En tant que nouvel électeur, Dan Hardy était un « fan » du député de gauche André Hoffmann ; il a toujours « admiré les gens rebelles » et « ceux qui ont une opinion différente ». Âgé de 52 ans, il a remplacé Fernand Kartheiser (ADR) au Parlement la semaine dernière. Outre André Hoffmann, c’est Gast Gibéryen, présent dans la tribune de la Chambre, qui l’a également impressionné. « J’aimais bien la façon dont il disait toujours ce que les autres n’osaient pas dire. » En réalité, il a été apolitique pendant la majeure partie de sa vie – il y a dix ans encore, se lancer en politique lui aurait semblé impensable. Tout a changé en 2018 : il s’est présenté pour la première fois à une élection nationale et a recueilli 3 900 voix ; en octobre dernier, il a nettement amélioré son score en obtenant 5 000 voix supplémentaires. Le vice-président de l’ADR est assis à la table du The Spot, vêtu d’une chemise en coton bleu foncé et d’une Rosport-Blue. Une brasserie située non loin de la Gëlle Fra, juste en dessous du bureau du groupe parlementaire de l’ADR.
Hardy a été journaliste pendant 17 ans. Lorsque « l’ambiance » chez RTL-Tëlee a basculé après l’affaire Lunghi et le départ d’Alain Berwick et d’Alain Rousseau, il a souhaité tourner la page. Son passage à l’ADR n’est toutefois pas uniquement lié à Gast Gibéryen, mais aussi aux « Indiens ». En 2017, il a participé à un voyage d’étude en Équateur avec l’ASTM, qui a profondément marqué sa vision conservatrice du monde : « Pour les Kichwas, il est important de préserver leur petite langue et leur culture. Et de défendre le concept de la famille. Ce sont des valeurs que l’ADR défend également. Il n’y a rien de mal à cela. » Dans les reportages que Hardy a réalisés pour RTL-Tëlee, on le voit à côté d’un arbre « plein d’esprits » et en train de discuter de plantes médicinales avec des habitants locaux. En voix off, il explique la situation marginalisée de cette communauté. Mais ce sont surtout les visions du monde des Amérindiens qui le fascinent ; il lit actuellement un livre sur les « secrets de guérison ». Il s’intéresse aux rituels de la hutte de sudation « depuis longtemps » et aurait assisté à environ 80 séances. En 2004, la caméra de RTL l’a même accompagné lors d’un rituel de hutte de sudation à Hollenfels. Coco Vizcarro, un Péruvien qui dirigeait la séance, parle de la Pacha Mama, du lien avec la terre et du respect envers le vivant. Dan Hardy déclare au micro que les chants et les tambours l’« apaisent ». C’est une expérience limite qui le recentre, explique-t-il dans The Spot. Les gens ont perdu le contact avec la nature, ils ne se perçoivent plus comme faisant partie intégrante de celle-ci. « Mais n’écrivez pas que je suis ésotérique, car il n’y a rien de plus rationnel que les huttes de sudation », fait remarquer Hardy.
L’ancien journaliste ne fait plus confiance à la « presse quotidienne grand public », comme il le laisse entendre. C’est pourquoi il lit le magazine en ligne populiste de droite Tichys Einblick, « afin de pouvoir comparer différentes opinions ». Les États-nations perdraient de plus en plus le contrôle de leur destin politique. Pense-t-il ici à une élite qui tirerait les ficelles ? « Je ne suis pas un adepte des théories du complot », répond Hardy avec fermeté. Avec fermeté, sans doute parce que la question d’une éventuelle proximité avec les « Reichsbürger » avait été soulevée il y a un an. À l’époque, Radio 100,7 avait rapporté que Hardy utilisait le logo « Shaef » comme photo de profil sur WhatsApp, un logo très répandu dans le milieu allemand des « Reichsbürger ». Comme l’explique l’Office fédéral allemand de protection de la Constitution, les adeptes de ce symbole partent du principe que les forces alliées exerceraient leur pouvoir sur l’Europe en coulisses depuis la Seconde Guerre mondiale. Il y a un mois, Dan Hardy a pris ses distances avec ce symbole auprès de RTL-Radio ; il a expliqué qu’il était populaire à l’époque du Covid, qu’il n’en connaissait pas la signification et qu’il l’avait simplement trouvé « joli ». Pendant la pandémie, ce politicien de l’ADR s’est fait connaître comme un sceptique vis-à-vis de la vaccination. Il se présentait comme quelqu’un qui informait sur les dangers de la vaccination et a interviewé, sur « ADR-Tëlee », René Blum, un dentiste qui mettait en garde : « Les gens doivent bien réfléchir avant de décider s’ils veulent participer à une expérience sur des êtres humains. » À la suite de l’émission, des téléspectateurs l’auraient remercié de les avoir mis en garde – « c’est grâce à ce reportage qu’ils ne se sont pas fait vacciner », explique Hardy.
