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Institutions et démocratie 10 min de lecture

D’Tilly n’a pas pu l’économiser

En 2019, les Verts avaient obtenu un résultat record aux élections européennes avec Tilly Metz. Elle doit désormais limiter les dégâts causés depuis lors. Un portrait

Article paru dans Édition mars 2024
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D’Tilly n’a pas pu l’économiser
Samedi, lors du Congrès européen à Moutfort © Olivier Halmes

Alors que son prédécesseur, Claude Turmes (63 ans), a contribué pendant 18 ans, au Parlement européen, à la mise en œuvre technologique de la transition énergétique, Tilly Metz (56 ans) s’est battue ces six dernières années à Strasbourg et à Bruxelles pour le bien-être animal, a affronté les lobbyistes pharmaceutiques pour réclamer plus de transparence et un meilleur accès aux médicaments, et s’est engagée en faveur du développement du réseau ferroviaire. En 2019, elle s’était fait remarquer en bloquant, aux côtés de militants pour la paix, la piste de décollage des avions F-16 sur la base militaire belge de Kleine-Brogel. Contrairement à bon nombre de ses collègues du parti, cette psychologue de l’éducation de formation n’est pas une technocrate. « À l’inverse, je suis d’avis que le défi de la crise climatique et la sortie des énergies fossiles constituent aujourd’hui avant tout une question sociale et non technologique », écrit-elle dans la préface de son ouvrage récemment publié. Alors que *Transition énergétique – Une chance pour l’Europe*, publié en 2017 par « Eurofighter » Turmes, traitait de ses mérites au Parlement européen, l’anthologie de Tilly Metz, *La transition sera sociale ou ne sera pas*, rassemble avant tout des contributions de citoyennes et citoyens engagés issus de la société civile alliée.

Cet ouvrage vise à apporter des réponses aux défis auxquels le mouvement écologiste doit faire face depuis le reflux de la « vague verte », qui avait atteint son apogée il y a cinq ou six ans : lors des élections communales de 2017, lorsque Roberto Traversini est devenu maire de Differdange ; lors des élections législatives de 2018, lorsque les Verts ont remporté trois sièges supplémentaires et espéraient former une coalition avec le CSV de Claude Wiseler, pour finalement sauver la coalition tripartite avec le DP et le LSAP ; en 2019, lorsqu’ils ont obtenu un résultat record aux élections européennes avec Tilly Metz et Meris Sehovic et ont manqué de peu le deuxième siège au Parlement européen, tandis que dans les rues, des élèves et des étudiants manifestaient pour des mesures climatiques plus radicales, à l’instar de Greta Thunberg.

Puis le Covid-19 est arrivé, les prix de l’énergie ont grimpé, la guerre menée par la Russie en Ukraine a alimenté l’inflation, et les forces politiques allant du nationalisme à l’extrême droite ont gagné en popularité. Elles ont désigné les Verts comme leurs principaux adversaires, les ont discrédités en les qualifiant de « parti de l’interdiction », et leur ont reproché de restreindre les « libertés » bourgeoises des citoyens par des contraintes environnementales strictes, le féminisme, le renoncement à la viande et la diversité de genre. Au Luxembourg, les Verts se sont en partie sabordés eux-mêmes avec des scandales tels que ceux impliquant Roberto Traversini et Carole Dieschbourg. Ces affaires et le « combat culturel » avec la droite ont abouti en 2023 à deux désastres électoraux. Pour les élections européennes du 9 juin, les Verts craignent de perdre leur seul siège, remporté par Jup Weber en 1994 et défendu depuis lors par Claude Turmes et Tilly Metz.

Aux côtés de Fabricio Costa (29 ans), qui était encore, il y a quatre semaines, coprésident du Jonk Gréng, Tilly Metz est à nouveau en tête de la liste des Verts. Elle peut compter sur un allié de premier plan en la personne de François Bausch, dont la carrière politique semblait déjà presque terminée lorsqu’il a annoncé, un an avant les élections législatives, qu’il ne se représenterait pas pour un mandat au gouvernement. Sa candidature aux élections européennes avait suscité la controverse au sein du parti, car cet ancien ministre de 67 ans avait perdu un tiers de ses voix en octobre et le parti avait perdu deux sièges dans la circonscription du centre. C’est finalement sa notoriété nationale qui a fait pencher la balance. La liste est complétée par les deux anciennes députées Chantal Gary (36 ans) et Djuna Bernard (31 ans), ainsi que par Patrick Hurst (43 ans), ancien président du Centre pour l’égalité de traitement.

