« J’espère que nous serons sortis de la crise en octobre », a déclaré le Premier ministre du DP, Xavier Bettel, vers la fin de son interview du Nouvel An sur RTL. En réalité, la présentatrice Caroline Mart avait voulu savoir de lui quels thèmes domineraient probablement la campagne électorale. Bettel a répondu qu’il ne se posait pas cette question ; c’était la crise. On l’a bien compris : les crises sont l’apanage de l’exécutif. Cela confère un avantage au parti du Premier ministre et de la ministre des Finances. Tant qu’ils parviennent à donner l’image d’un couple responsable et doté d’une forte capacité de leadership, les chances sont bonnes que de nombreux électeurs et électrices se rallient au DP. Après le 8 octobre, ce discours particulier sur la crise pourra prendre fin. À condition que tout aille effectivement bien à ce moment-là.
Personne ne peut bien sûr le prévoir. Il se peut que la guerre menée par la Russie en Ukraine dure encore longtemps. C’est le 22 décembre que Vladimir Poutine a pour la première fois qualifié ce conflit de « guerre ». Il se peut également que les prix de l’énergie restent élevés. Le ministre de l’Énergie, Claude Turmes (Les Verts), a déclaré au journal *d’Land* il y a une semaine qu’il s’attendait à ce qu’ils restent élevés en 2024 et 2025 et que « les mesures de soutien devront être maintenues ». Même s’il est difficile de prévoir dans quelle mesure (d’Land, 6 janvier 2023).
Si Turmes a raison, cela pourrait sonner le glas du gouvernement. L’accord tripartite du 28 septembre, baptisé « Solidaritéitspak 2.0 », n’est valable que jusqu’à la fin de l’année, tout comme la plupart des lois issues de cet accord. Le plafonnement des prix de l’électricité et du gaz pour les ménages, la subvention sur le fioul domestique et la « prime énergétique » pour les bénéficiaires de l’allocation de vie chère prendront alors fin. Lors de la réunion tripartite de septembre, les représentants syndicaux et patronaux avaient proposé un « phasing-out », c’est-à-dire une suppression progressive des mesures sur une période de six mois environ. Le gouvernement a jugé cela trop délicat : les élections aux Chambres auront lieu le 8 octobre, et une suppression progressive s’étalant sur plusieurs mois aurait lié les mains du prochain gouvernement. Ce n’aurait pas été de bon ton. C’est ainsi que le « choc inflationniste » a fait son apparition dans le document final. Si le Statec parvient à la conclusion que la fin de ces mesures risque de faire grimper l’inflation, la tripartite se réunira à nouveau. Il en sera de même si la situation économique « se détériore considérablement ».
En matière d’inflation, de bonnes nouvelles ont été annoncées en début de semaine. Le Statec estime l’inflation annuelle pour 2022, en décembre, à 5,4 %, soit un demi-point de pourcentage de moins que le mois précédent. Cette baisse s’explique principalement par une diminution de 8,8 % du prix des produits pétroliers en décembre. Une tranche de l’indice, dont on pensait qu’elle pourrait intervenir dès le dernier trimestre 2022, pourrait désormais être attendue en février. Peut-être même pas avant mars.
Les prix sur la bourse européenne du gaz s’améliorent également. Peu avant la fin de l’année, le prix sur le marché spot, où l’on commande aujourd’hui pour une livraison demain, est tombé à 80 euros par mégawattheure, soit le même niveau qu’avant l’invasion russe en Ukraine. Toutefois, 80 euros, c’est encore nettement plus que les dix à trente euros que coûtait un mètre cube lorsque le gaz bon marché en provenance de Russie était disponible en abondance, jusqu’à mi-2021 environ. Ce ne sera plus le cas d’ici l’hiver prochain, a déclaré le ministre allemand de l’Économie, Robert Habeck (Les Verts), lors d’une conférence de presse le 28 décembre. Habeck « espère » simplement « que la situation se sera déjà améliorée fin 2023 ». Xavier Bettel s’est montré plus optimiste. Mais Habeck n’est pas en campagne électorale et n’a pas à gérer un discours de crise.
La quantité de gaz disponible non pas cet hiver, mais l’hiver prochain, et son impact sur les prix, constituent peut-être le point le plus crucial qui déterminera si le Premier ministre devra effectivement convoquer une réunion tripartite. En pleine campagne électorale, et peut-être non pas sur le thème de la « sortie progressive », mais plutôt de la « poursuite sur cette voie ». L’Agence internationale de l’énergie a lancé une mise en garde mi-décembre concernant l’hiver 2023/24. En 2022, l’UE n’aurait pu s’assurer « en grande partie » des importations accrues de GNL que parce que la demande chinoise en GNL était inférieure à la normale en raison de sa politique sanitaire face au coronavirus. Si la demande revenait à ses niveaux antérieurs, si l’hiver actuel s’avérait à nouveau rigoureux et si la Russie ne livrait rien, un « grave déficit d’approvisionnement » risquerait de se produire. Sans oublier un « risque persistant de nouvelle volatilité des prix et de turbulences sur les marchés ».