Dan Hardy a grandi à Junglinster avec une sœur cadette. Son père était employé de banque, sa mère « travaillait dans le commerce », comme il le dit lui-même. Lorsqu’il était en sixième, ses parents ont divorcé et il a passé la majeure partie de ses années de collège à Luxembourg-Ville. « J’étais passionné par la musique grunge, notamment Nirvana, et je chantais dans un groupe. » Dans sa jeunesse, il sortait beaucoup, croisait parfois Xavier Bettel (DP) et on pouvait parfois le voir sur les courts de tennis ou les terrains de foot. Avant de se lancer dans le journalisme, il a travaillé chez Luxair après son bac, puis chez Cegedel et à la Commerzbank. « Mais j’ai toujours eu le désir de faire de ma voix un métier », c’est pourquoi il s’est présenté à un casting de la DNR pour devenir présentateur de journal télévisé. Après quelques années à la DNR, il a souhaité rejoindre « les grands ». Ce qu’il préférait, c’était tourner des reportages au cours desquels il pouvait « aller à la rencontre des gens », comme après une inondation à Echternach, lorsqu’il avait intégré un appel aux dons dans son reportage. En tant qu’homme politique, il souhaite adopter une approche similaire, il veut suivre les traces de Gast Gibéryen : « J’aime bien être sur le terrain. » En tant que reporter, Dan Hardy avait toutefois la réputation d’avoir un penchant pour le sensationnel – le Feierkrop le qualifiait de « reporter à sensation ». Et dans sa série de reportages sur les mendiants, un avocat s’était permis de tenir des propos grossiers à leur égard.
Dan Hardy n’est toutefois pas un invité gibéryen. Ce dernier a fait ses armes dans les rangs syndicaux et s’est également imposé sur la scène politique locale grâce à son mandat de maire. C’est pourquoi Hardy, en tant que « nouvel invité », cherche d’autres moyens de se rapprocher des citoyens, notamment via « ADR-Tëlee ». Il y aborde des intérêts particuliers, comme ceux de l’« Interesseveräin Neiduerf ». En juin, la vice-présidente de cette association, Danielle Castellaneta, s’est indignée au micro de l’« ADR-Tëlee » que l’on avait agi sans égard pour la flore et la faune afin de construire une passerelle cyclable destinée à relier Cents et Weimëschhaff. Il s’agirait d’un projet de prestige pour lequel le peuplement d’arbres serait sacrifié. Les questions plus approfondies relatives à la politique de mobilité ne sont pratiquement pas abordées.
Dan Hardy a été marié pendant 20 ans, et deux enfants sont nés de cette union. « Mon ex-femme est portugaise. Les Portugais sont fiers de leur pays et arborent leur drapeau national – pourquoi ne le faisons-nous pas, me suis-je demandé. » Il faut cultiver une saine fierté nationale, estime le député de l’ADR. Qui fait partie de la nation à ses yeux ? « Ma alleguer d’Leit, déi do wunnen. » Qu’ils soient Luxembourgeois ou non, c’est finalement la langue qui nous unit, et quiconque la maîtrise est pour lui un Luxembourgeois. Lorsqu’on lui fait remarquer la contradiction dans ses critères d’appartenance (tout le monde qui vit au Luxembourg ne parle pas le luxembourgeois), il fait marche arrière : « Celui qui parle une langue officielle en fait également partie, mais ce qui est préoccupant, c’est la forte proportion d’anglais qui est désormais parlée en ville. » Son collègue de parti, Fred Keup, se montre moins ouvert d’esprit en matière de connaissances linguistiques. Après que RTL eut visionné une vidéo non diffusée et rapporté que des collègues harcelaient un policier ayant un accent français, le député Keup a demandé, dans une question parlementaire, quel niveau de maîtrise du luxembourgeois était exigé dans les différents services de police. Dan Hardy ne considère pas que cela ait été polémique. Il comprend la crainte de Fred Keup : « À un moment donné, il se pourrait que les agents occupant des postes de confiance ne parlent plus le luxembourgeois. » Lorsqu’un policier luxembourgeois parle français ou allemand, on perd le respect qu’on lui porte. « Ça rassure tout simplement de savoir qu’il parle le luxembourgeois. »
Mais son thème principal est la protection de la nature – « manner de Klimaschutz ». « Je ne comprends pas pourquoi, alors que les biologistes ont prouvé qu’une grande biodiversité se développe autour des vieux arbres, nous les abattons avec tant d’insouciance. Surtout en Amazonie. » Mais l’urbanisation du Schëttermarial à Kirchberg préoccupe également Hardy : « Des orchidées rares et des couleuvres y vivent. Les politiciens n’accordent aucune valeur à la nature. » Les Verts ne s’engagent-ils pas en faveur de la biodiversité ? « D’une manière trop idéologique », répond Hardy. Il souhaite une « protection honnête de la nature ». Et tout ne peut pas être réglé par des lois, il faut également « un changement des mentalités ». Lorsqu’il s’est rendu en Amazonie et qu’il a vu l’habitat des populations locales détruit par la compagnie pétrolière Texaco, il s’est senti « triste ». Les archives de RTL contiennent un reportage de Planet People datant de 2017, dans lequel il explique : « C’est horrible » d’apprendre comment, autour des puits de pétrole, « le sol et les nappes phréatiques sont contaminés ». La forêt amazonienne jouerait un rôle central dans la séquestration du CO₂. Aujourd’hui, en tant que responsable politique de l’ADR, il défend la ligne du parti : « On ne pourra pas s’en passer [des énergies fossiles]. » De plus, l’énergie solaire et éolienne ne seraient « pas idéales pour le réseau électrique ». Hardy n’aime toutefois pas trop se lancer dans des analyses approfondies. Il ne fait probablement pas partie du noyau dur idéologique de l’ADR.