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Institutions et démocratie 9 min de lecture

Congrès d’orientation politique

Plus encore que sur l'écosocialisme, déi Lénk a débattu de sa position sur la guerre en Ukraine et surtout à Gaza

Article paru dans Édition mars 2024
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Congrès d’orientation politique
Congrès du parti Déi Lénk le 24 mars 2024 à Esch-sur-Alzette © Olivier Halmes

Les congrès du parti « déi Lénk » mériteraient en réalité le nom de « congrès du parti », car ils durent souvent longtemps. Pour le congrès qui s’est tenu à la Maison du Peuple d’Esch (dimanche dernier), une journée entière de travail était également prévue. Près de 70 membres du parti se sont réunis dans la salle du siège de l’OGBL. Quelqu’un a amené son chien. Celui-ci aboie de temps en temps.

Le Wort titrera le lendemain : « Déi Lénk fait de la critique du CSV et du DP son cheval de bataille pour la campagne des élections européennes ». C’est possible, mais pas certain. Les discours de la porte-parole du parti, Carole Thoma, et du député Marc Baum en ouverture du congrès portent sur la politique nationale. Thoma qualifie le ministre de l’Intérieur du CSV, Léon Gloden, de « risque pour la sécurité », car sa politique favoriserait l’extrême droite. Baum voit une menace en la personne de « Luc de la Deutsche Bank ». « Trickle-down economics, mon cul ! », s’exclame-t-il dans la salle. Le public est en délire.

En ce qui concerne l’UE et la campagne électorale pour le Parlement européen, « déi Lénk » a bel et bien son mot à dire. Mais elle s’efforce surtout de définir la bonne position à adopter face à la guerre et à la paix, notamment au Proche-Orient.

Pour les élections, déi Lénk n’a pas simplement élaboré un programme, mais un « manifeste » de 17 pages. Les douze axes prioritaires vont de « l’Europe sociale » à « garantir les droits des femmes et des personnes LGBTIQ+ ». À l’échelle de l’UE, cela s’inscrit dans l’idée d’un « écosocialisme », que le parti a proclamée stratégie politique lors d’un congrès à Colmar-Berg il y a deux ans (d’Land, 29 avril 2022). Plus résolue que le LSAP et Déi Gréng, « déi Lénk » souhaitait se lancer dans la campagne électorale pour la Chambre un an plus tard, tout en se fixant une ligne qui mettrait fin, dans la mesure du possible, aux luttes d’orientation au sein du parti.

Les engagements politiques concrets de Lénk pourraient déjà tenir sur un tiers des pages du programme électoral. La majeure partie est consacrée à des déclarations sur une Union européenne « où le pouvoir serait rendu aux citoyen·nes, où tout le monde aurait accès aux biens et services les plus élémentaires, où l’éducation et la santé seraient un droit universel, où le logement ne serait plus un objet de spéculation, où la protection du climat et de la biodiversité ne seraient pas réduites à de vains slogans, où les travailleur·euses jouiraient de conditions de travail à la hauteur de leurs efforts ».

Cela signifierait, par exemple : une semaine de travail de 32 heures avec maintien intégral du salaire. La neutralité climatique non pas en 2050, mais dès 2045. Afin que la transition se fasse de manière socialement équitable, « les gros pollueurs et les milliardaires » seraient mis à contribution. Les hôpitaux et les universités seraient protégés contre la privatisation, et la libéralisation des chemins de fer, de la poste ou de l’approvisionnement énergétique serait annulée. Die Lénk remplacerait le pacte de stabilité de l’UE par « des pactes de développement économique, social et écologique solidaires axés sur la lutte contre les inégalités sociales et contre le changement climatique ». La BCE et les banques centrales des pays de la zone euro se verraient assigner des objectifs sociaux et écologiques. Une « harmonisation fiscale vers le haut » serait mise en place, une taxe sur les transactions financières contribuerait au financement de la transition écologique et permettrait d’éviter « efficacement » l’évasion fiscale.

Dei Lénk ne semble pas croire elle-même qu’elle puisse remporter de nombreux suffrages avec ce programme, puisqu’elle a présenté une liste particulièrement jeune et peu connue. Cinq des six candidat·e·s sont membres de Jonk Lénk. Anastasia Iampolskaja a 25 ans, Ben Muller 26, Alija Suljic et André Marques en ont 28, Tania Mousel en a 34. Pas très âgée non plus, mais le seul visage un peu plus connu est celui d’Ana Correia da Veiga, âgée de 41 ans – conseillère municipale de Stater et deuxième sur la liste du centre-gauche aux élections à la Chambre, derrière David Wagner. Au site Radio 100,7 , Correia da Veiga déclarera à titre préventif, au lendemain du congrès, que « déi Lénk » ne « vise pas un siège » à Strasbourg. Pour cela, le parti devrait au moins doubler son score de 2019, où il avait obtenu 4,83 % des voix.

Cette fois-ci, la « Jeune Liste » vise probablement moins à séduire les jeunes électeurs et électrices qu’à garantir le rajeunissement du parti. Elle peine à recruter de nouveaux membres au sein d’organisations proches d’elle sur le plan idéologique (d’Land, 31 mars 2023). Et lorsque c’est le cas, ce sont les personnes plus âgées, formées au marxisme ou à la critique de l’impérialisme, qui jouent le rôle principal lors des débats, comme lors du congrès d’Escher.

