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Institutions et démocratie 3 min de lecture

Diversité linguistique

Politique linguistique

Article paru dans Édition janvier 2024
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Le nombre absolu d’habitants déclarant le luxembourgeois comme langue principale est en hausse. Il s’élève à 275 361. Son poids relatif au sein de la population est toutefois en baisse. C’est ce que constate un document récemment publié par le Statec. Pour Fernand Fehlen, sociolinguiste émérite, cela n’a rien d’étonnant compte tenu d’une évolution démographique marquée : depuis 2011, la population a augmenté de plus de 25 %, presque exclusivement grâce à l’immigration. Néanmoins, ce chiffre ne signifie pas pour autant un recul de l’usage de la langue luxembourgeoise, car l’enquête ne portait que sur une langue principale et que beaucoup évoluent dans un environnement multilingue, explique M. Fehlen au journal « Le Land ».

Le français reste la langue la plus parlée dans le milieu professionnel et compte 83 802 locuteurs natifs, soit un peu moins que le portugais. Par ailleurs, l’usage de l’anglais est en nette progression, et ce sans que cela soit nécessairement lié à l’arrivée de locuteurs natifs anglais : aujourd’hui, un habitant sur quatre parle anglais uniquement sur son lieu de travail. Dans un contexte de plus en plus multilingue, c’est généralement l’anglais qui s’impose ; pour reprendre librement l’expression du sociologue Abraam de Swan : « The more languages, the more English. » Cela a à son tour des répercussions concrètes sur les processus de recrutement sur le marché du travail : « Les portails d’offres d’emploi des grands employeurs du secteur financier vantent le fait qu’on peut gérer son quotidien au Luxembourg grâce à l’anglais », explique M. Fehlen. Selon Statec, on rencontre de plus en plus souvent, parmi les personnes ne parlant pas les langues nationales (également appelées « allophones »), des locuteurs arabophones, roumanophones et ukrainophones. Parmi l’ensemble des langues qui ne sont pas considérées comme des langues nationales, celles-ci sont toutefois nettement moins répandues que l’espagnol et l’italien.

Bien que le nombre absolu de personnes considérant le luxembourgeois comme leur langue maternelle soit en hausse, Fred Keup (ADR) se voit conforté dans son pessimisme, car par rapport à 2011, 30 000 personnes de moins ont déclaré que le luxembourgeois était leur langue courante. « Quand les chiffres sont ainsi présentés, c’est très dur à entendre, c’est effrayant », a-t-il déclaré sur Radio 100,7. Le commissaire à la langue luxembourgeoise, Pierre Reding, s’étonne, sur la même station, que le nombre de personnes parlant le luxembourgeois au travail et à l’école soit en hausse. Pour lui, c’est le signe que la langue reste vivante et dynamique. De plus, 60 000 personnes se seraient inscrites sur la plateforme en ligne LLO pour apprendre le luxembourgeois, a souligné M. Reding.

L’Office des statistiques constate par ailleurs d’importantes disparités régionales : alors que le nord-ouest compte très peu de personnes ne parlant aucune des langues officielles (11 % dans la commune d’Ell, par exemple), celles-ci sont représentées dans des proportions supérieures à la moyenne dans la capitale, dans le sud et surtout à Larochette, où elles atteignent 51 %. Le nombre de locuteurs du luxembourgeois vivant à l’étranger reste toutefois inconnu (cf. p. 7).