Le Premier ministre Xavier Bettel (DP) a déclaré le week-end dernier qu’il s’attendait à ce que les Verts présentent une proposition pour la succession de Carole Dieschbourg d’ici une dizaine de jours. Si un congrès extraordinaire des Verts confirme demain samedi la nomination de Joëlle Welfring – ce qui semble probable –, le parti aura alors réglé cette question encore plus rapidement.
Pourtant, dès la démission de Carole Dieschbourg, les spéculations avaient été nombreuses et la décision ne semblait pas facile à prendre. D’un point de vue pragmatique, le ministère de l’Environnement a besoin à sa tête d’une personne compétente, capable de mener à bien les projets encore en cours. Par exemple, la réforme de la législation forestière et la mise en œuvre de la dernière directive européenne sur l’eau potable. Ou encore la mise à jour du plan énergie-climat, dès lors que le « Klima-Biergerrot » mis en place par le Premier ministre se sera prononcé, d’ici les vacances d’été, sur ce que le Luxembourg pourrait faire au-delà de son objectif de réduction des émissions de CO₂ pour 2030, et que ce sujet fera l’objet d’un grand débat au Parlement à l’automne. Au niveau européen, le paquet « Fit for 55 » sur le climat et l’énergie est un sujet qui influencera toutes les politiques nationales et qui, au Luxembourg, mettra notamment en évidence le conflit entre la protection du climat et les recettes publiques issues du secteur des carburants.
De ce point de vue, François Benoy, député du Centre et président de la commission parlementaire de l’environnement, aurait pu apparaître comme un candidat logique au poste de nouveau ministre de l’Environnement. Mais dans ce cas, Paul Polfer, qui figurait en 2018 sur la liste du Centre juste derrière les membres actuels du gouvernement et les députés déjà élus, aurait alors intégré le Parlement en tant que suppléant. Or, Paul Polfer, coordinateur administratif de l’Alliance pour le climat, n’est plus membre des Verts. En tant que député indépendant, il aurait fait perdre à la coalition gouvernementale sa majorité d’un mandat. Dans la circonscription Sud également, la situation s’annonçait délicate : toute nomination provenant de cette circonscription aurait dû faire entrer Félix Braz à la Chambre. Il est difficile de dire si l’ancien vice-Premier ministre et ministre de la Justice aurait été disposé à le faire pour des raisons de santé ; mais le conflit avec la direction de son parti au sujet de son départ du gouvernement en 2019, après son infarctus, aurait peut-être repris de plus belle.
On a donc spéculé sur la possibilité que la députée du Nord, Stéphanie Empain, intègre le gouvernement, que ce soit en tant que ministre de l’Environnement (elle est membre de la commission de l’environnement de la Chambre) ou à un autre poste à la suite d’un remaniement ministériel. Dans la circonscription Est enfin, Chantal Gary avait été élue en troisième position en 2018, derrière Carole Dieschbourg et Henri Kox. La nommer ministre, quel que soit le portefeuille, aurait toutefois signifié faire entrer au gouvernement une parente du ministre Henri Kox. Un autre scénario, largement évoqué notamment dans les médias, supposait que la députée européenne Tilly Metz puisse devenir ministre et que son siège au Parlement européen soit réattribué.
Le fait que le comité directeur des Verts ait finalement donné la préférence à une candidate issue d’un autre milieu, qui n’était pas encore membre du parti – à l’instar de ce qu’avait fait le DP en décembre en faisant surgir de nulle part Yuriko Backes pour succéder à Pierre Gramegna au ministère des Finances –, constituait donc un moyen de se soustraire à diverses contraintes. C’est apparemment Carole Dieschbourg qui a eu l’idée de solliciter Joëlle Welfring. En tant que directrice de l’administration de l’environnement, Mme Welfring apporte bien sûr sa connaissance des dossiers techniques et connaît l’appareil administratif qu’elle dirigera à l’avenir sur le plan politique. Diplômée en biochimie et en sciences de l’environnement, puis chercheuse à l’Agence britannique pour l’environnement et, à partir de 1999, au Centre de recherche public Henri Tudor (qui fait aujourd’hui partie du Luxembourg Institute of Science and Technology), dont elle a dirigé la recherche environnementale à partir de 2005, elle dispose en outre d’une expertise scientifique.
Le fait de pouvoir désigner une femme sert également les intérêts des Verts, qui s’efforcent de respecter la parité, et, en tant qu’habitante d’Esch, Joëlle Welfring viendra renforcer la liste verte du Sud lors des élections de l’année prochaine. Le parti en a grandement besoin : en 2018, Félix Braz avait été de loin le plus voté dans le Sud, devant Roberto Traversini, spécialiste de la rénovation d’abris de jardin. La grande question, tant sur le plan de la stratégie électorale que pour le travail gouvernemental, sera de savoir comment Joëlle Welfring parviendra à s’imposer dans le cirque politique. D’autant plus qu’il ne lui reste en réalité que jusqu’à la fin de l’année pour marquer son empreinte en tant que ministre de l’Environnement, avant que la campagne électorale ne démarre dès le début de l’année 2023. Et le plan prévoit d’augmenter une nouvelle fois la taxe sur le CO₂.