Le calcul présenté le 22 décembre par Erik von Scholz, PDG d’Enovos, sur la radio 100,7, donne une idée du rôle que joue le « frein aux prix du gaz » dans ce contexte : Sans ce plafonnement, un foyer type de trois personnes présentant une « efficacité énergétique moyenne » devrait payer 6 200 euros par an de gaz selon les tarifs actuels d’Enovos. Il y a encore quelques années, cette facture s’élevait à 1 500 à 1 800 euros. Le plafonnement des prix ramène ce montant de 6 200 à 3 000 euros. La différence de 3 200 euros n’est pas seulement énorme. Dans l’ensemble, les mesures du deuxième plan de solidarité permettent aux ménages à faibles revenus de préserver leur pouvoir d’achat de manière particulièrement significative. Par rapport au revenu disponible, cela concerne surtout les 20 % des ménages situés dans le quintile de revenu le plus bas.
On peut bien sûr se demander quand l’Institut national de la statistique sera en mesure d’indiquer si un « choc inflationniste » menace début 2024, lorsque les mesures d’aide prendront simplement fin. L’Institut de statistique publie ses prévisions pour l’année suivante tous les trois mois ; pour 2024, il s’exprimera pour la première fois cette année à la mi-février, puis début mai, et ainsi de suite. Les pénuries de GNL et les turbulences sur les marchés seront-elles alors suffisamment claires ? Cela aura également des implications politiques. Le ministère d’État répond à la demande du Land en indiquant que si le Statec prévoit un « choc inflationniste » pour début 2024, le Premier ministre « convoquera sans délai une réunion tripartite afin de délibérer sur une prolongation temporaire de diverses mesures et, le cas échéant, de limiter l’inflation à titre transitoire et de préserver le pouvoir d’achat jusqu’à ce qu’un nouveau gouvernement soit opérationnel ». Tout le reste relèverait alors de leur responsabilité.
Gilles Roth, co-chef du groupe parlementaire du CSV, qui pourrait faire partie du prochain gouvernement, estime que cela va déjà trop loin : à moins que les circonstances ne soient « exceptionnelles », le gouvernement actuel devrait « faire preuve de retenue ». La prolongation des mesures de limitation des prix pourrait également être décidée par le prochain gouvernement. Et ce serait au prochain Parlement, qui sera d’ailleurs investi dès la fin octobre, de les mettre en vigueur. Même si les nouvelles lois issues de la concertation tripartite n’étaient soumises au vote qu’au début de l’année 2024, ces aides pourraient être accordées avec effet rétroactif. Un peu comme c’est le cas pour le nouvel accord salarial dans la fonction publique.
Certes, les modalités de versement des salaires des fonctionnaires sont un peu moins complexes que celles des mesures de limitation des prix de l’énergie. Après tout, il ne s’agit pas là de prestations en espèces, mais de montants comptabilisés chez les fournisseurs d’énergie, qui ne pourraient s’empêcher de pratiquer à nouveau des prix élevés dans un premier temps. Avec toutes les conséquences que cela impliquerait. À cela s’ajoute le fait qu’une prolongation sans heurts des aides doit convenir à tout gouvernement, même si c’est le gouvernement précédent qui en a décidé ainsi à titre temporaire : des prestations rétroactives ne changeraient rien à l’évolution de l’inflation pendant la période où aucune aide n’aurait été versée. En d’autres termes : dans ce cas, le prochain gouvernement, à peine entré en fonction, pourrait devoir faire face à quelques tranches d’indexation. C’est précisément ce que l’on entend par « choc inflationniste ».
Cela tient sans doute avant tout au fait que le ministère d’État laisse clairement entendre que, si nécessaire, le Premier ministre interviendra. Certes, une tripartite en pleine campagne électorale comporterait des risques. Rien ne garantirait que les partenaires de la coalition
restent unis. Les autres partis tenteraient sans doute de tirer profit de la situation. Les syndicats et l’UEL pourraient formuler de nouvelles revendications. Mais en avançant suffisamment d’arguments pour démontrer le caractère inévitable d’une table ronde tripartite sur les prix de l’énergie en période de crise, le gouvernement, le DP, le LSAP et les Verts n’auraient finalement rien à perdre et tout à gagner auprès des électeurs. Surtout le parti du Premier ministre.
Un détail politiquement intéressant concernant la prolongation des mesures du « Solidaritéitspak 2.0 » est le calendrier : aura-t-on, d’ici quatre mois, une vision suffisamment claire de l’évolution probable des marchés mondiaux du gaz ? Peut-être pas. Dans ce cas, le « budget » pourrait être serré pour offrir un petit cadeau fiscal supplémentaire du DP avant les élections. Il ne resterait alors au parti du Premier ministre et de la ministre des Finances qu’à se consacrer entièrement à son rôle de gestionnaire de crise. Xavier Bettel semble déjà s’y être préparé.