Ce lundi soir, RTL-Télé a diffusé un reportage intitulé « Éloges pour le plus petit membre de l’Alliance ». Le commandant suprême de l’OTAN pour l’Europe, le général américain Alexus G. Grynkewich, avait rencontré au château de Senningen la ministre de la Défense du DP, Yuriko Backes, et le chef d’état-major de l’armée, Steve Thull. Dans le discours de Grynkewich, RTL a souligné « le renforcement spectaculaire des forces armées luxembourgeoises » grâce à « des centaines de soldats volontaires » au cours des dix prochaines années. « Je sais que vous avez l’intention de proposer une rémunération compétitive et d’autres avantages. »
Yuriko Backes a certainement apprécié cette promotion de son programme de recrutement par le commandant de l’OTAN. Dans les pays voisins, on a également déjà pris note de la série de mesures adoptées par le gouvernement le 17 décembre. En effet, l’une d’entre elles consiste à ouvrir le service volontaire militaire aux citoyens de l’UE non résidents, c’est-à-dire à recruter à l’avenir également des frontaliers. Sous le titre « Comment devenir soldat allemand au Luxembourg », le Trierischer Volksfreund a mis l’eau à la bouche de ses lecteurs le 29 janvier en leur présentant de « nouvelles opportunités d’emploi pour les soldats allemands ». Au lieu de devoir maîtriser les trois langues officielles de l’armée luxembourgeoise, il suffira bientôt de parler l’allemand ou le français, ainsi qu’« un peu de luxembourgeois, au niveau A2 pour débutants ». Pour les habitants de Trèves, ce n’est pas un gros problème. Et la solde augmenterait « d’au moins 25 % », passant de 2 166,19 euros actuellement à l’entrée en service à 2 718,98 euros.
Un groupe Facebook d’Orscholz, en Sarre, en a également discuté. L’administrateur du groupe a précisé que « même les personnes ayant eu des liens antérieurs avec le Luxembourg peuvent postuler ». Les commentaires vont de : « Pour mourir dans une guerre absurde, il n’est désormais plus nécessaire d’habiter au Luxembourg », à : « L’armée au Luxembourg, c’est un jeu d’enfant comparé à celle de l’Allemagne et de la France », jusqu’à la question de savoir si un frontalier allemand qui s’engage comme soldat au Luxembourg pourrait être considéré comme un « déserteur » en Allemagne.
En Allemagne, le recrutement est passible d’une peine de prison
Question légitime. Dans les pays voisins, il existe différentes réglementations concernant « l’engagement de particuliers dans une force armée étrangère ». Tel était le titre d’un rapport pour lequel les services scientifiques du Bundestag allemand avaient recensé en 2022 la situation juridique dans tous les pays européens et membres de l’OTAN (le Luxembourg n’y figure pas). En Allemagne, il n’est pas interdit de « rejoindre une force armée étrangère régulière et de participer ensuite à des combats en tant que membre de celle-ci ». En revanche, le « recrutement en vue d’un service militaire à l’étranger » est passible d’une peine d’emprisonnement. En Belgique, cette peine n’est encourue que si des mineurs sont recrutés sans le consentement de leurs parents ou de leur tuteur. En France, il ne semble pas y avoir de restrictions.
Bien entendu, la Direction de la défense au ministère des Affaires étrangères ne prendra pas le risque d’entrer en conflit avec les législations étrangères. Elle a « examiné la situation juridique en la matière et en tient compte », explique l’attachée de presse de Yuriko Backes. Mais une telle ouverture, telle qu’elle est prévue dans notre pays, n’existe nulle part ailleurs. « Je pense que nous allons ainsi jouer un peu le rôle de précurseurs », a déclaré la ministre au journal *Der Land* il y a trois semaines. Elle ne prévoit de présenter le projet de loi correspondant au Parlement qu’au deuxième trimestre 2027. Le soldat frontalier n’est donc pas tout à fait tri-
vial. Il devrait faire l’objet d’accords politiques avec les gouvernements des pays voisins. En Allemagne, par exemple, les hommes de 18 ans doivent désormais se soumettre à une visite médicale et indiquer s’ils seraient prêts à effectuer leur service militaire volontaire. Il faudrait peut-être négocier combien de Sarrois et de Rhénano-Palatins souhaitant s’engager dans l’armée pourraient être mis à la disposition du Luxembourg. En fin de compte, l’armée est une affaire éminemment nationale.
