le parc automobile du gouvernement. La campagne qu’il a menée en 2020 sur les réseaux sociaux, en collaboration avec Daniel Frères, contre l’ancienne ministre de l’Environnement Carole Dieschbourg, parce qu’elle avait autorisé la chasse d’État aux mouflons, était de mauvais goût.
Stratégie : C’est avant tout cette stratégie, associée à des dérapages verbaux calculés (le « Nondidjö » de Clements lors du discours sur l’état de la nation) et à une indignation théâtrale lors des séances publiques de la Chambre, qui explique le succès des Pirates. Leur populisme se distingue fondamentalement de celui de l’ADR, car il n’est que très rarement motivé par des considérations racistes, sexistes ou homophobes. Ils semblent néanmoins s’adresser à des électorats similaires. On observe toutefois des différences au sein de l’électorat : une étude de la Chaire de recherche en études parlementaires dirigée par le politologue Philippe Poirier a montré que les électeurs et électrices des Pirates (qui se présentaient alors encore en alliance avec le PID) étaient, en 2018, plus jeunes que la moyenne (68 % avaient entre 18 et 34 ans), salariés (75 %) et employés dans le secteur privé (63 %). 42 % appartenaient à la classe moyenne inférieure, et environ un tiers gagnait moins de 3 000 euros. Seuls 58 % des électeurs et électrices du Parti pirate se sont déclarés satisfaits de l’état de la démocratie au Luxembourg (contre 59 % chez les électeurs et électrices de l’ADR, la moyenne s’élevant à 84 %), 40 % étaient mécontents de leur situation économique. Parallèlement, seul un tiers des électeurs du Parti Pirate s’intéressait à la politique (contre deux tiers chez l’ADR et plus de 70 % chez tous les autres). Qualifier ces personnes d’électeurs de protestation ou de frustration serait peut-être réducteur. Il est toutefois possible qu’ils se soient détournés du LSAP et de la Gauche. Et que le CSV ne parvienne plus à les atteindre non plus.
Tommy Klein a collecté les données nécessaires à l’étude de Poirier pour le compte de la Chambre des députés, par l’intermédiaire d’Ilres. Afin que les citoyens retrouvent confiance en la démocratie, le nouveau membre du Parti pirate souhaite les impliquer davantage dans le processus de décision politique. On peut toutefois se demander si cela suffira. Le mécontentement et la perte de confiance sont plutôt liés à l’aggravation des inégalités sociales. Jusqu’à présent, les Pirates n’ont guère proposé de solutions « pragmatiques » à ce problème structurel. Et cela ne changera pas pour autant si les jeunes électeurs et électrices, mal rémunérés et désabusés par la politique, peuvent soumettre des propositions sur un site Internet. En réalité, les Pirates ne devraient guère s’intéresser à la résolution de la question sociale. Après tout, ils se priveraient sinon eux-mêmes de leur électorat. Ils auront plutôt à cœur de les fidéliser à l’aide de prétendues « révélations » et de provocations ciblées.