« Dois-je rester ou dois-je partir maintenant ? » Telle est la question qui préoccupe actuellement de nombreux utilisateurs et utilisatrices de la plateforme X (anciennement Twitter). Lundi a eu lieu l’investiture de Donald Trump et Elon Musk, propriétaire de la plateforme depuis octobre 2022, était assis dans l’un des premiers rangs, jubilant et applaudissant. Lors de son discours qui a suivi à la Capital One Arena de Washington, Musk a fait un geste qui ressemblait étrangement au salut hitlérien. Involontaire ? Probablement pas.
X était connu, parmi les réseaux sociaux, comme la plateforme où se déroulaient des débats politiques, tantôt plus, tantôt moins animés. Depuis que Musk a racheté et rebaptisé la plateforme, le ton a changé. X s’est transformé en un espace de « liberté absolue », où ce qui était auparavant tabou est désormais applaudi. La modération interne des contenus ou la vérification des faits n’ont plus lieu d’être, car tout cela relève de la censure. Les « Community Notes », qui permettent aux utilisateurs et utilisatrices d’ajouter des informations supplémentaires ou des corrections aux publications, sont censées assumer cette fonction.
Il n’existe pas de ligne claire parmi les responsables politiques luxembourgeois quant à la manière d’aborder cette plateforme. Après tout, X constitue un canal de communication central dans la sphère politique. Aucun des moyens de communication classiques ne permet un accès aussi direct et personnel aux citoyens, ce qui complique considérablement la décision de rester ou de partir.
Franz Fayot, député du LSAP et ancien ministre de l’Économie, s’est engagé dans la résistance contre Musk et a répliqué à plusieurs reprises à ses publications ces dernières semaines. Fayot prévoit pour l’instant de rester sur X : « La démocratie, c’est affronter ses adversaires politiques. Même en terrain hostile. » Le député du Parti pirate, Sven Clement, et son parti « ne veulent pas laisser la plateforme aux populistes et continueront à communiquer leurs positions sur X ». Laurent Mosar (CSV) abonde dans ce sens ; il utilise principalement X pour fustiger la politique climatique et les Verts : la plateforme ne doit « pas être laissée aux extrémistes ».
Francine Closener, députée et coprésidente du LSAP, ainsi que Marc Angel, député européen du LSAP, ont annoncé sur X leur intention de quitter la plateforme au profit de Bluesky. Le parti « déi Lénk » adopte une approche similaire face à cette situation. « Nous n’utilisons plus activement X depuis la fin de l’année. En tant que parti, nous n’imposons toutefois pas à nos membres quelle plateforme ils doivent utiliser ou non », explique le député Marc Baum. Le compte du parti ne serait désormais en ligne que pour rediriger les utilisateurs vers le nouveau compte Bluesky. Les Verts sont quant à eux encore indécis. « Notre position future vis-à-vis de X n’est pas encore définie. Les discussions sont toujours en cours, sachant que la situation évolue constamment », indiquent les députés Sam Tanson et Meris Šehović au pays. Il n’est toutefois pas exclu que le compte du parti soit prochainement supprimé.
« Il n’y a pas de projet concret de quitter X dans un avenir proche », explique la porte-parole du Premier ministre Frieden (CSV), soulignant que « les réseaux sociaux ne constituent qu’une partie d’une stratégie de communication » et qu’ils représentent « un outil de communication important pour les chefs d’État et de gouvernement ». Dans une interview accordée à L’Essentiel, Frieden affirme que « l’attention médiatique accordée à Musk est exagérée » et qu’il est « certes riche, mais un citoyen parmi d’autres ».
« Nous sommes heureux que X existe et apporte davantage de pluralisme sur les réseaux sociaux », déclare Fred Keup, président du groupe parlementaire de l’ADR, au Land. Le député de l’ADR Tom Weidig reprend lui aussi ce discours. En réaction à l’annonce du Tageblatt de quitter la plateforme, Weidig a réagi sur X en déclarant : « Vous ne supportez tout simplement pas le pluralisme et la diversité des idées ! » X n’a désormais plus grand-chose à voir avec la diversité et le pluralisme réels ; la diversité n’y existe plus que dans un seul sens : on oscille entre des idées discriminatoires, libertaires et d’extrême droite.
Le fait que Mark Zuckerberg, fondateur de Meta, propriétaire de WhatsApp, Facebook et Instagram, ait lui aussi annoncé qu’il ne procéderait plus à aucune vérification des faits aux États-Unis confère à la discussion autour de X une dimension fondamentale. Au sein de l’UE, la loi sur les services numériques (Digital Service Act) vise à empêcher la déréglementation. Cela n’empêche toutefois pas Instagram d’ajuster son algorithme et de recommander sans cesse le profil du vice-président américain JD Vance. Ceux qui ont quitté X doivent donc se demander si Facebook, Instagram et WhatsApp seront les prochains sur la liste.