C’est pourquoi le projet de Backes vise également à donner l’impression de servir un intérêt collectif en matière de sécurité : si l’Europe doit être défendue, pourquoi ne pas le faire en servant au Grand-Duché ? Deux autres projets vont dans le même sens : une carrière de « soldat sous contrat » d’une durée de cinq à sept ans, aux grades de sous-officier et d’officier, doit non seulement être instaurée, mais aussi être ouverte dès le départ aux citoyen·ne·s de l’UE. Et à l’avenir, le « commissionnement » – c’est-à-dire le port de l’uniforme – ne sera plus réservé aux Luxembourgeois bénéficiant d’un statut public. Le commissionnement sera également ouvert au secteur privé, ainsi qu’aux citoyens de l’UE, de la Suisse et des pays membres de l’OTAN. Backes souhaite ainsi attirer des « spécialistes ». Et des médecins militaires, dont le Luxembourg ne dispose pas ou qui tournent le dos à l’armée dès qu’ils trouvent mieux dans le secteur civil.
Il est probable que le DP, dans le corpus idéologique duquel la patrie et la nation ne jouent pas un rôle majeur, soit particulièrement prédestiné à développer des idées de recrutement pour l’armée déconnectées de la dimension nationale. En 2002, c’est également un ministre de la Défense du DP, Charles Goerens, qui avait assumé la responsabilité politique de l’ouverture du service volontaire aux citoyens de l’UE résidant au Luxembourg.
Mais ce n’est pas une européanisation de la défense qui se cache derrière ce dispositif de recrutement. Il s’agit plutôt d’un « acte de désespoir », comme l’a qualifié Christian Schleck, président du syndicat de l’armée Spal, dans le journal *Das Wort* du 4 février. Yuriko Backes affirme elle-même que, sans recrutement à l’étranger également, il ne sera pas possible d’aider l’armée à recruter 650 personnes supplémentaires au cours des dix prochaines années, dont deux tiers de soldats et un tiers de militaires de carrière. C’est surtout le recrutement des soldats qui pose problème. Les chiffres cités lundi par M. Schleck dans le Quotidien l’illustrent : l’année dernière, 236 candidat·e·s se sont présentés pour suivre la formation initiale en tant que volontaires. Au final, 144 ont prêté serment, soit seulement 15 soldats de plus qu’en 2024. Schleck indique au journal *Le Land* qu’après la dernière campagne de recrutement mi-janvier, 86 personnes se seraient inscrites à la formation de base. Jusqu’au milieu de cette semaine, 35 d’entre elles avaient déjà abandonné.
À quoi sert l’armée ?
Les responsables politiques sont confrontés à la même question qu’avant la réforme de l’armée de 2007 : à quoi sert l’armée, et quelles en sont les conséquences ? Lorsque le débat politique a commencé à l’époque – Luc Frieden était alors ministre de la Défense, puis Jean-
Louis Schiltz –, la professionnalisation du service volontaire à durée déterminée avait été envisagée. Elle n’a toutefois été mise en œuvre que dans une faible mesure, avec les unités de disponibilité opérationnelle (UDO). Les soldats volontaires qui, après leur formation initiale, acceptent d’intégrer une Udo, sont disponibles pour des missions à l’étranger. En contrepartie, ils perçoivent des primes spéciales
. C’est ainsi qu’est née une armée au sein de l’armée.
Yuriko Backes souhaite mettre fin à cette situation. Les soldats nouvellement recrutés doivent pouvoir être généralement pris en compte pour des missions à l’étranger. La solde augmentera alors également, en plus de la hausse prévue du salaire de base d’au moins 581 euros supplémentaires au barème actuel. Ce n’est qu’ainsi que le Luxembourg deviendrait compétitif par rapport aux pays voisins, si l’on souhaite attirer des frontaliers : en Belgique, le salaire de base des soldats s’élève à 2 600 euros depuis le 1er janvier, et à 2 700 euros en Allemagne. C’est nettement plus que la solde de base actuelle de 2 166,19 euros dans notre pays, qui est inférieure de 450 euros au salaire minimum pour un emploi non qualifié.