Bien que François Bausch affirme qu’il acceptera son mandat s’il est élu, les Verts espèrent tout de même que Tilly Metz restera au Parlement européen. Peut-être n’y a-t-il aujourd’hui personne au sein du parti qui incarne plus crédiblement les valeurs et la dialectique des Verts que cette pédagogue queer et végétarienne convaincue, qui tente sans cesse d’échapper à ses origines (petit-bourgeoises) pour finalement se faire rattraper par elles, encore et encore. « Tilly, on ne peut pas la laisser tranquille », raconte son épouse, Barbara Agostino, entrepreneuse et fanatique autoproclamée de voitures, élue l’année dernière au conseil municipal de Petingen et à la Chambre des députés pour le DP. « Et quand elle s’y met, elle ne s’arrête plus. »

Contrairement à ce que son nom de famille pourrait laisser supposer, Tilly n’est pas une descendante directe de la famille Metz, une famille d’industriels et d’hommes politiques de la grande bourgeoisie. Elle a découvert qu’il y avait sans doute eu des liens entre ces deux branches au XVIIe siècle à Sengerich, en Rhénanie-Palatinat, mais elle-même est issue d’un milieu plutôt petit-bourgeois : son arrière-grand-père Henri était représentant de commerce, et son grand-père Léon dirigeait la succursale d’Escher de la Banque Générale.

Tilly Metz a grandi dans une famille conservatrice de la capitale. Son père, Henri, était neurologue et directeur général du CHL ; il s’est présenté aux élections législatives de 1984 sous les couleurs du CSV et a été membre du Conseil d’État. Sa mère, Rita, est issue de la famille Pitz-Schweitzer, négociants en vins et spiritueux originaires de Hosingen, qui détient depuis près de 100 ans les droits exclusifs de fabrication et de commercialisation de la liqueur aux herbes d’Echternach, le Maagbitter Buff. À la maison, on parlait beaucoup de politique. Lorsque Tilly avait six ans, sa sœur Léa, de quatre ans son aînée, lui a dessiné une illustration dans son album de poèmes, sur laquelle figurait un petit bonhomme devant des affiches électorales portant l’inscription « Votez Giscard ». Léa a été professeure de français jusqu’à sa retraite ; René, le frère de Tilly, de deux ans son aîné, est, comme son père, neurologue et, depuis 2021, directeur général d’Escher Chem.

« Adolescente, elle n’était vraiment pas du genre à se laisser faire », raconte Tilly Metz au journal *Der Land*. Il lui arrivait parfois de disparaître pendant des jours, par exemple pour faire du stop jusqu’au sud de la France. Elle a abandonné ses études avant la classe de première pour animer une émission sur la radio pirate RFM et travailler comme serveuse au Rabelais, sur la place d’Armes. Un soir, après avoir laissé tomber son plateau de service et cassé des verres, elle a décidé de passer son bac et de faire des études. D’abord en psychomotricité, puis en psychopédagogie à Louvain-la-Neuve.

C’est par amour qu’elle voulait rester en Belgique, mais elle finit par revenir au Luxembourg. Marcel Reimen, administrateur général au ministère de la Santé sous Johny Lahure (LSAP), l’embaucha et l’emmena à des réunions du Cercle socialiste Michel Welter, où l’on discutait de sujets tels que l’éducation et l’éducation spécialisée. D’une brève liaison avec le boucher Frank Steffen est née sa fille Lisa, qui est aujourd’hui directrice des opérations (COO) du groupe Steffen, devenu un véritable empire de l’épicerie fine.