Concernant le manifeste, le congrès examine 21 propositions d’amendement. La plupart portent sur l’écologie et sont rapidement traitées. Il en va autrement de la question de la guerre et de la paix, du pacifisme ou de l’OTAN. Celle-ci ne s’intègre pas si facilement dans un concept d’écosocialisme, car les guerres qui se déroulent actuellement sont bien réelles. Et outre le manifeste pour l’Europe, le congrès doit adopter une résolution sur Gaza. Avant même la pause de midi, Tun Jost, d’Esch, laisse entrevoir ce qui pourrait se profiler : il a participé à la rédaction du manifeste, mais estime « personnellement » qu’il recèle « en partie une logique de bloc Est-Ouest », qui est pourtant « révolue ». Exiger de l’Ukraine qu’elle accepte une « paix de capitulation » serait cynique et pourrait déclencher d’autres guerres. Il aurait volontiers poursuivi son intervention, mais le président du congrès veille au respect du temps de parole de deux minutes : « Il faut qu’on en vienne à bout ! »

Si le temps de parole n’était pas limité et si plus de deux personnes pouvaient s’exprimer pour ou contre une position, le congrès risquerait de s’éterniser. Avant d’examiner les propositions d’amendement au dixième point du manifeste, « Renoncer à toute forme d’impérialisme », la résolution sur Gaza fait l’objet d’un débat. Israël ne mène pas seulement une guerre contre le Hamas, mais aussi contre le peuple palestinien. Les revendications portent notamment sur un cessez-le-feu immédiat et durable ainsi que sur le retrait de l’armée israélienne de Gaza. Un État palestinien dans les frontières de 1967 doit être officiellement reconnu, et des sanctions ciblées doivent être imposées à Israël, « jusqu’au respect intégral du droit international et des droits de l’homme ».

Le congrès ne fait toutefois que suivre l’exemple de l’ancien conseiller communal de Stater, Guy Foetz, en condamnant également dans la résolution l’attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre. Ne pas en faire mention serait « suicidaire », estime M. Foetz. La proposition d’André Hoffmann, visant à ce que la résolution se prononce explicitement contre l’antisémitisme, est rejetée. Au nom de la Commission internationale du parti, Marc Burggraf explique que la résolution doit notamment soutenir les Palestiniens et Palestiniennes vivant au Luxembourg. L’ancienne députée Nathalie Oberweis partage la proposition d’Hoffmann « sur le fond », mais craint qu’elle ne « crée un amalgame qui fasse le jeu de ceux qui veulent nous réduire au silence ».

La motion de Hoffmann, qui propose de plaider en faveur d’une « politique démocratique et pacifique en Israël » plutôt que de lutter contre le « projet sioniste », n’est pas non plus adoptée. Car cela ne reviendrait-il pas à remettre en cause l’État d’Israël ? Cela fait des vagues. Le chien aboie. Un orateur reproche à Hoffmann de remettre en cause une « position fondamentale de la gauche anti-impérialiste ». Une voix féminine s’élève pour rappeler qu’il y a aussi des féministes en Israël. Gary Diderich estime que la résolution devrait se prononcer en faveur d’un projet de paix, et non contre un projet sioniste. Claude Simon juge « inapproprié que nous menions ici un vote de combat » et s’abstiendra. Hoffmann quitte la salle avant le vote.

Israël et la Palestine font également leur apparition dans le débat sur le manifeste de l’UE : la solution à deux États doit-elle être remplacée par une « solution juste et équitable », car il existe d’autres scénarios envisageables ? Avant que la thèse et l’antithèse ne s’affrontent à nouveau, le congrès se félicite de la proposition de Nathalie Oberweis de mentionner les deux. La motion visant à engager l’UE à soutenir le mouvement BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions) à l’égard d’Israël n’a pas été retenue dans le manifeste : cela n’a pas sa place dans le programme électoral. Et certains jeunes présents dans la salle ne savent pas ce que signifie BDS.

Peut-être le conflit au Proche-Orient est-il si ancien qu’il incite de nombreux militants de la gauche radicale à exprimer des opinions qu’ils défendent depuis longtemps. La question de l’Ukraine, de la Russie et de l’OTAN est plus récente et concerne directement le Luxembourg en tant que membre de l’UE et de l’OTAN. Alain Sertic, de l’aile trotskiste, voit sa motion rejetée : celle-ci visait à ce que le manifeste mentionne que la guerre en Ukraine avait été « favorisée » par l’élargissement de l’OTAN vers l’Est. Un jeune orateur objecte que ces pays ont adhéré à l’OTAN parce qu’ils avaient peur de la Russie ; à juste titre, comme le montrent les événements depuis deux ans. Et comment pourrait-on interdire à un État d’adhérer à l’OTAN ? La proposition de Sertic visant à inscrire la dissolution de l’OTAN dans le manifeste est également rejetée. Si l’on faisait cela, dit ce même jeune orateur, et si l’on se prononçait en même temps dans le manifeste contre toute forme d’impérialisme politique, on reprendrait « les arguments de Poutine ». Cela ne donne pas lieu à des discussions aussi longues que celles sur Gaza. Personne ne souhaite confondre la Russie avec l’Union soviétique. La situation mondiale est confuse et dangereuse. Avant la pause déjeuner, Tun Jost avait déclaré que le congrès devrait en réalité également aborder les questions de la Chine et des États-Unis…