Mais alors que la ministre de la Défense souhaite mettre fin à l’« armée dans l’armée » et prévoit de porter la durée du service des soldats de quatre à cinq ans, il n’est plus question, contrairement à il y a 20 ans, d’une professionnalisation du service volontaire. Or, en 2007, le rôle de l’armée était avant tout considéré comme un moyen de montrer au monde que le Grand-Duché est solidaire de la communauté internationale et prêt à participer à des missions humanitaires et de maintien de la paix. Aujourd’hui, il s’agit de la capacité à prévenir la guerre ou à la mener.
Dans ce contexte, le Spal a remis sur le tapis la question de la professionnalisation du service volontaire : les jeunes rechercheraient la stabilité, souhaiteraient commencer leur vie, peut-être contracter un crédit pour acheter un logement. On ne peut pas se contenter de donner simplement plus d’argent aux soldats, qui sont censés être prêts à risquer leur vie. Ils ont besoin d’un statut clair, le plus simple étant celui de fonctionnaire. Avec un contrat de dix ans et, à la fin du service, des possibilités de transition vers la fonction publique ou vers la poursuite d’une carrière dans l’armée. On n’aurait alors plus besoin de frontaliers, M. Schleck en est convaincu. D’autant plus que les syndicats de l’armée des pays voisins considèrent cette idée avec « scepticisme ». On craint une concurrence venant du Luxembourg. Non seulement en raison de la rémunération, qui inclut l’actuelle prime « Udo » ainsi que d’autres primes pour les missions à l’étranger, mais aussi en raison de la prise en charge gratuite des soins de santé par le service médical de l’armée.
Jusqu’à présent, la ministre de la Défense ne s’est pas encore prononcée sur ces idées du SPAL. Mais celles-ci ne font que gagner progressivement en importance. La semaine dernière, la Chambre des fonctionnaires et employés de l’État (CHFEP) les a fait siennes : L’augmentation de la solde serait « essentielle », mais au-delà de cela, la CHFEP exige des garanties politiques quant à la tenue de « discussions approfondies » sur un statut d’employé de l’État pour les soldats de la classe C2.
Peut-être Yuriko Backes part-elle du principe qu’elle ne pourra pas contourner cette discussion. C’est sans doute pour cette raison qu’elle ne souhaite déposer le projet de loi sur la capacité d’engagement générale des militaires (et la suppression de l’armée au sein de l’armée) qu’à la fin de cette année. La semaine dernière, lors d’une réunion de la commission parlementaire de la défense, en présence de la ministre et du général Steve Thull, consacrée à l’augmentation de la solde, il est apparu que ce débat ne serait pas aisé. La question du statut de fonctionnaire a été soulevée. D’après les déclarations de plusieurs députés, le général s’y est opposé : un tel statut pourrait mettre en péril la
capacité opérationnelle de l’armée.
Steve Thull entend sans doute par là que le rattachement des militaires à la fonction publique pourrait entraîner des conflits difficiles concernant leurs conditions de travail. Peut-être encore plus difficiles que lors de la législature précédente, lorsque le général s’était heurté non seulement au SPAL, mais aussi à la CGFP au sujet de la compensation en temps libre pour la participation à des exercices militaires, car cela concernait également les sous-officiers. Thull prendra sa retraite à l’automne. Il n’est pas certain que son successeur ait une vision fondamentalement différente de ces questions. Une discussion approfondie des problèmes de personnel de l’armée est toutefois inévitable, notamment parce que le gouvernement les a jusqu’à présent évités afin de ne pas avoir à aborder des sujets tels que le service militaire obligatoire ou la réserve. Et parce qu’à un niveau tout à fait fondamental, on ne sait pas encore clairement quel est exactement le rôle de l’armée. À titre d’exemple, le budget pluriannuel jusqu’en 2029 ne mentionne rien concernant l’augmentation, pourtant considérable, des dépenses de défense, qui devraient atteindre 3,5 % du RNB. Le gouvernement a justifié cela à l’automne 2025 en invoquant « encore trop d’inconnues ». En revanche, l’argument selon lequel les soldats ont besoin d’un statut décent est tout à fait convaincant. Et si ce n’est pas celui de fonctionnaires, il faudrait préciser quel autre statut
Conflit frontalier
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