Après avoir lu des textes de Robert Garcia, Tilly Metz a rejoint les Verts en 2001. Trois ans plus tard, François Bausch l’a nommée porte-parole du parti, d’abord en tandem avec Robert Rings, puis avec Carlo De Toffoli. Elle a commencé à enseigner à l’IEES de Fentingen, qui a déménagé à Mersch en 2006 sous le nom de LTPES. Elle est tombée amoureuse du directeur de l’établissement, Henry Welschbillig ; ils se sont mariés, puis en 2002, elle l’a suivi à Syren, dans la commune-mère de Weiler-la-Tour, où elle s’est fait élire maire en 2005. C’est à cette époque qu’elle a beaucoup appris sur la politique, explique Tilly Metz. Bien que la population de Weiler-la-Tour compte parmi les plus aisées du Luxembourg, l’administration communale manquait de moyens financiers pour mettre en œuvre des projets importants : « J’ai plein d’idées, mais pas d’argent. »

Il y a 18 ans, c’est à nouveau l’amour qui a bouleversé sa vie. Lors d’un match amical opposant les Yellow Boys de Weiler-la-Tour à l’équipe nationale féminine, elle est tombée sous le charme de Barbara Agostino, une footballeuse de 15 ans sa cadette et ancienne élève, et a déménagé avec elle dans la capitale. Sa famille a été choquée ; à Weiler-la-Tour, elle n’a pas pu se présenter pour un nouveau mandat. En 2011, Jean-Marie Halsdorf, alors ministre de l’Intérieur du CSV, lui a permis de fonder la Cellule indépendante Fusions Communales, qui a publié un guide en 2012.

Après le changement de gouvernement, elle est retournée au LTPES, où elle est devenue directrice adjointe sous la direction de son ex-mari. Sa carrière politique était au point mort. Elle s’était présentée pour la première fois aux élections à la Chambre en 2004, mais n’avait obtenu qu’un résultat moyen. En 2009 et 2013, elle s’est classée cinquième sur la liste du Centre. Lors des élections européennes de 2014, elle est arrivée deuxième derrière Claude Turmes ; en 2017, elle a intégré le conseil communal de la ville de Luxembourg en tant que quatrième élue. Le décès de Camille Gira l’a conduite à Strasbourg sept mois plus tard.

Personne chez les Verts ne croit actuellement pouvoir réitérer le résultat record de 2019. Tout comme le LSAP, ils souhaitent avant tout empêcher que l’ADR, parti conservateur de droite, ne leur ravisse leur siège. En 2019, les Verts avaient profité des pertes importantes du CSV (moins 16,55 %), qui s’était présenté sans Viviane Reding, Georges Bach et Frank Engel. Meris Sehovic avait déclaré que les élections européennes seraient des élections « climatiques ». Cette fois-ci, d’autres thèmes occupent le devant de la scène : la défense de l’UE face à une attaque présumée de la Russie, la sécurité énergétique, la limitation de l’immigration, une politique « pragmatique » en matière d’environnement et de protection du climat pour les agriculteurs et l’industrie. La droite a accaparé le débat.

Que peuvent opposer les Verts à cela ? Sur le fond, ils souhaitent remettre davantage l’accent sur les questions sociales. Sur le plan stratégique, ils veulent adopter une approche plus offensive. Selon l’analyse de Tilly Metz, leur parti n’a pas su, ces dernières années, toucher les gens sur le plan émotionnel. On aurait trop misé sur les faits et la défense de son propre bilan, on aurait été trop technocratique. Bien qu’elle se déplace principalement en bus et en train, elle doit respecter le fait que les personnes qui ne vivent pas dans des agglomérations urbaines dépendent de la voiture. « Quand on est trop éloigné d’eux, on a beau avoir tous les faits de son côté », dit-elle. Dans le même temps, on a ignoré les attaques verbales de la droite, car on se croyait supérieur. Cela a donné une image arrogante et hautaine, estime également le nouveau co-porte-parole des Jonk Gréng, Kris Hansen. Tilly Metz utilise le terme « donneur de leçons ». François Bausch estime que l’électorat traditionnel des Verts se situe entre dix et douze pour cent. Cela pourrait peut-être suffire pour décrocher un siège supplémentaire le 9 juin.